‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Gouvernement ifHiéron à Syracuse. De son successeur. La Sicile devient province romaine.

D ES Siciliens ayant appelé à leur secours Pyr- De Pyrrhu. «n

T I ¥ n • «r > Sicile. De son ca-

rhus, alors en guerre avec les Romains, il s em- ^actére. dcu aopara de plusieurs villes , et joignit même au titre "«"•«*®« y

^ exclut.

de roi qu'il portoit déjà pour une partie de la Grèce, celui de roi du pays qui Timploroit (i). Les sentimens de bienveillance et de dévouement qu'il y montra d'abord lui avoient mérité la recounoissance et l'afFection de tous. Mais ces sentimens disparurent; une domination dure et sévère les remplaça. Les hommes mêmes qui avoient le plus concouru à l'appeler, et qui avoient le mieux secondé son courage, Thœnon et Sostrate, furent les premiers objets de sa haine ou de ses craintes (2). Un soulèvement éclata : Pyrrhus crut devoir quitter la Sicile ; il se vit bientôt obligé de retourner en Epire (3).

(1) Justin dit même qu'on lui oflfrh fempire , iiv. xvill , $ 2.

(2) Thœnon étoit alors préteur, et Sostrate commandant de la citadelle , arcis praftctus,

(}) Plut. Vie dt Pjmhus, S 58. Justin^ xxill, S 4. Dîodore, XXII, SS 10 et II.

Hiéren devient Hiéfon, à quî UHC gnnidc autorité avoît été dL p^mteT^ confiée sous la dénomination de magistrat, fut apde ion règne. pg|^ ^^ Commandement de Parmée, et, quelques années après, au trône même. Deux cmts ans s'étoieot écoulés depuis qu'un nom pareil avoit ré^é sur Syracuse (4). Hiéron descendoit de Gélon ( 5 ) , et avoit obtenu dès sa première feu* nesse tous fes succès que peut faire espérer l'union de la sagesse au courage : aussi dit-on qull se montra toujours plein de modération et cféquité dans l'administration publique (6 ). Je ne sais cependant comment appliquer cet éloge qu'on lui donne, à sa conduite envers des troupes étrangères dont i! craignoit Tesprit remuant et séditieux; il les engage seules dans un combat où le reste des autres guerriers ne pouvoit les aider ni les secourir; il les laisse tailler en pièces, et, pendant le carnage, il retourne tranquillement à Syracuse avec les troupes de la ville (y).

On conçoit une préférence plus grande pour des soldats nationaux, une confiance plus incertaine dans des hommes qui n'ont pas une patrie à

(4) Hiéron ^oir d-écsm . pi^ 20 itSMor.

(j) DeCélon,frèrç<llliéronKZ^Miafe,viU,$6>ptg. ^79, le fait aaitre cTune servante.

(6) }vsàn,dic»Uû, Pèlybe.I» $ 8.

(7) Polybe. I, S 9-

LÉGfêL. DES SICILIENS. CH. VI. 87

dé€&ÊÊàte. Une semblable perfidie n'annonçoit pas un prince qm devoit cependant obtemr et mériter l'amour de son peuple et les suffrages de la postérité. C'étoit même à l'armée entière, Syracusaîns et étrangers, qu'Hîéroii avoit dû sa nommatîon au commandement qu'il avoit d'abord exercé ( 8).

Ce fut, au reste, bienmoins comme guerrier que Qad<pM$iou<|ui comme magistrat suprême , qu'Hiéron se distin- J^^"*^* ^ gua. Nous ayons encore qudques-unes de ses lois» Cîcéron les oppose aux actions de Verrès, comme un moym plus sûr de l'accuser, de le convaincre même des fautes ou des crimes qu'il lui attribue. Une de ces lois avoit réglé l'assiette des impôts et b manière dont ils seroient perçus, l'époque où la perception en seroit faite, le Ireu où elle devoit l'être. Les Romains laissèrent subsister toutes ces dispositions quand ils devinrent les maîtres de la Sidie. Nos ancêtres ont voulu , dit ce grand orateur (9) , qu'on afférmfit les dâmes (lo) dans un certain temps de l'aimée, sur les lieux mêmes, en Sicile, d'après la loi d'Hiéroo, afin

(8) Justin, xxur, s 4-

(9) Troisième VerriHe,% 1 6. Voir encore ies SS » } et 39.

( I o) Cest de la dîme du blé que parle Cicéron. Il appelle decumanus ager le champ qui devoit fa payer, et deatmani les fenniers publics cpû la percevoient.

qu'en changeant de maître ils vissent du moins subsister encore les établissemens et même le nom cf un roi qui leur fiit cher. Cicéron avoit dé|à parlé, <bns un discours précédent, des formes judiciaires établies en Sicile poiu* un objet semblable. Les agriculteurs, y est-il dit , et les fermiers du dixième , sont jugés d'après la loi frumentaria ,q\j! on appelle loi d'Hiéron (n).

Éloge qu en 6ii Polybe rend à ce prince un éclatant hommage ;

et f aime d'autant plas à le citer, que c'est sur la sagesse du gouvernement qu'il l'a fondé Pour régner sur les Syracusains et sur leurs alliés, Hiéron n'avoit, dit-il, ni richesses, ni réputation, ni aucun de ces appuis que donne la fortune; il ne s'est ouvert le chemin du trône ni par le meurtre, ni par les exils , ni par les supplices. Par lui-même, ce qu'on ne peut trc^ admirer, il est parvenu à la souveraineté ; et ce qu'on n'admirera pas moins , non-seulement il y est anivé , mais il ^ s'y est maintenu par les mêmes voies. Pendant cinquanteKjuatre ans qu'il a régné , sa patrie a foui d'une paix profonde ; jamais pièges ne lui ont été tendus , et l'envie même, qui , pour l'ordinaire , est inséparable des positions élevées , fa toujours res-

(i i) Secondi Verritu, S 13.

(12) Des vertus et des vices, u 111, pag* 11 et 1 2.

pe^. Souvent il a eu dessœi de se démettre de son autorité , sans que jamais ses sujet3 aient voulu le lui permettre. Avide de gloire , il s'est surtout rendu célèbre par ses bienfaits , et a conquis aux £iyracusains l'amitié de tous les peuples.

L'agriculture fiit un des objets les plus cons- se»«oin«

T / T» • » • -rfcf • travaux pour

tans de ses méditations et de ses soins : Fline cite cuiturc, u n même un ouvrage d'Hiéron qui offi'oit auxiaboureurs des préceptes utiles (i 3). Sa conduite, comme chef de l'état, fut plus efficace encore; des régiemens sages et qui subsistèrent long-temps multiplièrent les avantages de la fécondité , et tous les biens qui en résultent, soit pour le pays même, soit pour les communications et les rapports avec les autres peuples. La violation ou l'abolition de ces réglemens est une des accusations les plus vives de Cicéron contre Verrès (i4)-

La navigation et le commerce trouvèrent aussi en lui im protecteur habile et dévoué. Le génie d'un Syracusain illustre, d'Archimède , seconda par ses travaux les hautes pensées d'Hiéron. L'on sait combien de vaisseaux, et quels vaisseaùx, il fit construire ; on sait mieux encore ce que devinrent

(13) Uv. xvui, $ 3. .,1

(14) Troisième Verri/ie, SS ^ suiv. Sur ce ifiiê. fit Hîéroti 9 pour ies lettres et pour les arts , voir ci-après chapitte? pag. 304 etsuiy,, et ianote G aux ÉclaircissemcDs. •

ceux que les ennemis de Syracuse avoient aimés contre elle (15). Athénée observe» d'après un écrivain plus ancien, qu'Hiéron mettoit du prix surtout à faire construire les navires qui servoient au transport des blés , un des objets effectivement que la Sicile pouvoit le plus offrir aux autres peuples ; il décrit un de ces bâtimens , si vaste et si étendu, que ia plupart des ports de Sicile ne pouvoient fe recevoir; il y place vingt files de rameurs , un gymnase dans Fétage supérieur, &c. Je m'arrête plus particulièrement à ce qu'il dit plus bas , et qui se rapporte à i'obfet même d'un ou* vrage sur la législation , qu'un tribunal formé du patron , du commandant et du capitaine de lâ proue , connoissoit des délits ^ et jugeoit selon les lois de Syracuse {16).

Son alliance avec lottgues guerres ou'on a désignées par

«es Romains; ta & & 1 O r

«délita leur égard. guerTCS puniques commençoient quand Hiéron îiL*!^!"'"'"''" «devint roi. Syracuse et Carthage s'étoiem jusqu'àlors partagé la Sicile. Le désir de la posséder ne fut pas ia moindre cause qui porta les Romains k s'armer contre un peuple venu des rivages d'A-

(15) Voir Polybc, Vlll, S 7; Tîtc-Livc, XXIV, S$ 34ct ; Plut. MarcelL S$ i\ et suiv,

(16) Athénée, $S loct ii. Il y parle des anenauz, des temples, des gymnases, qu*H}éron fit construire, toujours avec 1c5 conseils et sous la direction d*Arcbimède.

firique pour s'y étabUr (17). D'abord entraîné vers les Carthaginois (18), Hiéron s'associa bientôt , et pour toujours, aux Romains; ii leur fut constamment secourable et fidèle , et constamment aussi il reçut d'eux les mêmes témoignages d'aflfêctîon et de fidélité. La première guerre punique ne duroit que depuis deux années quand ce traité fut conclu (19)* Il assuroit à Hiéron, moyennant un tri* but, la possession paisible de Syracuse et de toutes les villes qui étôient sous sa dépendance, ainsi que r9q>ptti de ses nouveaux alliés. Le terme en avoît d'abord été fixé à quinze ans; un nouveau traité ne mit aucune limite à sa durée , et le tribut payé jusqu'alors fut supprimé (20). Hiéron même offiit pluneurs feis aux Romains , dans des circonstances plus périlleuses et plus pénibles pour eux, <fes secours extraordimires (21).

Hiéron mourant avoit témcMgné le âésir que Hiéronyme, «on

tucccMeuff fkit une

Syracuse ne se départît jamais de Talliance des «nunce contmrt.

(17) Florus^ II, S I.

(18) Poiybe, I, S 11. Diod. xxui, S 2. Pausan. vi, S la* Zonare , Ann, vill , S 6,

(19) L'an 263 avant fère chrétienne.

(20) Diod. xxm, S 5. Poiybe, 1, s 16. Zonare, Hv. viii, pag. 380 et suiv. Voir aussi ia page 41 6,

(ai) Zonare, îbid. Val. Max. iv, c. VUI, S 6. ntc-Lîve, XXI, S yo; XX», SS ^, 37 et 38. On peut voir aussi Diodore , XXV, SS 3 et 4, et Poiybe, VI, $ i.

Româins, que kn-méme avoit conservée pendant cinquante ans (22). Son successeur ne suivît pas cet exemple. Pour alliée il préféra Carthage. Dès Je commencement de son règne, un traité fîit conclu avec elle. Des députés romains insistèrent vainement pour le renouvellement de Talliance fiiite : Hiéronyme n'y répondit qu'en leur demandant d'un ton moquetnr des nouvelles de la bataille de Cannes (23). Un traité fut condu par lui avec les Carthaginois (a4) ; ils y partagréaient entre eux la SUdle , et se promettoient de réunir leurs eâforts pour en chasser les Romains. L'alliance fut de nouveau contractée entre Syracuse et Rome après la mort (f Hiéronyme (2 5 ). son gouvcr- Ce prince, petit-fik d*Hiéron, lui avoit suc- R^ii^ cédé. A peine sorti de l'enfance, trop indigne du le u liberté, gouvernement, il en laissa le soin à des tuteurs et à des £ivoris qui n'oublièrent rien pour le précipiter dans tous les vices, triste et honteux moyen de se rendre maîtres du pouvoir et d'en écarter celui qui doit l'exercer. C'étoitson aïeul lui-même qui , par une prévoyance aussi naturelle qu'elle

(ai) Tite-Livc, xxiv, S 4.

(a 3) Tite-Lhe, xxiv, S 6,

(14) Titc-Livc , ièU.

(2s) Tiic-Livc, XXIV, SS a? « i^'/V.

fut inutile, avoit placé auprès cfHiéronyme ce conseil de tutelle que quinze personnes dévoient composer. Une prévoyance mieux justifiée lui avoit inspiré d'abord une plus haute résolution. La jeunesse du prince , la crainte qu'il ne €ÙLt incapable de gouverner et ne laissât tomber le trône que lui Hiéron avoit élevé et aiFermi , le désir peut-être de terminer honorablement cette carrière royale parcourue avec tant de succès , paroissent lui avoir inspiré le dessein de rendre à Syracuse la liberté. Ses filles s'y opposèrent^ dans l'espérance même qu'elles auroient, leurs maris et elles , toute l'autorité; leurs maris dévoient être les chefs du conseil de tutelle {26) que le roi établiroit. Le roi l'établit effectivement. Un de ceux qui en fàisoient partie , Andranodore , gendre d'Hiéronet par conséquent onde du jeune prince, parvint, bientôt à éloigner les autres tuteurs, sous prétexte qu'Hiéron3rme, alors âgé de quinze ans, étoit en âge de gouverner par lui-même. En afFoiblissant ainsi l'influence qu'ils auroient pu avoir; ii s'assutoit davantage d'être l'organe de l'autorité souvenune et son véritable dépositaire. Hiéron avoit donné de grands exemples. Hiéronyme n'en avoit ni les lumières ni les vertus, ni même ce noble

(26) Tite-Live, xxiv, S 4-

désir qui donne Tespérance de ies acquérir et de ies conserva. On venoit de perdre un monarque chéri par sa modération , sa justice et sa bonté; h simplicité de ses mceurs ajoutoit encore à Texerw doe de ses vertus. La pourpre orne tout-à-coup le nouveau roi; un diadème couromie sa téte ; des satellites fenviroimenL A cet appareil fitstueux se foignoîty dit Tite-Uve (27), un mépris marqué pour les hommes, des oreilles qui éooutoîent à peine, une bouche qui ne s'ouvroit que pour Tinsuite f la personne du prince presque toujours inaccessible non-^seulement aux étrangers, mais à ses tuteurs mêmes, des débauches sans exemple, une férocité qui n*appartenoit point à Fespèce humaine. Des conspirations se formèrent : une d'elles le renversa du trône; il tomba sous le po^nard des conjurés. Ses solchts voulurent un moment le défendre ou le venger. Dans la ville cependant un cri public appeloit la liberté. La douceur de ce mot charma bientôt l'armée ellemême , dit un écrivain que ses ouvrages placent ordinairement au nombre des ftuteurs de la tjrra»nie (aS); elle s'apaisa; sa colère œntre les mtm^ trien se calma; elle ne s'occupa plus que des

(27) LIv. xxiv, SS 4 et y , xxi et xxv.

(28) Machiav. Ré/lat, sur Tite-lJyf, Il » c. I.

moyens d'établir un gouvernement libre k Syra^ cuse. Tite-Live ajoute qu'au doux nom qu'on fit retentir aux oreilles des soldats on avoit joint l'espérance d'obtenir une part du trésor du loi et de servir sous des capitsûnes plus habiles. Le corps d'Hiéronyme resta même sans sépulture.

Vainement on essaya de présenter au peuple les vétemens et le diadème ensanglantés de ce prince ; on se réunit , on s'attroupe dans les jAsLces publiques , on déuche des murs du temple de Jupiter Olympiei^ des armes ^ présens des Romains , que le roi Hiéron y avoit déposées. Le sénat s'assemble ; la république est proclamée ; des magistrats sont élus pour veiller à Padmmbtn* tion supcéme de Syracuse. Bientôt le courroux * du peuple s'étend sur tous les membres de k £b« mille royale ; un décret rendu prononce leur mort, et des satellites envoyés par des magistrats qu'on venoît de nonmier vont sur^l^bamp commettre les crimes ord<mnés (29).

Je dois à Tite-Live les détails que je viem de ^ ^^^^ v^*^

- Tt. « *^uf U domination

donner sur Hiéropyme. Il est juste pourtant de ramzine. rappeler qu'un autre écrivain , digne de beaucoup <f estime, Polybe (}o), s'élève contre la sévérité

(19) Tite4JvfB , xxiv, SS * < «or.

(30) Vertms et victs , t.lll,pag. ii et 12.

96 rflSTOlRE DE LA LÉGISLATION.

des historiens envers ce prince , et ne croit pas mérités tous Jes reproches qu'on lui adresse. Toujours est-ii certain, même en oubliant la conduite tfHiéronyme sous ses rapports avec lui-même et avec f état , que ce règne fut pour Syracuse l'époque la plus funeste, celle qui menaça le plus son existence politique. L'indépendance de la Sicile cessa bientôt d'exister. Dans la lutte qui subsrstoit encore entre les amis de Rome et ceux de Carthage; les derniers comptoient parmi eux les magistrats q\xe l'on venoit d'élire , Épicyde et Hippocrate (31). Marcellus vint assiéger Syracuse; la ville fut prise et soumise aux Romains (32). La Sicile entière suivit bientôt le sort de la plus puissante de ses cités. Toutefois ceux qui avoient été constamment les alliés de Rome ne furent pas confondus avec ceux qui avoient donné trop d'exemples de leur prédilection pour Carthage (33). Les Syracusains avoient envoyé à Rome des députés pour accuser devant le sénat le général qui avoit vaincu/, Marcellus; le sénat prononça contre eux. Loin de

Titc-LWc, XXIV, SS 13 etsuip.s xxv,S 40.

(32) Troisième Verrine, S J3. Voir aussi le S 37 du fncme discours, et les notes du S 1 3 î Titc-Livc, xxv, S 3 1 ; et Florus,iI,S3-

(33) Voir les derniers paragraphes du Xxv* livre de Titc- Live.

Exercice de U

Istriter de leurs plaintes^ Marcellus leur pardonna; H concofirut même à obtenir qu'on laissât aux S^Hiens leurs coutumes , leurs lois et quelque sone de liberté (34)- La magistrature des amphipoles cessa; mais il y eut des sénats dans toutes les villes. Qcéron dit comment on les composoit ( } 5) . Sous i«»i««Mice pubii- . le règne tfHîéron , ils étoient quelquefois consultés par le prince (36) ; on ne voit pas qu'ils faient été depuis. Des magistrats venus des bords du THire y devinrent Ces véritables dépositaires de la puissance suprême. Leurs ordonnances mêmes, leurs décrets , y portoient le nom de loi : dest ainsi que Cicéron les appelle dans ses discours contre Verrès. Quant au sënat de Syracuse, î! subsista , mais toufours fut-il borné à l'exercice (Tune autorité secondaire. Cicéron nous apprend encore de quelle manière ce corps étoit composé dans cette ville et dans toutes les parties de la Sicile qui en possédoient un, lorsque Verrès y exerçoit sa déplorable magistrature.

D'après les institutions données ou laissées au Loi rciauve à la pays , les sénateurs dévoient être élus , et les H^^****""

(34) Tkc-LWc, XXVI, SS 50 etsuh,

(35) Seconde l^errîne , % 53; yVerrint, S 4© 5 4' Verrme , S J3. Mais voir ci-après, c. vili , pi^g. m et suiv,

(36) F<>/> Titc-Live, xxiv, S 2 a. H nomme publicum/ consîUum,

suffrages ne dévoient porter que sur des citoyens remplissant diverses conditions imposées par la loi. Ces conditions ne furent pas toujours respectées par les préteurs que Rome envoyoit gouverner la Sicile. Quelquefois même ce ne fut pas à la violation d'une des promesses faites qu'ils s'ar* rétèrent ; ils les violèrent toutes à-là-fbis ; c'est le droit même qu'ils attaquoient.

Avant que des Romains fussent envoyés pour gouverner la Sicile, c'étoit au milieu d'elle, dans son enceinte même, parmi les citoyens qu'eUe avoit vus naître , qu'étoient choisis les premiers ma* gistrats qu'elle rjscevoit des bords du Tibre. C'est avec de tels hommes que l'ancienne alliance avoit été renouvelée entre les Siciliens et Rome.

Autorité conter- Les contributioiis à payer^ les oppressions à ron "i^Jrks wn- $ubir, rcdoublèrent avec l'audace et l'avarice des tributionsen parti- gouvemeurs envoyés. La midtiplicité des plaintes, leur justice, venoient presque toujours échôuer contre la malheureuse influoice d'un homme revêtu plusieurs années d'un pouvoir dont on devoit craindre de trop aifoiblir la suprématie nécessaire. Quelques peuples vaincus par les Romains, après leur avoir long-temps résisté , avoient été soumis à un tribut plus considérable par l'effet de cette résistance même : mais les Siciliens avoient conservé toutes leurs anciennes lois en passant sous la domi-

nation romaine ; ils dévoient obéir sous les mêmes conditions qu'ils l'avoient fait à leurs princes quand ils p^dirent leur indépendance {37). Nous avons dé|à feit connohre toute l'autorité qu'y conservèrent, de J'aveu même des Romains, les anciennes lois d'Hiéron (38) : cette conservation des anciennes lois , ce respect pour elles , cette recommandation d'en garder l'exercice \, annoncent assez que ce n'est pas en ennehiis, mais en ailfés , tju'on veut traiter les habitans de la nouvelle contrée que Ion associe à son empire. iQuant aux contributions , ce fut en blé surtout que la Sicile paya celles qu'en exigeoient ordinairement les Romains (39). Long -temps avant qu'elle ie leur payât comme tribut , dès le règne de ses premiers tyrans, deGélon en particulier, Syracuse avoit envoyé au plus bas prix, gratuitement même, tout le blé dont Rome avoit alors besoin (4o)' Après la victoire d'Annibal à Trasimène , Hiéron envoya aux Romains , outre trois cent soixante marcs d'or, deux cent mille boisseaux d'orge et trois cent mille boisseaux de froment (40* C>nze ans après

(37) Troisième Verrine, S ^•

(38) Voir ci-dessus , pag. 87 et suhf,

(39) Quatrième Verrine, S Voir ia note de Guéroult sur ce passage.

(40) Denys d'Haiicarn. vu, S ao; vili, S 70.

(41) Val. Max. iv, c. viii, S

lOO HISTOIRE DE LA LiGlSLATlON.

encore , beaucoup de Syracusains s'étant plainu à Scipion, alors en SfcHe, contre dis détenteurs de leiirs biens, un é<fit édiané de lui et des fu gc m o A s rendus ensuke les leur firent rendre : acte de fusike qui ne lui conctlia pas seulement la recônlioissance des propriétaires, mais de tous les habîtans ; recon> noissance que signalèrent les plus grands efibrts pour l'aider dans la guerre qui se préparoh contre Garth^ (iz).

(4i) Tite-Livc, xxix, S »•

LÉGISLATION DES SICILIENS. lOI

Page 1