CHAPITRE XII
Lois et Institutions religieuses.
Premier hom- JL/es temples élevés ^ dcs fêtes célébrées, des iTw^iciî sacrifices, des offrandes, des jeux sacrés, des rtirieuiiure. oracles , des vœux , des sermens , forment en
Sicile , comme chez tous les peuples , une grande partie de Thistoire religieuse du pays. Une tradition ancienne le consacroit à Cérès et à Proserpine ( 1 ) ; ses habitans n'en furent que plus portés à penser qu'elles étoient nées parmi eux (2). Heu* reu»et riches de tous les bienfaits qu'ils dévoient à l'agriculture, leur reconnoissance n'oublia rien pour conserver ou propager la mémoire du séjour que l'on aimoit à croire que les deux déesses avoient fait en Sicile. Les cérémonies de ces fêtes étoient autant d'hommages rendus aux protectrices de si utiles travaux : le choix même des époques de leur célébration s'y rapportoit; c'est au temps des semailles qu'on faisoit les recherches de Cérès, et au temps de la récolte, la commémoration de
(1) Dlodore, v, SS 4 et 60.
(a) Quatrième Verrine » S 4B.
LiGlSL. DES SICILIENS. CH. XII. l8l
renlèvement de Proserpine. La première de ces fêtes durcit dix jours ( }) .
On remercioit ici de la fécondité des terres les divinités des champs et du labourage. 11 semble que le commerce de la Sicile, sa navigation , tous les avantages que la nature lui assuroit sous ce dotible rapport , auroient dû inspirer un culte assez semblable envers les dieux protecteurs des mers : il n'en fut pas ainsi; Thommage du moins se trouva plus rare et plus borné. Quelques temples s'élevèrent néanmoins , daiu quelques villes, pour Neptune (4)*
Le culte de Diane étoit le plus répandu après Amm di^inim celui de Cérès et de Proserpine; on l'honoroit ^,^^'!^^ surtout i Syracuse : la ville étoit sous une protec- à» i^mn «mpiM. tion spéciale de cette divinité (5).
Les noms de quelques autres dieux révérés en Sicile nous ont été conservés par les anciens écrivains. Thucydide , en parlant des premiers établissemens qu'on y forma , en nomme aussi quelquesuns dont les colonies grecques apportèrent le
( {] Diod. V, SS 4 et 5. Sur tes mystcres de Cérès et de Prolerpioe , voir Plutarque , Pian ,S Jt.
^4) l>îod. IV, S S^ Ct%i ï Nrptooe qu*étoteot consacré» les fcox isthmiques ; Syracuse les avait revus des CorintHiens. K<^/> notre tome VIU, pag. 1 24, et ce quen dit Pindare dans celui de tes ouvrages (pii porte ce titre.
($} Quatrume i>^errmf, $$ 55, j6, 58.
iil HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
culte et le gardèrent (6). Les services d'Ariscée pour l'agriculture et les travaux champêtres lui avoieiit iTréme fiiit décerner des hoilfietirs di-
vins (7).
Les temples n'eurent pas tous ce caractère religieuse que leur destination appeloit et supposoit. Le luxe, la gourmandise, la débauche, d^autrès vices, eurent aussi leurs divinités (8).
Éryx étoft le principal séjour du culte dé Vénus : ce fut le plus renommé de ses temples en Siciie ; ce fttt même un de ceut qui conservèrent le plus long- temps les hommages des autres peuplés : les Romains , eh particulier, ne cessèrent d'y apporter leurs prières et leurit offrandes (9). On aperçoit ici , au milieu des narrations religieuses , *un ûât qui, s'il étoit vrai, ne seroit pas sans quelque analogie avec l'objet de nos travaux, qui leur appartiendroit même tout entier. Le prince , fondateur de ce temple , Eryx , avoit eu pour mère Vénus, et pour père Buta , roi d'un petit pays de
(6) 1 hucyd. vi . S 3- DM. iv, SS 79 «t 80. K^ auid ia quatrième Verrine . S 57.
(7; Dlod. IV, SS 81 et 81.
(8) Voir Élten , l , c. xxvil.
(9) Voh DIod. IV, S 8) , et auisi SS 78 et 79. Vwr encore Thucyd. VI, S 4^; Éllen , ! , c. xv, et XEnéùU» VII, v. 159; XII, V. 701.
UOISL. DU SICILIBMS. CH« Xll. iS)
Sicile. Éryi lui-même fut choisi pour roi par des Sidliem; il bâtit une ville à lnqueile il donna son nom, et au milieu de la citadelle un temple k sa mère , temple qu'il enrichit de magnifiques présent (lO).
Minerve avoitycomme Vénus, ses adorateurs et ses horomages ( 1 1 ), Le monument élevé pour elle k Syracuse étoit un des plus magnifiques parmi les édifices consacré» aux dieux. 11 fut un de ceux que dépouilla Verres; et si Ton en croit Cicéron, c*est dans la maison d'ime courtisane que le préteur de Sicile fit transporter tant d'ornemens consacrés k la chaste Minerve. Cicéron a)oute que ce temple contenoit aussi vingt->ept tableaux d*une grande beauté, parmi lesquels étoient les portraits des souveraiiu qu'avoit eus la Sicile; tous encore furent enlevés par \etré%. Les tyrans a voient du moins décoré les temples des dieux; Verres enlevoit leurs images et dépouilloit leur» temples ( i a).
Quelles que soient les richesses dont re^plen- ai«iifMM «u ««• dissoient ordinatremeni les édifices sacrés, aucun ^^1^ *"^**' ne l'emporta sur celui qu*Agrigente avoit dédié k
(lo) Piodorc et Èllcn, iW. Athéo. xv» S tç. Honioc, i,
(il) Dkid. V.S i.
(m) Quéuitm \^mm9, SS M ci 5^*
l84 MUTOIKE DE LA LiGl§LATloN«
Jupiter Olympien (i ))• Ce n'étoit pas le seul qu'on eût érigé dam cette ville ; elle en avoi t un pour Esculape^ remarquable par les monument qu'il reniêrmoit et qui ie devint plui encore par une itatue d'Apollon 9 rappelant tout à-la-fbif une victoire contre Carthage et une alliance avec
Rome (f4)«
Un temple devenu f obfet d'une vénération particulière étoit celui de Naxoi ^ une des premières villes fondées par lei Chalcidiens d'Eubée, sur les rivages siciliens (15)* On l'avoit construite en l'honneur d'Apollon , d'Apollon archegète [guide, Cûfii/ucteur ] ; c'est là que les Tliéores , partant de Sicile , allotent offiîr leurs prières et leurs sacrifices ( 1 d ) « La ville fut détruite par Denys l'ancien, mais le temple subsista ^ et reçut toufours^ dans les mêmes circonstances, les' mêmes invocations et les mêmes hommages (17)* Agrigente eut atissi un temple dsms lequel on honorait le fleuve qui
(f 5) Diodore^ xiu^ S 81 , ea dorme la dcfcrfptiom KmV Po- \yhe, IX, S 2ti et »ur un autre temple de ce dieu, ircvir la note Faux ÊclairciiKrmeD»«
( 1 4) Quatrième Vitrine ,$ 4y
(i|] Huitième siècle avant J.-C. l^olr ci-deMU», pag. if 6* et la tiote 9 de la même page,
{i6) Thucyd. Vj, S ^ y^îr Strab. vi, pag, %&;; Appien, sur ce mot , Hv, VI , et Cluvfer , Sicile anc, pag, 93.
(17) Diod. XIV, S$ 14 et If Fazellu», pag. 157 et 15S.
la traversoit et qui lui avoit donné son nom ( 1 8).
Jamais les temples de Sicile, et ceux de Syracuse en particulier, n'avoient revu plus de témoignages d*une généreuse piété, qu'avant la préture de Verres. D'après un usage qui remontoit à la fon» dation de cette ville et se lioit i ses traditions religieuses, chacun des habitans devoit apporter, chaque année , à Proserpine, près d'une fontaine indiquée , son offrande privée , et immédiatement après, on immoloit ensemble et au nom de tous des taureaux égorgés sur cette fontaine même : on faisoit d*Hercule Tinstituteur de ce sacrifice (19).
L'action religieuse étoit quelquefois Taccom- SMcuct,ittt«,M. plissement d'une volonté publique* Vainqueurs et p,rdVi*uic[rtt"^ libres , les Syracusains convoquent une assemblée *'^'«*' générale qui décrète d'élever à Jupiter, k Jupiter libérateur, une statue colossale, et de lui offrir, tous les ans , un sacrifice de reconnoiss^nce ; des jeux dévoient être célébrés le même jour, et on devoit encore immoler quatre cent cinquante uuleaux et les faire servir ensuite dans lui repas à tout le peuple (20). Quand Dion , entre h Syracuse,
(18) Élicn»ii»c. xy^xwu M ém,tie VAcad.%, Xll,///f/. p.48. Sur la plupart des umplct de Sicile , voir la note V aux Éclair* <i**cmen«.
(19) Diod. V, S 4. Voir lur un culte qu'il reçut lul-mcme,
\y\oL IV, $ 14.
(20) Diod. xi.l 72.
l86 H18T01RË DE LA tiCISLATlON.
y eut fait proclamer Tabolition de la tyrannie et le retour de la liberté , dei sacrificei furent volontairement offerts par les habitans dam les rues qu*il traversa , et d9i prières et oraisons lui furent adressées de toute part , ni plus m moim que si ceût été un dieu^ dit Piutarque (ai). Denys le jeune en offrit un publiquement, pour célébrer l'arrivée de Platon , quand ce philosophe vint k Syra* cuse (aa). L'historien rapporte à ce sufetque, peu de jours après , on fit le sacrifice accoutumé pour demander aux dieux de conserver au prince son pouvoir et sa vie; il ajoute néanmoins que Denys , s'adressant au hérault, organe de cette prière, lui dit : Ne cesseras- tu point de me maudire! Dm fétcf, .Ui Une victoire remportée, ia liberté reconquise, nwiMwr X«" '^ fondation d'une cité, furent souvent Tobfet des itur «irMiérs. sAcrifices et des fêtes en Sicile. Les Syracusains
célébroient , chaque année, cette fondation de leur patrie, qu'ils attribuoient k un des Héraclides, Archias , venu de Corinthe (23). lis soiennisoient, chaque année, les grands succès obtenus k' la
(11) yit ^ Dhn, S j6« Il «volt ofhrx auffl un lAcrtficc en pi^rtant pour la guerre. Wd, S 19.
(ai) Plut. yi(d0nhn,l\6.
(13) Vpir cMeiiUf, pdg. ); Thucyd. VI, S ){ Stnib* VI» \u^» %6f)\ Fatellu», pAg. 1R9 tt miv,, et cl «prii, U noC« A Miix ÈHairrUiemenii.
LiOlSL. DUê SICILIENS. CH. Xlf. 187
guerre contre leurs ennemii» , pour en perpétuer la mémoire (i4)* Le» Carthaginois durent même, il une célébration «einblnhle, une victoire qulls obtinrent contre les Syracusains; Hs profitèrent des réfouiisances et des occupations pieuses auxquelles ne livroient alors leurs ennemis (a 5 h
La célébration dHine fête de Diane en offrit dans la suite un nouvel exemple qui eut de bien autres conséquences sur les destinées de la Sicile. C'est pendant qu'on la célébroit , que (es Romains entrèrent dans Syracuse qu'ils assiégeoient. Marcelius, qui les commandoit, avoit perdu toute es^^ pérance de la prendre , nf par la force , puisque sa situation maritime et terrestre la rendoit inexpu* gnable , ni par la famine , puisqu'elle tiroit sans obstacle des vivres de Carthage. Quelques moyens de corruption avoient été tentés sans succès. Un déserteur vint avertir Marceilus de la solennité qui se préparoit, solennité qui devoit durer trois jours. Elle offrit aux Romains une de leurs plus sûres et de leurs plus éclatantes victoires {26).
(14) Plut, Nidas, S f i.CIcéron pnrlc humI , nudtrlèmê Vêtrint.SS 39 et 40. de fétcn céUbréei annacHement kT^ndurc en rhonneur de Mercure.
(af) Polycn,l,S *7.
(1^) 'flte-LIve, XXV, SS M '' ««/»^' '**«*. IV# //r Aittntllus, S aH.
l88 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
Ajouterai-)e que ce succès devint pfus tard Toccasion d'une fête consacrée au vainqueur lui-roème. Une loi ordonna que désormais, toutes les fois que Marcellus ou ses descendans viendroient à Syracuse, les habitans, le front couronné, sacrifieroient aux dieux (27 )• Un sentiment plus honteux fit célébrer ensuite une fête en Thonneur de Verres : lui-même Tavoit ordonné; lui-même fit assigner les fonds nécessaires, pendant longues années, pour sa célébration (18).
Nous avons dit que ta liberté eut ses solennités comme fa victoire , et nous en avons cité pour exemple ce qu'on fit h Syracuse après que Thrasybule eut été renversé -du trône (29). Nous sommes obligé cependant de remarquer qu'une fois, un tyran aussi, Phalaris, profita d'une célébration semblable pour établir sa domination : c« fut pendant les thesmophories qu'il s'empara du suprême pouvoir (30).
Une fête bien ancienne , et que nous ne saurions oublier , à cause de son origine et plus encore par
(»7) Plut, ne de Marcellus , l 38.
(18) Voir la seconde Verrine, S a '•
(29) Voir Dïod. xi , S* 68, et ci-deisus, pag. ai et a 3.
(30) Voir d-dcssus, pag. 75. Voir des exemples semblables dans Tite-Livc , xxiv, SS ii^xz, 2}. Voir encore Wesseling sur Diodore, XI, S 7*'
L^.CISL. DES SICILIENS. CH. Xll. 1 89
son caractère et son objet, est celle des Agyréens. On la supposoit établie par Hercule; on la célébroit tous les ans , avec une égale solennité , par des jeux gymniques et des courses de chevaux; les mattres et les esclaves y étoient pareillement admis ; ils participoient aux mêmes jeux, aux mêmes cérémonies, aux mêmes festins , aux mêmes sacrifices (31).
Des dieux pénates vinrent sanctifier l'enceinte domestique; et dans ifixité, la concorde eut des autels ()2).
De saintes prières et une austère piété ne mar- i>m wmpiM
. • I t • » If* <l* Vénu(k Ftmmet
quoient pas toujours les solennités publiques, conn»^ à ion Vénus avoit les siennes, qui ne furent pas ordinaire*- ««•»•»>«••<'*•"«*«• ment celles de la vertu. Son temple d'£ryx avoit reçu dès son origine les plus riches présens ( ) 3 )« II étoit rempli d'esclaves sacrées , c'est-à-dire de femmes consacrées à la dée.^se , tant par les Siciliens eux-mêmes , que par beaucoup d'étrangers. L'argent provenu de leur commerce étoit destiné à l'entretien du temple, enrichi d'ailleurs par un grand nombre d'offrandes ( )4)« I-e culte de cotte
(31) DIod.lViS 14.
()i) 'l'itc-Live, xxiv, SS %% et %6, Cicéron, t/uairièmt Vtrrmt, S s* (n) Dlod. IV, SS 78 et Hî.
()4) Diod. IV, S ^], Strab. vi, pag. 172. Ko/r la note de
divinité fut entretenu par ies Carthaginois devenus maîtres de ceite partie de la Sicile* Les Romains accrurent encore les hommages quon lui'rendoit; tous ceux qu'iis y envoyoient » magistrats on guer*ners « offrirent en y arrivant de magnifiques sacrifices dans le temple de Vénus { } 5 ).
DttcuitcdeDiane Une distribution générale de vins se fiûsoit pen^
•n particulier et de , m f^ * t^* t • ■
^ (1^.. dant la fête de Diane* Les pasteurs y venoient , la
tète ornée de guirlandes , conduisant des animaux couronnés de fleurs, consacrés à la déesse ()6). Quand Verres enleva du temple d'Égeste la statue de Diane , les femmes accompagnèrent cette staisue jusqu'aux limites du territoire , et y pendant toute k marche, elles ne cessèrent de répandre sur elle des essences , de brûler autour de Tencens et des parfums , et de la couvrir de fleurs et de couronnes (;7)« osnndei eneoM» Les auteurs anciens parient souven t de la richesse
"^p^J^vZl!^ ^•^ temples de Sicile. La confiance inspiroit des
offrandes ; et la fortune des habitans permettof t de ies &ire avec magnificence (38). Elles n'étoîent
Dutheil. Pftusan. vill ^ %i^. Ctcéron contre Cacilms, $ 17. Voir dVtttres fêtes siciliennes en l'honneur de Vénus , dans Élien , 1 , c. XV, des Hisi, div, et Hist, des anim. liv. iv , c. Il ; ïh, x , c. v.
();) Diod. IV, $ 83.
(}6) Tltc-Live, XXV S aj. Caruso.pag. ^^ettuw.
(m) Quatrième Verrine, S } j.
()8) Sur ies ricliesses du temple de GéU, voir I>fod. xiii,
LiGiSL. DES SICILIENS, CH. Xtl. I91
queiqoefbif que les dépouilles des vaincus. Timo* léoo (es distribue b ses soidau ( jp''. On les appen* doit plus ordinairement dans la demeure des dieux b qui on crojroit devoir la victoire (4o • Le prix de ces dépouilles servit aussi quelquefois à la construction d*un temple (4 1 )•
Je trouve peu dVxempIes de promesses faites ou de voeux formés. Quand Agathode, cependant , arrivant en Afrique , fit brûler tous les vaisseaux qui Vy avoient conduit , il chercha k justifier cette acdon «n disant qu'elle étoit Texécution d'un voeu fiut d'avance k Céiés et k Proserpine {^x).
Onenvojra même des offrandes à des temples étnngers (4 } )• Celui de Delphes reçut , outre les présens de plusieurs rois de Syracuse , les dépouilles ennemies après un succès guerrier (44)* Gélonei
\ foSyCf PioMS. VI, S 19; et sur celui de Jupher à SynicuM , Dkoà, LMcerp» ven la fin, ()9; Dfod.xvi,$ 81.
(40) DIod. x vt » SS 80 et 8 1 • Le boudfcr et NIdM fut •Inii dépofé dem an temple* Plut, ^k ék Nkias, S 5»-
(41) Diod. XI » S ta. Dtnyi le )eune fit préietit eu prytsuie de Terente d'un c«odéUbre «or lequel on pouvoit «llumer eu- «wt de tempes qu*U y avi»ii de foun dens Tennée. Athénée, XV, S •$•
(41) Diod. XX, S d.
(4 1) Pour celui d*Hercule à Tyr, voir Diodore, XX , S 14. (44) IMod. Xlt SS >5 et id; XJl.S »9i XVI, S >o. Athén. VI, 5 4-
§92 HISTOIRE DE LA LÉC18LATI0N.
Hiéron 11 contribuèrent à Penrichir : Gélon lui fit hommage d'un trépied et d'une victoire d'or, lorsque Xerxès marchoit contre la tirèoe ; Hiéron voulant y offrir le trépied et la victoire eu or natif, et ne sachant pendant long-temps où il en trouve* roity fit passer des gens dans la Grèce pour en chercher (45). De riches présens furent offerts par Denys l'ancien au temple d'Oiympie (46 ) .
hiii>i«rt^« de De. Aucun prince cependant ne fut moins religieux ; f^M. " ^^ ^ contentort pas de trahir les devoirs que
le culte impose et dont l'observation est dam l'intérét même de ceux qui gouvernent. Plus d'une fois il pilla ces temples qu'il devoit faire respecter* Toujours il affecta envers les dieux autant d'impiété qu'il montroit de dureté pour ses sujets et de mépris pour les principes les plus ordinaires de la justice. Denys retournoit à Syracuse après avoir pillé le temple de Proserpine à Locres; les vents lui éloient favorables : Voyez-vous , disoitil à ceux qui Tentouroient , comme les immortels sont propices à la navigation des sacrilèges (47) !
(45) Athén. Vf , S 4* On dft que Phalarfs fit présent de son uureau au temple de Ddphes ; d*autres dtsent que le taureau fut noyé par iei Agrfgentfns. Lucafn , t. II , pag. 1 87, aux notes*
{46) DM. XVI, s 54. Mém.deVAcad, t. XII, pag. 19^.
(47) Ctcéron, Nat, des dieux, ni, $ 34. Éllen, 1 , c. XX. Ce prfnce sf fmpfe offrit cependant des sacrifices quand II eut été vainqueur comme poète. DIod. xi v, pag. 1 09 ; XV, S 74.
tiCISL. DBS SICILIENS. CH. XIL 19)
Débarqué au Péloponèse, il entre dans ie temple de Jupiter Olympien ^ lui ôte et prend un manteau d'or massif , trop pesant , dit-il » pour Pété » trop firoid en hiver, et y en substitue un de laine » qui sera bon, afoute-^t-il , pour toutes les saisons (48)» Beaucoup de traits semblables sont rapportés par Qcéron« I^es dépouilles des autels violés , Denys les fidsoit porter au marché et vendre à Pencan ; puis, en ayant touché Targent, il ordonnoit aux habitant de restituer dans un délai prescrit tout ce qu*on avoit tiré de ces temples mêmes (49)» De pareils sentimens n^étoient pas dans les mœurs des peuples de Sicile \ la superstition y eut bien plutôt ses injustices et ses craintes. On voit cependant des hommes bannis de leur patrie , pour avoir outragé les dieux, trouver dans cette tie un refuge assuré. Accusé dSin crime semblable, Xénophane, chassé de Colophon , est reçu à Zancle , et à Catane en» suite (50).
Tant de divinités , tant de lieux consacrés à leur ?tkm, p«if«tr»dre hommage, tant de sacrifices , tsntdefttes, r^;,„^*J^'* avoient exigé beaucoup de ministres et des ministres diflfirens tf après la nature ou Tobfet des cérémo^ nies et des temples; on en vit même d'héréditaires :
(48) Cicéron » iVitf. 4ts Jkmt , ili , S ^,
(49) Cicéron , iM.
(fo) Dbg.Lâërtc» Xtttêftkâtit » S S 1 et 4.
ainsi à Géla dont Gélon avoit été un des fondateurs 9 ses descendans devinrent et restèrent héré* ditairement les hiérophantes de Gérés et de Proser* pine (51). Il n'en étoit pas ainsi pour les sacerdoces ordinaires ; on ne les conféroit guère que pour une année : Cicéron fait cette observation en parlant du pontificat de Jupiter à Syracuse (52). C'est le sort qui élisoiti non d'une manière absolue , mais il décidoit entre les candidats présentés, au nombre de trois ordinairement.
Verres avoit un protégé qu'il étoit parvenu à faire désigner ; craignant la décisioa définitive du sort 9 il défend d'y recourir; les Syracusains invo* quent la loi ; elle disoit : ce On jettera dans l'urne autant de boules qu'il y aura eu de personnes ayant obtenu des suffrages; celui dont le nom sortira sera pourvu du sacerdoce. » Verres y fait jeter trois billets sur lesquels étoit écrit le même nom , le nom de celui dont il vouloit faire le pontife de Jupiter ( j 3 ) .
L'orateur à qiu nous devons tant de lumières sur les institutions et les lois de Sicile nous apprend encore qu'elle avoit des prêtres qu'H ap^
(51) H^rod. vu, S 1 13 • Il y dit dans <|uelle circomtanoe et par quelle cause ces prêtres furent établis.
( s a) Cicéron , seconde Verrine , S ; 1 .
(53) Cicéron , i^/W.
LàClSL. DES SICILIENS. CH. Xtl. tçj
pelle publics (54)* Ce:» prêtres n*appartenotent spédalement tu culte d'iucun dieui ils étoient les ministres sacrés , choisis et désignés ptr les magistrats pour remplir » au nom de tous les citoyens « les pieux devoirs que la confiance et la reconnotssance publique pouvoient leur imposer.
Une magistrature sacerdotale avoit été établie par Timdéon» la première de toutes k Syracuse ( 5 ( ).
La religion avoit $e$ furètresses comme ses prêtres ; elles ne se bornèrent même pas toujours à TeaMTcke de leurs fonctions ordinaires» elles s*élevoieni quelquefois jusqu'à la prophétie» jusqu'à I*mterprétaiion des pensées ou de la volonté de la déesse dont elles étoient les ministres. Ainsi qtuuid Timoléon vint de Corinthe à Syracuse , les prêtresses de Gérés et de Proserpine déclarèrent qu*il y seroit sous leur protection» et Timoléon reconnoissant leur consacra le meilleur de ses vaisseaux auquel il donna même le nom de ces divinités (s6).
Des femmes seules pouvoient être » à Catane » les ministres du culte de Cérès. Le sacerdoce en
(54) CiMfuièmi ^ffri/êi» $ 8.
(jj) Dtoi XVI » S 70. Plut. Qntst. grtciiuit, t. !, pag. 197; iiiwUt Vérritti, $ 51. Ivir d-desius» pag. 58.
($^ Diod. XVI, S ^^* ^ffir ce <{ue aitOcéron de l« dM- Mdoo tirée de> songci en Sicile» $ ao du premier livre de loa traité mrlti DMmUMi^
1^6 Hmoil^^ 0U hA hiiCiiiUATlQH,
éiok inîsrdU »u% hommes piir ufu^ UA'f onm l(mr p^meiUHi p»» mèmt^ dy concourir à V^xmck^ 4«« d^oir^ §fu:réi ( J7)
ly un feutre côté 9 on voit dAna ^fiutr^s^liÉmx dm 0i§çhve^ §e préumdr^ U^ conM^m de b divi Allé ; ce n^iolt pjij» ki un ^fu^erdoce^ mai^ de^ prophètes f d$^ Qrfu:le§ qvfiU §*f^pplUiuoi^m k eux^-mèrruB^ et m récitoieni pu «ftm ^u^ue wkrmité, Vn Heux fi'bé^it» p»f % décUter cfu^un ori^ lu{ n^mî nnnoncé qu% mrcAi roi un jour {fi),
l/mivMêfmfnem d'un territoire et h fondation d^une vflb ewent quelquefois pour prétexte ou pour jjUHificuton h volonté d'un orêde (59).
tiffmH» , 4fmt [^ moment étolt invoqué \ h §œur et U femme
4'mif , êti^fm- *■
ùmt9, de Dion crf^îgnent que CMippe ne compirll
(^nfr# li^ f le conduUirent ftu temple de Pro^rplne et le forcèrent d'y )urer qvCil ri^ttâmteroit pA« k k vfe de Dion. Cr^igns^nt que «on entreprise ne fût découverte , et p»r-Ià sms succès ^ Cdlipp^, foin (f y n^noncer, %prés Tnvoir toue^oii %uss% seAenn^l^fn^mt promii , en Avança %u contrtire Vexécuition {6q), he p%r)ure devint pour (uf comme un moyen nécessaire d'un tel attentat, S« mort
('''«) PlMt. />//?/!» , $$ ^8 // W/>/,
LiGISL. OBS SICILIENS. CH. XII. 197
lui fit bientôt expier son crime. Le serment qu'on avoit exigé dt lui étoit ie plus solennel de tous , ce qu'on «ppeloit le grand serment; il devoit être prêté dans le temple de Proserpine, Celui à qui on le deniandoit , après avoir Ait quelques sacrifices, mettoit sur lui la mante de pourpre de la déesse» tenant en ses mains une torche ardente » et prononçoit ainsi les paroles du serment en se vouant à toutes les exécrations que pouvoit attirer le parjure (61).
Le temple des dieux Palices étoit plus particulièrement attesté dans les dél>ats ordinaires. Nous avons difk dit (6a) quel usage on en ftisoit dans les tribunaux > et quels dévoient être le respect et la crainte qu'ils inspiroient.
Diodfore nomme principalement ce temple (6)) comme un refuge. Le maître dont on avoit fiii la violence et la cruauté n^avoit pas le droit d'en tirer Fesclave qui s'y étoit réfugié ; d'équitables arbitres dévoient alors être appelés; ils faisotent promettre pour l'avenir un traitement moins sévère , et ie laisoient promettre par serment. Il n'y avoit pas un seul exemple » suivant Thistorien , qu'un tel sei^ ment eût été violé.
(tfi) Pltttar<|ue,i^iWlS7o.
(64) Ci-dessus» ch«p, ix» pag. ls^
(6\) LIv. XI, S 89.
IçS HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
Le droit (fasile fut souvent imptoré contre b crainte ou la menace de la mort. Un sentiment bien contraire y amène les femmes de Géla menacée par les Carthaginois* Leurs maris vouloient, à cause du danger même, les faire passer à Syracuse ; elles allèrent toutes embrasser les autels dans la place publique; mises ainsi sous la protection des dieux 9 elles obtinrent enfin de rester et se défendirent avec un grand courage (64) •
La violation des asiles ne fut cependant pas sans exemple* Les Rhégienf, vaincus par les soldats d'Himère , furent tous massacrés au pied de leurs autels et devant leurs dieux don\estiques (6;).
Diodore et Justin (66) parlent d'un serment fait à Amilcar par Agathocle. Cest dans un temple et en toucliant des cierges allumés qu'Agathode le prête.
Un autre Syracusain, qui portoit le même nom , s'étant réservé les plus belles pierres d'un temple qq'il devoit construire , un coup de tonnerre le fh périr dans sa maison embrasée ; la malédiction fut
(^4) Diod. xiu, s io8. ï^oir ce qu'il «volt dh S 57 du mcme livre.
(^>) Justin, IV, S 3. £n voir un autre exemple dus Hérodote, in, S 46.
(/î/5) DIod. XIX , s y. Juitin , xxil , $ a.
LEOISL. PeS SICILIENS. CM. XII. 199
ieiée sur cette maison » et Tentrée en fui k jamais intenfile (67).
La supentition ne permettoit pas de toucher aux poissons de la fontaine Aréihuse, consacrée k Diaoe ; elle supposoit que la déesse puniroit ceux cptt fauioient osé, par des calamités extraordtoaires (68).
La superstition avoit ses oracles comme la piété. l>niys l'ancien lui-même se montra plus d^une ibis effrayé d^une prétfiction qui hii annonçoit qu'H niourfoit dès qu'il auroit vaincu des adversaires supérieurs à lui (69). Une éclipse aHa même quelquefois jusqu'il troubler le courage d^une armée (70). Un coup de tonnerre é|x>u vanta le (>euple au moment où tl alloit renouveler ses magistrats ( 7 1 )• Dion , pour prodamer le retour des SytacusSuns à la liberté» étoit monté au-dessus d'une horloge soUire ; on exprima b crainte d^un changement prochain de fortune » le soleil n*étant jamais fixe et tournant toujours (7^). Agathocfe,
(67) Dluci. tMiir^. I. 11 » ^g. 149.
(<iè) l>iud. v» S ). rV/> tlîctit fila, tiii antm. viii, c. iv. Ptttt. Àdrtsu As dnàtuituf, pttg. 976 du t It ; I\>rphyrc » ASsun. lit , $ 5, et lit pfcmWrs vers de la /.^ Némùnnt de Ptndire.
(49) DIod. XV» S 74.
(70) PliM. Vli èi VkH . $$ 19 et io.
(71) PKit. iMc^. S 4v.
(7:) PIttU i^ii. S ivS.
aOO HISTOIRE DE LA LEGISLATION.
3'apercevant de VeStoi de ses soldats, Ait lâcher sur
son armée des oiseaux consacrés à Minerve (73). Impiété , Mcri- Des lois frappoient le blasphémateur, l'impiété»
lég,, blMphéme. f'^ fi . I C
le sacrilège. Les tyrans en nrent quelquefois ce qu'ils font si souvent des lois ordinaires. Denys {'ancien est celui de tous qui les viola avec le plus d'impudeur et d'audace. Quand il dépouilioit, par exemple, les statues des dieux de leurs omemens et les temples de leurs richesses, il se voyoit obligé id'exécuter de ses propres mains la spoliation criminelle, qu'il osoit entreprendre ; les ouvriers qu'il en avoit chargés d'abord s'arrètoiem souvent de crainte et de honte durant une telle action. La religion se trouvoit alors plus puissante que ia tyrannie (74) •
Les despotes sont souvent superstitieux. Denys brava également les dieux et les hommes; £t c'est pourtant ce prince , spoliateur des temples » qui écrivpit wx Athéniens quand Iphicrate , qui cornmanc)oit leur flotte , se fut rendu maître d'un vaisseau portant à Delphes une offrande de ce tyran:
(73) Dlod. XX , S 11- ^oir ce <]ue dit PUne, VlU , S 4a , <l*uii présage lur la souveraineté future de Denys Tanden.
(74) ^oir Élien , i , c. XX ; Cicéron , Nos. dis iUnue, lil 1 S 3 4 » Lactance» Institut, dw. II, c. iv» et ce que raconte Dlodore, Exe, pag. J49 et 158, sur ia peine que reçurent des profiuiatcurs^des sacrilèges.
LiGISU OfiS SICILIBNS% CH, Xlt. aoi
<t Sacrilèges qui dérobes pour vous-mêmes des pté^ sens destinés aux dieux (7;)* » Quelques années avant le r^ne de Denys Panden» une accusation d^athi^sme contre Diagoras avoit fait rendre au peuple d^Athènes un décret qui le vouoit à la mort; le sénat promettoit à celui qui la lui donneroit un talent d*hrgent {76).
Les (fiscours de Cicéron contre Verres sont lemplis d^accusations fondées sur des spoliations de temples , de vols d*ob)ets sacrés ( 77) «
l-j) Dlod,\VI,S J7*
^) Diod.xai> s 6.
(77) ^'^^ entr*âuttc$» la SS ai et H <i« l* pMmtm I Vm«<»