‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 3 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Rttûur de la tyrannie. Rèptes Je Denys t ancien et de Dettes le jeune. Diân , Timelion.

Devenu à vingt-dnq ans le tyran de sa patrie, o«meiit Denys Denys conserva pendant trente-huit années la sou- "Jilk!**'*" * ^ veraine autorité ; l'oppression qu'il exerçoit ne fit pas arracher de ses mains un sceptre si pesant.

U avoit commencé par être un des orateurs les plus, véhémens contre ce qu*il appeloit Foligarchîe. Les généraux et les magistrats étoîent pareillement devenus les objets de ses accusations. Les magistrats en particulier , ii les accusoit de chercher à s'attirer la bienveillance populaire par des fêtes, en dissipant les trésors publics au point que les soldats n'étoient pas payés. Excitant contre eux tout le peuple assemblé, il ne vouloit pas même qu'on fût arrêté par l'absence des lois ou des dispositions contraires. Vainement cette audace, son caractère et son objet, firent prononcer contre lui une amende; ses protecteurs ou ses complices la payèrent pour lui ; ils se déclarèrent même prêts à payer toutes celles qu'on II. 3

pourroît lui infliger encore (i)* Denys en devint

plus audacieux ; il demanda que les chefs de l'armée

fussent changés » et qu*au lieu de les choisir parmi

les hommes que leur position sociale rendoit plus

élevés ou plus puissans, on les choisît imiquement

dans ce qu'il appeloit les arois du peuple. Les géné*

raux actuels furent cassés; on en nomma d'autres,

et parmi eux leur accusateur même. Denys avoît

prétendu combattre l'oligarchie; c'est en attaquant

l'autorité prétendue de plusieurs qu'il préparoit

celle d un seul et fbndoit sa tyrannie (2).

Haine pour les A peine étoît-il nommé , que ses collègues dechef* de rarmée. . i» i - i i • -r • i •

Faveur pour letaoi- Vinrent 1 ol)jet de sa haine ou de ses craintes. Loin dar». Garde qu'il 3g réuttir k eux, il les accusa d'être dévoués

obtient.

aux ennemis de Syracuse. Le peuple se félicitoit d'avoir enfin un général sous lequel il alloit vivre en sûreté. Quelques alarmes naissoient cependant de l'accroissement successif des forces de Carthage; Denys propose de rappeler les bannis, et bientôt après il se fait nommer commandant général des troupes de la république (3). Ce n'étoit pas un motif de justice et d*humanité qui lui avoit fait demander ce rappel ; il comptoit sur leur

(1) Oiod S <)i. Voir les M/m, JfrAcaJ.uXïïl,^. y

(2) Diod. XIII, SS 91 Cl 92. loirsiussï Arfst. Polhi^. V, c. V,

j) Diod. XIII, S 9)'

reconnoissance et sur le secours qu'H trouvèrent à les voir s'armer pour la défense de la patrie, au lieu de ces étrangers mercenaires dont il craignoit la force et l'union. Denys avoit auparavant réclamé et obtenu du peuple un décret qui doubloit la paie du soldat (4)* A ces mesures, qui lui assuroient un pins grand nombre de partisans fidèles et dévoués , il en s^outa une qui lui étoit {personnelle et qui achevoit de consommer l'œuvre de la tyrannie. Des gardes lui parurent nécessaires ; on ne craignit pas de les lui accorder (y). C'est id que Denys imita Pisistrate : à la tète d'un des partis qui diviso^nt Athènes, Pisistrate, s'étant blessé lui-même, setoit préseiité dans la place publique comme échappé des mains de ses ennemis^ en demandant que, pour assurer sa vie, une garde de citoyens choisis lui f&t donnée; il Tobtint, et^. secondé par eux, devint lé maîdre de sa pairie (6 }•

La reconnoissance et falFecdon de Denys ne d« »«« pnncîpc»

/I/ • T • tyi"annie. De son

survécurent pas toujours à son aévatfon. Jamais amour pour le^ icton ne fut plus fidèle à cette mairfme du despotisme ^* '"P"

* * ports avec quelques

si bien révélée par Aristote (7) r « Les tyraUs dot- Grecs célèbres » vent se défier de l'amitié même ; ils savent qu'on

(4) Diorf. xui,S9J.

(y) Diod. ihûi. An 405 avant Jésus-Christ

(6) Htst. de la législation , t. VI , pag. 1 97.

(7) Arist. v, c. X , pag. 404 et 405.

» veut leur ruine, et que, plus rapprochés d'eux, » leurs amis peuvent la consommer. »

Aussi Denys s'occupoii - il peu d'en avoir , et moins encore d'en conserver. Au lieu de s'environner des lîommes qui participoient, d'après son choix , à l'exercice de la puissance publique , c'est avec des hommes distingués par leur talent ou par leur savoir qu'il aimoit à trouver chaque jour des relations utiles; et là encore la crainte ne l'abandonna pas toujours, pas plus que son aversion naturelle pour toute supériorité , pour la supériorité même qui ne pouvoit qu'honorer son règne et son autorité politique , sans lui inspirer aucune crainte. Il aimoit la flatterie , vieille prédilection des hommes puissans. Lysias le signale cependant comme le seul prince que n'eussent pas corrompu les flatteries d'Andocide (8j.

Quoi qu'il ea soit , Denys n'accorda pas seule* ment aux lettres la protection que ceux qui gouvernent seront toujours heureux de leur offrir; il essaya de les cidtiver. Peut-être étoit-ce moins pour les honorer par son exemple que pour céder à Tentrainement d'un désir sur l'exécution duquel sa vanité le trouva dodle, et qu'il sembloit toujours poursuivre avec plus d'ardeur peut-être qu'il

(8) Impiété d'Andocide , pag. 1 84.

LÉGISL. DES SICILIENS. CH. lil. 37

n'en eût mis à un succès guerrier; car un succès guerrier n'est pas Ta victoire d'un seul , mais celle d'un peuple entier dans la personne de son chef, et son influence est puissante sur la grandeur de ce peuple. Envoyés dans les concours grecs avec un faste étranger aux amis de la poésie et à ceux qui triomphoient dans de semblables combats , ses vers ainsi présentés , ainsi accompagnés, excitoient bien plus la risée que l'admiration , et une risée d'autant plus pénible que celui à qui on la prodiguoit n'avoit à Athènes aucun de ces moyens de crainte çt de vengeance dont il efFrayoit Syracuse. Une fois cependant il obtint un triomphe ; aussitôt des sacrifices sont offerts aux dieux , des repas solennds célébrés dans. la capitale de ses états. Luimême s'abandonne à de tels excès que sa santé en est altérée : de nombreux combats avoient respecté sa vie; il succomba sous le vain orgueil d'une pareille victoire ( 9).

Les hommes qui , à cette époque , honoroient la philosophie et les lettres ne cessèrent jK>urtant de trouver en lui un homme qui savoit les apprécier. Ses libéralités sauvèrent Eschine de l'indigence sous le poids de laquelle il étoit accablé (10).

(9) r^VDiod. XIV, s io9;XV, s 74.

(10) Diog. Laërce, Vie d'Eschint , S J«

Arisdppe reçut aussi plus cTun témoignage de la libéralité du prince (11); mais ' Aristippe , faisant plier sa philosophie sous son intérêt particulier et le désir de la faveur du maître, fut plutôt le complaisant que le précepteur et le conseil du monarque (12), C'est lui qui répondoit au reproche de s'être prosterné pour obtenir une grâce du prince : Est-ce ma faute si Denys a les oreiHes aux pieds (1 3) !

Ce ne fut pas là le caractère que montra I^ftton à la cour de Denys. On ne peut placer an premier rang , disoit-il en parlant de la tyrannie , une institution qui n'est utile qu'à un seul, à moins qu'il ne l'emporte sur tous les autres par sa vertu. Discours de vieillard, lui répondit le monarque irrité. Discours de tyran , réponcDt Platon. Denys, plus irrité encore, le menaça de la mort, et il n* y renonça que pour donner le philosophe à un envoyé de Lacédémone afin de le vendre : celui-ci le mena en effet à Égine, oà Platon fut vendu comme

(1 1) Diog. Laërce, Arist. SS 3 et 4. Mail <|ue de bmcutt racontées par i*hutorieo !

( I a) V. Diderot , t. V, v.« Cyrénmque, Ccst Arisdppe encore (]ui disoit : Je vab chez Socrate quand fat besoin de préceptes » et chez Denys quand |*ai l>esoin d^argent. Diog. Lacrce, % 4*

(13) Diog. Laërce, VU d'Arisuppe, S 4. H y rappelle plusieurs autres traits de la bassesse des courtisans envers aussi le trente-deuxième chapitre du Va^i^gi JtAnackams.

esclave ( 1 4)« On sait aussi que* Denys osa envoyer sur-ie-chainp à la mort Ântiphon pour avoir dît que le meilleur bronze étoit celui dont on avoit fait les statues tfHarmodius et d*Aristogiton ( 1 5 ). Sa haine s'étendoit même sur des princes qui n*existoient plus , mais qui avoient laissé à leur patrie d'honorables souvenirs. C'est ainsi qu'il craignoit comme accusatrice pour lui la mémoire de Gélon (16).

Ces terreurs perpétuelles , juste supplice des ty- dc ses ceintes

k, , - comme tyran. In-

punissoient aussi chaque jour de ses atten- ^^^^^^ qu dic«cu

tats envers la liberté générale, envers la propriété rcnt sur «conduite et la vie même de ceux qu'il avoit rendus ses sujets. Habhant une partie de la cité , qu'il avoit fait disposer et environner de manière à le protéger et à le défendre si on le vouloit attaquer ou surprendre, il enrichissoit par les confiscations sur les riches les guerriers dont il connoissoit le dévouement; jl admettoit et appeloit même dans la ville des étrangers , qu'il rendoit sur-le-champ citoyens ; il affrancfaissoit des esclaves encore , également intéressés qu'ils étoient les uns et les autres à sa conservation et à sa puissance (17). Ses craintes d'ailleurs le poursuivoient même dans le foyer

(14) Diog. Laërcc, Vie de Platon, S 14.

(15) Plut. t. II , pag. 68 et 8 jj. Diogène Laërce attribue ce mot à Diogène le cynique , S 6 de sa vie.

( 1 6) Plut, Louange de soi-même , pag. 542 , t. II. (17) Diod. XIV, SS 7 iuiv.

4o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

domestique; elles i'avoient réduit à s'emprisonner dans son propre palais. II porta la défiance si loin, ajoute Cicéron ( > 8) , que, n'osant confier sa tête à aucun barbier, il avoit fait apprendre à raser à ses propres filles;- et ces jeunes princesses, réduites à une fonction basse et servile , faisoient la barbe et les cheveux à ce malheureux père : encore dit-on que , quand elles furent un peu grandes , craignant le fer jusque dans leurs mains , il se fit brûler par elles les cheveux et la barbe avec des écorces ardentes. La crainte ne l'avoit pas tourmenté à ce point dans les premières an* nées de son gouvernement : on le voit excitant les ouvriers chargés de travaux publics par sa surveillance personnelle , admettant avec plaisir, recherchant même la conversation des hommes instruits , et surtout conduisant plus d'une fois ses soldats h la victoire. Ajouterons-nous que Dion obtint et conserva près de lui, tout jeune qu'il étoit encore, cette liberté d'opinion que les despotes aiment peu, qu'ils punissent souvent, qu'ils ne récompensent jamais (19) î inturreetionvio- Si la liberté publiquc flit inconnue sous le

lenfe. Comment M

parvient à la vaincre. (18) Tuscul, v, S 20 ; c'est S 2 1 qu'il raconte l'histoire de

Damocics. Le voir aussi, des Devoirs, II, S 7, ainsi que Valèrc

Maxime, ix, c. xiii, S 7.

(19^ Kd/r Plut. Dion , SS 4 ^ui^* i et aussi , S 1 a-

LEGISL. DES SICILIENS. CH. III. 4l

règne de Denys, il obtint par la guerre quelquesuns de ces succès qui , resplendissant sur ie peuple entier , lui font supporter plus aisément un asservissement qu'on se dissimule en présence de la gloire (20). Les craintes toutefois restoient au fond de son cœur quand il alloit combattre; peutêtre même se reprochoit-il de s'être ainsi éloigné du lieu où pouvoient se tramer des complots, plus faciles à dissimider et à exécuter ensuite. Dans les murs , hors des murs , continuoit ainsi h régner sur lui le sentiment qu'il inspiroit aux autres. Une insurrection avojt éclaté, véhémente et nombreuse (21). Son palais fut livré au pillage; tout ce qu'il enfermoit de richesses , pris ou détruit. Sa femme même n'échappa pas aux outrages des révoltés. Denys étoit alors à plusieurs lieues de Syracuse : il y revient avec une vitesse inattendue ; il repousse le crime par le crime; les citoyens même étrangers à la rébellion sont égorgés par les soldats qu'il avoit conservés fidèles à sa personne et à son autorité. Mais la révolte n'est pas désarmée. On fait proclamer par un crieur public qu'une somme considérable sera donnée à celui qui apportera la tête du tyran, et le droit de cité à

(20) Voir ci-après , pag. 1 63 f / sufv.

(2 1) Voir Diod. XIII , SS « 1 2 et 1 1 5. Le voir aussi liv. XI V, SS 7 ctsutv.

tout étranger qui Tentreprendroit avec succès* L'insurrection s'étoit accrue de plusieurs d'entre ses soldats qui n'avoîent long-temps connu que sa volonté. Déjà Denys effrayé , délibérant avec quelques hommes dévoués qu'il rassemble, paroit renoncer au trône, à la vie même. La résistance lui est conseillée; il est, une fois de plus, secondé par la fortune ; il est redevenu le maître de Syracuse , et son maître absolu.

Nooveiict tenu^ De nouvelles tentatives furent hites quelques Tn^^^r ^^"^^ années après. Les Carthaginois avoient été vaincus par les Syracusains, ay milieu desquels pourtant Denys n'avoit pas combattu ; il arrive et les fâir cite. On étoit assemblé. Un guerrier qui s'étoit distingué, Théodore, Se plaint de voir ses concitoyens privés de la liberté dont avoient foui leurs ancêtres. Nous sommes sans crainte quand il faut se défendre contre Carthage , et nous n'osons nous plaindre d'un maître cruel , ennemi de nos droiu et de la patrie : ceux dont il convoite les richesses , il les condamne au bannissement ; il condamne i la mort ceux qui parient en faveur des lois : qu'il dépose une puissance envahie ; nous le laisserons lui et les siens sortir paisiblement de la cité : mais , s'il s'y refuse , profitons enfin des circonstances présentes pour recouvrer noire liberté. On s'étonne d'apprendre qu'un discours si courageux

n'ait pas obtenu le succès que ceux qui venoient de l'entendre étoient prêts à lui accorder. Les circonstances qui s'y opposèrent ont été conservées par Diodore (22).

On pouvoit craindre que des efforts semblables, renouvelés contre Denys, ne le renversassent plus tard du trône. II mourut paisible, après une longue domination. Son règne n'est pas seulement resté un des plus mémorables de l'histoire de Sicile ; il est un des plus mémorables encore des époques contemporaines de la grandeur des Grecs, des temps qui précèdent ces longues luttes entre l'Afrique et l'Italie, luttes terminées enfin par la destruction de Carthage et la puissance toujours croissante des Romains. Il enflamma l'esp^rit guerrier à Syracuse et le f ustifia par ses victoires. La philosophie et les lettres n'y furent jamais plus honorées. Lui-*méme , avant de régner, ne s'étoit pas montré sans éloquence dans les assemblées du peuple , quelque vicieux qu'eût été l'usage qu*il vouloit en faire (23). La marine n'avoit jamais été plus puissante, ni le commerce plus étendu (24); jamais de plus grandes entreprises de travaux publics n'avoient été conçues et exé-

(la) Le voir, liv. xiv, SS ^3 ^/ suw. An 396 avant Jésus-Chri^^

(23) Diod. XIII , S 9 1 . ydr ci-dessus , pag. 3 3 .

(24) Voir ci-après , chap. x , pag. 1 57.

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cutées dans l'intérieur de l'état (25). L'impartialité de J'histoire ne permet pas de le taire , après avoir rappelé tant d'erreurs , d'oppressions et de crimes.

Son fils ceignit sans contestation le diadème que le père avoit d'abord usurpé ; il fut proclamé par l'armée elle-même (26). A peine roi, il fait assembler le peuple , lui donne par ses promesses l'assurance la plus solennelle de sa modération et* de sa justice : trois mille citoyens enfermés dans des prisons sont rendus à la liberté; les impôts sont remis pour trois ans à tous ses sujets; on leur promet enfin tous les adoucissemens qui peuvent concilier l'afiection des peuples aux princes qui les. gouvernent (27).

Du caracièrc de Si ces feits sont cxagérés par l'historien qui les

ce prince Di«o- *• « • « x

lution. «u^qociiet raconte , on peut dire du moins que le caractère il 9c livre. ^jg Denys le jeune, son caractère paisible et naturellement porté à l'indolence , devoit laisser espérer que les Siciliens soumis à sa domination n'auroient pas à craindre ces violences fréquentes et sanguinaires dont avoit été marquée la carrière royale de son prédécesseur. Mais cette indolence

(15) Voir d-aprcs , pag. 1 57 et suiv,

(%6) Just XXI, S 1. Oiod. XV, S 75. Dion seuiement essaya , mais sans succès , de faire partager le royaume entre plusieurs fils que le roi alloit laisser. Comél. Ncpos , Dion , $ 2 .

(17) Justin .XXI. S 1.

même, et la foiblesse qu'elle suppose, âisoient tomber le gouvernement dans un état qui finît par ébranler non-seulement le pouvoir du maître, mais encore la prépondérance de Syracuse , soit en Sicile, soit sur les mers voisines, soit sur des montrées plus lointaines ; car c'est au loin qu'elle avoit souvent combattu avec succès , envers Carthage même.

Le nouveau tyran ne fàisoit rien pour sa puissance et pour sa gloire; il s'abandonna même à tout ce que peuvent exciter de mépris les plus honteuses débauches (28). On ne lit pas sans quelque honte ces pages de son histoire. Locres, où sa mère étoit née , devint un des principaux théâtres de sa dissolution. Les Locriens s'en vengèrent sur la femme et -les filles de Denys; la barbarie s'y joignit à l'incontinence. Et quelle barbarie (29) I

Un citoyen déjà illustre , et qui le fut bien plus Dion à U cour de encore dans les années qui suivirent, Dion, fi-ère ^.^r; P*"*"!!

* ' ' qu il lui donne. De

d'une des femmes de Denys, l'ancien , n'avoit rien waton. oublié pour lui fiûre abandonner cette indolence timide dans laquelle il languissoit, et pour le ramener vers des études et des méditations , premier devoir des princes comme leur premier

{28) Voir Arist. PoUti^, v, c. x , pag. 404 et 405. (29) Voir notre t<Hne X, p^g. ^4 €t suiv.

besofiL Mais autour de Denys étoient des hommes accoutumés à profiter de cette puissance absolue dont ils sont les complaisans ou les ministres ; leurs conseils et leurs exemples remportèrent (30).

Dion cependant avoit obtenu que Denys c<msulteroit Platon ( 3 1 ) ; et le prince apprit à peine l'arrivée du philosophe, qu'il offrit un sacrifice pour en témoigner sa reconnoissance aux dieux (32). Platon avoit conseillé à Denys l'ancien de renon* cer à la tyrannie; il essaya de le persuader également à Denys le feune : le fHs ne fut pas plus docile à ce conseil que ne l'avoit été son père (33).

Platon quitta Syracuse, où il revint pourtant • une troisième fois. Accueilli d'abord comme un tel homme méritoit de l'être, il perdit toute ia faveur qu'on paroissoit lui accorder, quand il réclama la justice du prince en faveur de Dion , que Denys avoit banni (34 )• Des hommes de la garde royale environnèrent désormais le philosophe athénien, surveilians d'autant plus redoutables,

(}o) Wair ÉUen , c. xvui , et Plat. ÉpU, Vii , pag. 3 3 1 «t 3 3 j.

(31) Voir ce que Platon dit de Dion , ièid. pag. 327 et suiv. On lit. pag. 309, une lettre adressée à Denys par Dion sur i'exerctce du pouvoir. Voir ia note B aux Éciafrcissemens

(3 ») Plut. Vie de Dion ,% 16. Le voir auiii , Man. dt dtsctr». la fiatt, 1. 1, pag. 5a et 13*

(33) Coroél.Népof, Vie de Dion, S j*

(34) ?{ut.DioH,SS tSetsuiu.

que Platon avoit invité Denys à n'en plus fiûre usage , et à casser les dix mille étrangers qui composoient cette garde (35).

Chassé de Syracuse , Dion s'étoit réfugié à Co- B»nnu«ment àé rinthe. Héraclide, chassé par le même prince, dont «ndrTu u'il avoit commandé la cavalerie, habitoit cette ville; * syracuie.

Sa mort.

ils formèrent ensemble le profet de faire la guerre à Denys. Près d'un demi-siècle avoit affermi la tyrannie; sa durée même faisoit croire à sa force, et par conséquent au danger de la combattre. Dion ne cède pas à la crainte ; il prend les armes : la haine qu'inspiroit une oppression si longue , et maintenant sans gloire, rassembla des troupes nombreuses; trois jours suffirent à Dion, arrivé en Sicile , pour entrer dans Syracuse ; nouvelle preuve donnée par Thistoire, que Taffection des sujets est la première sûreté des empires ['^6). Une nacelle et quelques soldats, dit Démo5thène (}7)» suffirent à Dion pour chasser du trône Denys , qui avoit tant de vaisseaux, de places et de troupes étrangères.

Dion fit à Tinstant proclamer l'abolition de la tyrannie , et le retour des peuples à leur ancienne

(}6) Cornél. Népos, Dion, % y. Plut. Dion, SS ^7 tt suh. Diod. XVI, S 1 1*

(37) Contre Leptine, pag.

liberté (58). Les Syracusains, dît Plutarque traduit par Amyot , avoient , le long des rues par où il ailoit , appresté de costé et d'autre des sacrifices, dressé des tables et des tasses dessus, et au prix (39) qu'il passoit pardevant leurs maisons , luy jettoyent des fruicts et des fleurs, et lui addressoyent leurs prières et oraisons , ne plus ne moins qui si c'eust esté im dieu. Ce fut dans cette circonstance aussi qu'HéracIide proposa une distribution égale des terres ; il prétendoit que l'abolition de la pauvreté étoit le seid commencement possible de la liberté (4o). Il fit une proposition plus juste et plus sûre dans ses effets » en demandant que l'armée ne se composât plus d'étrangers soudoyés (4 1 )• Denys étoit absent. Le succès de Dion le ra|>pelle aussitôt. Des émissaires du tyran font en son nom les plus séduisantes promesses : ses sujets n*auront plus à payer que de foibles im[>ots ; ils seront exêmpts de tout service militaire, les guerres exceptées qui seroient entreprises de leur vouloir et consentement (42). Dion demande que

(38) Piat Dign , S 38. Voir ci-après les pieux témoignages de la reconnoissance du peuple.

(39) A mesure.

(40) Plut. Dion , S 48.

(41) niJ.S49'

(42) Voir dans Cornélius Népos, S S> proposition bien différente faite à Dion par Denys.

Denys avant tout dépose la tyrannie , promettant de lui faire obtenir alors du peuple tout ce qui seroit juste et raisonnable. Denys paroît y consentir; seulement il demande quelques personnes pour en conférer : on les lui envoie ; mais à peine étoient-elles arrivées dans la citadelle où le prince résidoit, qu'il les retient et les enferme (43)- Les Actions s'agitent et se combattent. D'abord victorieux, Dion finit par succomber. II mourut assassiné (44)- Mars ce crime même ramena vers lui, au moment où on le perdit, le souvenir tardif de ses bienfaits. Quelques-uns avoient paru craindre qu'il ne voulût asservir sa patrie; on le proclama au contraire son libérateur , et un monument lui fut élevé par l'autorité publique dans l'endroit le plus fréquenté de la vaie (45 ).

Aristote , recherchant les moti& ordinaires des conspirations envers les princes , et plus particulièrement contre les tyrans , indique ceux qui naissent de la haine , du mépris , de l'ambition , d'un outrage reçu , des ressentimens qui le suivent ,

(4j) Plut Dion, SS 39 et 40. Diod. xvi , SS 1 1 et 12.

(44) Plut. Dion , SS ^ » suiv, Cornéi. Népos , Dion , S$ ^ et 9. Diod. XVI , SS i^. 17» ao et 3 1. La mort de Dion est de Fan 354 avant J. C. Voir la note C aux Éclaircîssemens.

(45) Comél. Népos, Vie de Dion, $ 10.

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