‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 6 sur 53 · II. î · texte numérisé non relu

II. î

Agathocle cependant assemble lepeuple, se félicite de l'avoir délivré de ses dominateurs , dédare lui rendre sa liberté tout entière, ajoute qu'il renonce à tout pouvoir et ne veut que rentrer dans une condition égale à celle des autres citoyens ( 1 4)' Les soldats qui l'environnoient , tous les complices qu'il avoit eus , tous ceux qui avoient participé à tant de déprédations , à tant de meurtres , lui demandèrent de ne pas les abandonner : ils ne pouvoient consentir à ce que le commandement fût donné à un autre; c'est à lui seul qu'ils pouvoient désirer de voir confier la direction suprême des intérêts publics. Agathocle garde ie A ^ei prix il silence ; les instances redoublent ; il déclare enfin

l'MCcpte. Premier " « it • »

exercice dewn pou- qu " y consent , pourvu cependant que rautonté ne réside qu'en lui , ne voulant pas être soumis à répondre en son nom des fautes que les autres pourroient commettre. Sa demande lui est accordée; et le pouvoir qu'il reçoit comme chef de l'armée , il le reçoit aussi et en même temps comme chef de l'état. II ne prit , au reste , ni gardes ni diadème, et rendit son accès facile à tous, contre l'usage des tyrans. Des partages de terres , une abolition de dettes, le rendirent même cher à ses nouveaux sujets; il avoit distribué aux plus

(14) DioH. XIX, S 9.

[>auyres les biais abandonnés par les nobles qui avoient quitté Syracuse (15].

Ce n'est pas la seule fois qu'Agaihod^ se per- Ait«iu«»«i>r(K nut de tels outrages envers la propnété. Quand, prîy«s, n se tr*»,^ revenu à Syracuse après une défiiite , il put craindre Afrique pour lui-même et dans l'intérieur de ses états une formidable agression , il conçut un des projets les plus hardis qui soient jamais entrés dans la pensée des hommes ; et cette pensée , la fortune la favorisa : ce fut de se transporter de Sicile en Afrique , et sous les murs mêmes de cette Carthage dont les soldats étoient venus l'attaquer. Il prit d'abord les biens des orphelins , en disant qu'il les feroit mieux valoir et les leur rendroit plus fidèlement à leur majorité ; il exigea des femmes leurs bijoux , prit dans les temples les offrandes consacrées aux dieux, s'empara de tout ce que les hommes riches possédoient , après les avoir fait assassiner par ses gardes , et rendit libres ceux de leurs esclaves qui pouvoient combattre. Il embarqua même autant d'esclaves que d'hommes libres , dans la persuasion qu'en confondant ainsi tous ces guerriers il les animeroit tous d*une émulation rivale qui tourneroit au profit de la patrie (16).

(15) Diod. XIX , s 9.

(\6) Diod. XX, S 4. Justin, xxii, S 4.

Emprisonné par Capitaine SI chéH de ses soldats , qui n'avoir

ses propres toldau. ^ ^ , • » t •

L« liberté lui eu cesse de tout raire pour eux, se vît dans la suite rendue emprisonné par eux-mêmes. Leur long dévoue-

ment, les bienfeits qu'ils en avoient reçus, n'empêchèrent pas qu'après l'avoir accusé faussement de trahison ils ne le jetassent dans les fers : ils osèrent même le montrer ainsi courbé sous le poids des chaînes; et, ce nouvel outrage ayant aussitôt rappelé à la compassion le plus grand nombre de ceux qui en étoient les témoins , ia liberté lui fut rendue (17). De retour en Sicile, Agathocle , manquant d'argent , demande aux habitans d'Egeste , ville alliée de Syracuse, que les plus riches d'entre eux lui apportent sur-le-champ une partie considérable de ce qu'ils possèdent. On se réunit pour délibérer sur une demande semblable. Agathocle croit voir dans cette réunion un complot formé contre lui; il se livre aux plus horribles cruautés; il chasse les pauvres de la ville et les Bât égorger aux bords du Scamandre : pour les riches , il ne semble suspendre leur mort que pour la rendre plus horrible encore ; on les oblige à déclarer quels sont leurs biens , et c'est avec des tortures qu'on les interroge. On déchiroit les uns entre deux roues , on suspendoit les autres à des gibets élevés

(17) Diod. XX . SS 68 et 69.

OÙ on les perçoit de flèches. Un autre supplice fut inventé par Agathocle, supplice assez semblable au uureau de Phalaris; c*étoit un iit d'airain, de la mesure d'un homme, entouré d'une grille, sous laquelle on voyoit le malheureux condamné expirant dans des souflrances dont tous les spectateurs étoient ies témoins , tandis que , dans l'épouvantable taureau du tyran d' Agrigente , cette longue agonie étoit du moins dérobée aux regards des autres. Les femmes riches eurent aussi leurs supplices : on brisoit aux unes la cheville du pied avec des instrumens de fer; on arrachoit les mamelles à d'autres ; des pierres de taille étoient mises sur le ventre ou sur les reins de celles qui étoient encdntes pour les &ire avorter ( 1 8). Obligé d'appder de nouveaux habitans dans une cité si horriblement dépeuplée , Agathode l'ouvrit à tous les transfuges, et voulut qu'elle portât désormais le nom de Diceapolis, ou ville de la vengeance (19).

L'horreur qu'inspiroient sa tyrannie et ses crimes parut cependant , |e ne dis pas feSnyer luimême, mais lui £ûre craindre qu'il ne naquit enfin de tant de haines réunies un sentiment commun

(18) T)M.xx,S jt^Oa^€o6n\e$€oinuttksfeax»aMa <pî rtsuÀcau

f 1 9) DîcmL ikidL Le pan^Tapbc ntiram fiul^ac 1» ctmm cofDfnfs par ce tartan.

des cités opprimées, pour se soulever toutes à-bfois. Dinocrate, cet ancien chef des bannis de Syracuse, un des anciens lieutenansrfAgathocIe, avoît déjà essayé de le combattre et de ramener la liberté publique (20) ; Agathode lui fait demander de revenir lui et tous les siens ; il promet rfabdiquer Pautorité souveraine et de rétablir l'ancien gouvernement (21) : mais ce que Dinocrate vou*loit , c'étoit bien moins de voir renaître la démocratie que de succéder au pouvoir qu'AgathocIe oflroit d'abandonner; c'est toujours par l'expression de leur haine pour la tyrannie que commencent les ambitieux qui veulent la conquérir.

Agathode ne mourut que plusieurs années après, et il mourut sur le trône (22). Ce fut un des vaincus d'Egeste , fait prisonnier de guerre et devenu un de ses esclaves, Ménon , qui lui donna la mort; il avoit trempé dans un poison violent la plume dont Agathode se servoit chaque jour pour écurer ses dents au sortir du repas (23]. Sentant approcher sa mort , le tyran hit assembler le peuple , appelle

(20) Diod. XX, S S7' yoirzussi le S 3 1 , et les SS 103 et 104 du livre xix.

(ai) Il ne se réservoit que deux forteresses et le territoire qui ics environnoit. Diod. xx , S 77.

(22) II mourut à soixante^t-douze ans; il en avoit régné dix-huit. Diod. xxi, S 12,

(23) Diod. iW, Justin xxii , S 8.

sa vengeance sur le forfait dont il est victime, et ne craint pas de déclarer qu'il alloit lui-même rendre la iiberté à Syracuse. Le peuple la reprend tout entière , avec l'enthousiasme que devoit faire naître ia cessation de tant d'oulrages et de cruautés : on brise toutes les images tfAgathocIe; on vend tous ses biens à I enchère; on chasse de la ville tous ses parens ; son fils et son petit-fils reçoivent la mort.

Après avoir empoisonné son maître , Ménon essaya bientôt d'en usurper le pouvoir. Icétas lui fut opposé. Préteur ou stratège de Syracuse, celui-ci, ayant à résister aux Carthaginois armés en feveur de Ménon , se crut obligé de rappeler les Syracusains bannis. Les mercenaires qu'Âgathocle avoit réunis en si grand nombre autour de lui avoient reçu du tyran le droit de concourir aux élections et de participer aux fonctions publiques. Mais les exilés, en rentrant dans leur patrie, y reprenoient les droits de citoyens ; en rendant plus considérable le nombre de ceux qui pouvoient aspirer aux diverses magistratures , ils déconcertoient les espérances plus prochaines et plus sûres des hommes qui étoient seuls alors en possession d'être éligibles pour les eximref*

Beaucoup de troubles édafèrent. Icétias' totitë-

fois conserva l'empire ; et quoiqu'il ti'eût m

OU reçu que le titre de préteur, il n'en imposa pas moins le joug pesant de la tyrannie (24 ). H régna plusieurs années à Syracuse , dont il fut ensuite chassé. Thynion et Sostrate s'y disputoient le pouvoir quand Pyrrhus vint en Sicile (25).

La nature avoit fait d'AgathocIe un grand homme , dit Polybe (26 ). Quittant à dix-huit ans la roue, la fumée et f argile, auxquelles il étoit destiné (27) , venant aussitôt à Syracuse, et bientôt après , parti d'une telle origine , arrivé à subjuguer la Sicile, à mettre Carthage dans le plus effrayant danger, à conquérir la puissance souveraine et à l'exercer jusqu'à sa mort , ne fàlloit'il donc pas des talens extraordinaires pour de si grands succès dans ime si grande entreprise ! Timée, à qui Polybe s'adresse, avoit pu faire quelquefois à Agathocle des reproches injustes; mais tant de perfidies et de cruautés s'accumu-

(24) Diod. XXI, S 13. yoir ici le livre xxil, S », où sont nommés d*autres tyrans de quelques autres villes.

(25) Liv. XXII, SS 6 et 7. Voir les paragraphes suivans, et Polyen, v, c. xxxvu. Cest Sosistrate que dit Polyen. Au lieu de Thynion , Plutarque dit Thœnon, dans la Vu Je Pyrrhus.

(26) Liv. xn, c. VI.

(27) Se servant toujoun de vases de terre à ses repas, quoique son buffet fdt garni de vises d or, il aimoit à rappeler ses premiers travaux, suivant Plutarque, Apovhth, pag. ij6. Le voir aussi , Louange de soi-même» pag. |44 ; Élien, xi, c. iv ; Athénée, XI, S 3-

lèrent sous son ïègne, que, même en n'adoptant pas toutes les imputations de Tîmée , la vie d'un tel homme reste encore souillée de crimes. Un des plus grands sans doute est celui qu'il commit envers des Syracusains qui, après s'être inutilement opposés à son usurpation , s'étoient réfugiés à Messine; il les avoit invités toiis à revenir, ils revinrent et furent égorgés (28).

(28) Diod. XIX, s 102.

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