CHAPITRE XIIL
Luis et Institutîûns murales. Instructiûn pubRque.
Sciences et Arts.
Si ict mauvaiiet JLa Sîcile fut touF à touT SOUS des gouvcme-
mcnift font Isvo—
nucf à u tyrannie, mens Iibrcs et SOUS la domination des tyrans;
ses habitudes morales ne pouvoient être tou* jours les mêmes dans des administrations politiques si contraires. Elles dévoient s'abaisser, se dénaturer, se contraindre , quand régnoit un despotisme nécessairement inquiet et ombrageux.
Elles dévoient aussi, nécessairement, se ressentir des changemens nombreux et quelquefois si rapides du gouvernement; des désordres sans limites, causés et même approuvés par la démocratie; de cette démagogie, bouleversant l'état et ne souffrant pas , malgré ses doctrines , dhonorables vertus. Le caractère se relève ou s'avilit. Les hommes mêmes que leurs fonctions éloignoient le plus des mauvaises actions et des vices , des magistrats , s'en rendirent quelquefois coupables. Âristote et Plutarque ( i ) nous ont également trans-
(i) Arktote, Politique, v, c. iv» pag. 390 et )9i.Pluttrqae. Préceptes d'administr. publ, t. Il , pag. ^1^,
LéCnU DES SICIUENS, CH. XtlK 203
mb des crimes commis par deux de ces magistrats ; des désordies en mquirent; des séditions édatarent f et un nouveau gouvernement fut tntrodoit. Platon, dans une de ses éphres (a) ^ rappelle aussi les maux causés k Syracuse par la licence de quelques magistrats (la licence de leurs mœur8);tls furent niis à mort, et sans Pintervention des lois, sans Pexamen de la justice; nouveau témoignage des effets de la comipdon morale, de la part Blême de ceux qui prétendent la punir : le courroux populaiie n'est pas moins redoutable que ne le sont les défiances ou les haines de la tyratmie ())• Les mauvaises moeurs favorisent le despodsme , sinon par des actioiu, par le malheureux désir de se soustraire à cette pensée par des aflêcttoiu plus ou motus honteuses , la corruption faisant oublier Pesda^vage. Quel remède !
Aussi les tyrans ont-ils toujours penséque Pamollissement des mœurs leur étoit favorable (4)« Des mœurs pures sont moins indulgentes pour les abus du pouvoir et des vices qui les accompagnent , en se groupant autour de la force du mahre , afin d*en
11) Epîi.8, t III» pag. JJ4'
( {) I Wr aussi notre chap. l\ , pog. 1 4tf et 1491 et la pAg. 1 •;?»
1 Kjpw XII»
V4) I Wr eniorc ci -après la page 106.
20i HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
recueillir quelque avantage ou de se sauver par leur avilissement. Mais un maître craint bien plus encore l'audace et le courage d^un guerrier que les volontés cachées d'un homme opulent qui se dé* robe à ses regards sous les voiles de la débauche ; elle y assujettit des hommes que des sendmens plus nobles auroient animés sous un gouvernement meilleur; le luxe même s'y dégrade, si Pon peut se servir de cette expression»
€• qae produi- Gélon n'oublia rien de ce qui pouvoît fiivopon des mours , ^sev ies mœurs. Tous les travaux utiles , il les piotieurs règnw gncouragea ; il afFecta même quelquefois d'en
qui «e tuccédèrent. o ^ *
donner f exemple. II se montra moins favorable pour les travaux qui n'avoient pas ce caractère, quelques droits qulls aient d'ailleurs à la bienveillance des rois (5). Quoique possesseur d'une autorité absolue , jamais il n'efFraya les mœurs ; on honora sa conduite, et l'on bénit toujours sa sagesse si l'on n'eut pas toujours à bénir sa bonté (6).
II n'en fut pas ainsi de Denys l'ancien et de Denys le jeune. Je ne parle pas de ces misérables qui, sachant que la vue de leur maître étoit afFoiblie, afFectoient de l'avoir si mauvaise qu'ils se heurtoient en passant et renversoient les plats sur
(1) P\\xu Apophth, pag. 175. Hisi, unip. angl, t. V» pag. lia. [6) Voir ci -dessus, pag. 1 y et suip.
LiGtSL. DES SICILIENS. CH. XIII. IO5
la table, comme le dit Plutarque [y). Mais quel avilissement dans les actes de la vie privée et publique! Oest surtout dans les hommes qui environnoient le chef de Tétat i et que leurs fonctions plaçoient plus directement sous une dépendance journalière, qu^on aperçoit une basessse qui nous a laissé de si ignobles souvenirs. Plutarque dit encore que le fils de Dion se précipita volontai*^ rement du haut de sa maison : Denys le jeune avoit voulu, dès les premières années de cet enfant « adolescent alors , le former à toutes les débauches , lui inspirer tous les vices; il avoit craint, en lui laissant acquérir quelques vertus, de le trouver ensuite ennemi de sa tyrannie. Le fils de Dion ne put supporter Tétat où on le réduisott : il se donna la mort (8).
Denys Tancien avoit essayé de mettre quelque obstacle à quelqu'un de ces excès de la débauche et de la prostitution, et par quels moyens ! Ils étoient dignes de lui. Grâce fut promise il tous les malfiuteurs qui , la nuit , dépouilloient les pas* sans dans les rues, afin que des Syracusains n'allassent plus les uns chez les autres faire, disoit-on, des parties de débauche. Amsi, pour
(7) Manièrt de discerner UMfidtfeurt t. H » ptg. y 3. t Vr Athén.
(8) Plut. ièU. Cornai. N^pos, Vte Je Dhê. % 4.
empêcher un iib^rtinigi» iticerum , Daiy« accor^ doit, même 4'a¥iiice, au crime wn impunité (9). Ari«tote avoit remtrqué que , fous fo tjrraimie comiiu» dao» rexcefiive démocratie ^ on bincrff aux £bmmeji , chacune dans leur iamille^ le gouver* nement domestique , une véritable domination, afin qu'elle! pu#i»em révéler Ie« actiont de leurf marin s la même licence fut accordée aux e«* davef ( I o). Tant de vice« et de teli vices trou' vèrent plui» tard un protecteur encore dans Verrèf ; Cicéron Pen accuse avec ta véhémence ordinaire (11)*
Les débauche» les plui honteuses signalèrent le
règne de Denys le feune; on n'ose même croire à
ce qu'en rapporte Élien ( 1 a ),
viwPMDu ffr. Cependant, sous les mauvais princes màmm^ la
4Muu^ëmm, législation avoit quelquefois essayé de mettre à
la possession des richesses et à leur emploi une limite plus ou moins étendue» Mais la fertâité du pays^ son commerce actif, le besoin que tant de nations étrangères avoient de lui et qui animoient également son labourage, ses manu'
(10) PMlqui, \i¥, V, cbsp« x\,u\\,f»g, 408.
(» () Qmtrlmi Vmini, % 4^ /A $ »»/ If y 4ii éfsieiiiMH oomUsii Ces nwiisons 4« ffonûwàQn étoUnt fréqiisM«<#
LàGI8L. UBS SICILIENS. CH. XIII. 207
factures , sa navigation » ne permettoient pas de multiplier ces lois timides et prohibitives qu'une région peu féconde » peu active » et des mœurs nationales austères pouvoient seules justifier. QueU quefois même des motifs étrangers aux grands principes de l'administration publique firent rendre des décisions qu'on croiroit d'abord avoir un autre caracière. Telle est la loi sur les vétemens ; mais elle n'avoit rien de somptuaire ; un autre senti-* ment que la haine ou la crainte l'avoit inspirée : on peut voir ce que nous en avons dit dans un des chapitres précédons (13).
Des lois sur les repas essayèrent de réprimer le luxe d'Agrigente. C'est au sujet de ces repas que Platon disoit (i4) : H^ soupeni comme s' Us étoieniprh de mourir. Repas de SiclU étoit devenu l'expression proverbiale des Grecs pour exprimer un tel excès ( 1 j ) . Élien dit même qu'il y eut dans cette ville un temple consacré à la voracité (16). Platon avoit joint à la censure des repas celle que méritoit , selon lui , la magnificence des maisons; il
(13) Chap. v,ptg.78.
(14) Éltcni XJi, a XXIX. DIog. Laërce, Empédode, SS 7» 9 et 1 1 . K Platon, M/miL m , p. 404, et Athén. i , S 1 ; ; Xii , S |.
(1 5) Athén. Xll . S 6« AnHq.gHcq. t. IV, pag. 108.
(16) ÉUen, 1, c. xxvit« Votr Heivét E^mt, dise. 111, c. xx
et XXI.
ajoutoit aux mots que nous venons de rapporter, et ta tissent comme s'ils dévoient toujours vivre (17). D'autres lois encore, dont on n'aperçoit ni l'influence ni le succès , interdirent de plusieurs manières et sous plusieurs formes, quelques étoiles 9 quelques couleurs même , de riches ha* bits j la pourpre , l'or , &c. ; efies le firent moins par des punitions annoncées que par des témoignages de mépris ; elles ne permettoient d'en faire usage qu'aux hommes et aux femmes qui vou* droient proclamer ainsi ies vices les plus honteux et la plus méprisable corruption (18). II y eut même des officiers publics chargés sur cet objet d'ime sorte d'inspection, des gynéconomes (19). Les peuples avilis par la servitude n'en sortent que pour tomber dans la dissolution.
Loi sur quelques Âristophane et Athénée ont dit combien étoient ^a^^^'!!^'*D*îln renommés par les différens genres de luxe et par ordre de D«nyi l'an, feur vie voIuptueuse, les Sicilîeus en général et
cien.
(17) Voir Platon, ihid,, ainsi qu*Athénée» Xllt% 6^ tt\n Antiq, grecq» t. II , pag. 30a. Athénée dit qu'on exprimoit par sidiiser faction de danser.
(18) Athén. XII , S 4* Larcher, t. Vil de sa traduction d'Hérodote» pag. 350. M/m, de l'Aead. t XLII» pag. 198» note e. Voir dans notre t. X, pag. 34^ ^t )6o , une loi assez semblable des Locriens.
(19) Voir aussi Fazellas, pag. lod et 108. On peut voir notre t. VI, pag. 3^1.
LtGISL. DES StCtLIBNS. CH. Xltl. ^09
les Syracusains en particulier (20). L^abondance des richesses et surtout le mauvais usage qu*on en faisoit avoient jeté les Agrigentins dans une telle mollesse, que, pendant un siège qu'ils subirent de ia part des Carthaginois , il fallut la dis* position expresse d une toi pour défendre à tous ceux des habitans qui devroient à leur tour monter la garde dans la citadelle , d'avoir plus d'un matelas, d'une couverture, dun chevet et de deux coussins (at).
On essaya même de quelques lois somptuaires plus étendues par leur objet, applicables aussi à des vices plus grands. Mais la Sicile étoit-elle en état de les recevoir! Une législation pareille peut sans doute , à quelques égards , prévenir un mat dont on est menacé ; mais le faire rétrograder quand il a déjh pris possession des mœurs et commencé ses ravages ! il est difficile de Tobtenir. A Rome on n'attendoit pas que le mal fÙt fait pour lui opposer la toi (a a).
Rappellerons-nous, sous ce rapport, d*autres désordres encore t Dans un festin donné par Denys
(io) Athén. Xlt , S 4* yoir Ici dcutls donnés à ce iu)et pttr Dlodor« de SldU, llv» xilt» $$83 et 84.
(1 1) Diod. XXltl , S 84. M/m, dt VAcad. t. XLVIII » pag. 1 18
(»») Voir hqMtrièmt Vcrrinit % %\,
Tancien, le maître voulut que tous les conviés dansassent en robe de pourpre; Platon étoit un d'entre eux ; il osa cependant s'y refuser, malgré le carac* tère du tyran qui i'ordonnoit. Un autre philosophe invité aussi , Aristippe , fut plus docile , et prétendit pour s'excuser que la pudeur ne couroit jamais risque de se corrompre dans les réjouissances de Bacchus (23). Bacchus étoit une divinité naturellement protectrice des festins : on les terminoit en lui rendant hommage avec cette liqueur même dont if étoit le dieu, «c Versez-moi le coup du bon génie , disoit Denys , » terminant à Trézène un repas qu'avoît précédé une spoliation de toutes les richesses consacrées à des dieux (24). Une autre fois, étant allé, à Syracuse même, voir le temple d'Esculape, où étoit devant sa statue une table d'or , il lui adressa cette santé du bon génie et fit ensuite emporter ia table (25}. Lui-même donna pour prix k ses conviés une couronne d*or dans le festin d'une fête de Bacchus (26).
Divers genre» d« Lcs tempies de Sicile furent de ceux que distniguèrent le plus leur magnificence et leurs richesses.
faste.
(23) Diog. Làérctt Vie d' Aristippe, % 4.
(14) Élicn, 1, c. XX. Voir Achén. XV, S y, et Cassuhon sor ce paragraphe.
(25) Athén. XV, S 14-
(26) Diog. Laërce, Vit de Xénocrate, $ 5.
LiCtSL. DES SICILIINS. CH. Xllt. III
On ptfdonne aisément un tel ftste et des monumens semblables k la pieuse crédulité des habitans pour les dieux qu^its adorotenr. On les pardonne fàctlemeni encore, on les approuve même, quand ifs sont réimpression dWe reconnoissance publique pour de grandes actions ou de grands citoyens» ou quand c'est la piété filiale qui élève dans Tenceinte dohestique la sutue d*un père ou d*un ancêtre (27). La plupart des monumens qu'érigèrent les Sici* fiens n'eurent pas ce caractère. On vit quelquefois Poptdence descendre fusqu'k des animaux qtii hii avaient été chers. Un cheval avoit-il gagné le prix de la course « un tombeau lui étoit assuré. Il rétoit de même k de petits oiseaux qtii » dans des maisons particulières » avoient amusé les enfans qu'elles possédoient (28). Timée assuroit en avoir vu plusieurs qui subsistoient encore de son temps. Un Agr^gentin, vainqueur dans la course du stade» rentre dans la ville sur un char» accompagné d'un grand nombre d'autres, parmi lesquels on en voyoit trois cents attelés chacun de deux chevaux blancs» tous agrigentins (29 ). On peut voir ce que Dio* dore dit ()o) de la magntricence qui se montra»
(tj) Voir la ^Miri^e Verriiêet S p.
(t$) kWr Diod. XIII , S 8t.
I19) Dkid.î^4/.PIIiie, vtii.S 41.
i|o) LKre XIII, S 84.
SOUS tous les rapports» dans un mariage célébré à Agrigente.
Un des luxes les plus communs étoit le luxe
des esclaves. Damophile en avoit plus de quatre
cents ; les historiens du moins fixent ce nombre (30).
Lois sur les Al- Les funérailles aussi eurent leur magnificence.
iiérafiics. j^ç souvenir de ceux qu'on avoit perdus s'éleva
bien au-delà des tombeaux. Le fzsie accompagna la douleur, et ne fit même guère que la représenter, dans les monumens qu'elle consacra à la parenté, à l'amitié, à l'admiration, à la reconnoissance. La dépense qu'elles occasionoient fut cependant réduite par une loi.
En s'occupant des funérailles, la législation s'associa plus d'une fois à ce double sentiment que nous venons d'énoncer, la reconnoissancc nationale et les affections domestiques. Gélon cependant, qui mérita les témoignages publics d'une gratitude universelle , trouva dans sa propre yolonté un obstacle à l'expression de ces sentimens. Une loi avoit interdit tout excès de dépenses pour les funérailles; il défendit expressément de la violer envers lui-même à sa mort.
(30) Diod. xxxiv, t. II , pag. éoo. Fazellus , pag. 1 07, in jint,
Mém, de VAcad. t. X , pag. 60 , et t. XLVUI , pag. 1 1 j. Suidas ,
au mot Ka?^iKJueÀOt , t. II , pag. 2 3 1 ; et ci-dessus » pi^. 14 1 74 1 120, iiy.
F.n présence de tant de bieniàits, une pareille volonté ne pouvoit être long«temps respectée; dans le combat qu'elle eut k soutenir contre Tobéissance , la reconnoissance remporta* Un monu* ment lui fut consacré dans un des temples de Syracuse , monument que détruisirent ensuite les Carthaginois victorieux (31.
Les tombeaux furent res|>ectés^ même à Tégard nttfMtanwmde ceux que poursuivoit la haine publique, ^^u^né. Loi m- Dion empêche le peuple de Syracuse d'ouvrir le ^•**^ ••■ '«•*'•***
'^ ' ' ' l««4i«TUiiol4w»,
cercueil de Denys^ pour en jeter dehors le cadavre. Il ne craint pas même d'ordonner de magnifiques tunéraiiies pour Héraclide qu'il venoit cependant de faire assassiner ()2). Celles qu'on célébra quand Syracuse perdit Timoléon offrirent les témoignages les plus universels et les plus éclatans de la \*énératton et de i'amoun Une loi même détermina par quelles cérémonies et avec quelle pompe on exprimeroit, chaque année , au nom du peuple, les sentimens que ce grand
{\\) Diod. \t,S î8;XtV, S^J. Fajcilus, pag. 107 et joa. Cjuru»o , pag. 98. i/tst, nHty. angi. t V» pag. 1 1 ). ^ Wr ci-<le»u^ pjg. 1 8 et I «>.
( } 1) PluL Dhn . $ 67. Mal* voir, S 47. et qu'on y dit de Phh U\tt. Ttic-Uve» XXIV, S 16, |Mrlc dun icfW de »(pu(ciirc pour un rui «i>SMjiné.
ai4 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
homme avott inspirés (33). Après que Marcellus eut pris Syracuse , dont le siège vit périr Archîmède » le vainqueur iui^méme fit rendre au savant illustre qui venoit d'expirer les derniers devoirs y et voulut que sa mémoire devînt pour sa ftmille entière une sauvegarde et un honorable appui (34).
De* gmndi hom. L^ Sîclle a produit beaucoup d'hommes dont mti qui niiquircni j»histoire littéraire a conservé les noms , comme
en Sicile ou qui
rhabitéreiu. Gioira Thistoiie polîtique conserve ceux de plusieurs de l"m«etL.r»" princes, de ses guerriers, de ses hommes
d'état. Quand' la philosophie fut venue éclairer la Grèce, la Sicile en partagea bientôt les études ^ la gloire et les succès. De grands hommes y naquirent ; d'autres qui n'y étoient pas nés vinrent l'habiter et s'en formèrent comme une nouvelle patrie (35). J'aperçois même autour du trône Platon, Xénocrate , Aristippe , Dion, &c. &c« (36). En voyant s'y réunir ou s'y succéder tant d'amis de la sagesse, on est porté à se demander : ce Est-ce Socrate qui gouverne ! » et c'est un tyran !
On y remarque peu d'orateurs. Ils sont rares
()3) Voir cideuus, pag. Ci^ et DIod. xvi, S 90. Voir aussi Tite-Ltve, xxiv, s 4 * pour les funérailles d*Hléron. ()4) Tite-Live , XXV, S \\. Plutarq. Mârailus, S ay*
(35) Voir la note G aux Éclairclssemem.
(36) Voir ci dessus, c. 111 , pug. 3; ctsuiv.
dans les pays qu'un maître absolu gouverne.
Mais » dès les premiers siècles de la Sicile, ia poésie y trouve de dignes organes, la plupart nés dans le pays même, les autres venant y recevoir, sous un plus beau climat > de plus nobles inspira* lions (37).Pindare, Simonide, Thabitoient sous le règne du successeur de Gélon« Ils célébrèrent le courage et les succès de leur nouvelle patrie (38). Les autres arts ne s'y montrèrent pas moins avec tous les caractères de l'utilité publique et du génie. C'est là , dit-on , qu'apparurent Dédale et les compagnons de sa gloire (39^ : ia Sicile airaoit à célébrer les bienfaits qu'elle attribuoit k son savoir et à son génie (40). Pour les sciences Archimède est un de ces hommes qu'il suffit de nommer : on n'a pas besoin de dire quels furent
( }7) DM. lY, s 84, i w> Timboschi , part, u , lettre U , 1. 1 , pag. \$% tisniy.R, Rochtiie /FÂ^atrt Jts Grta, tl, pag. 196. Le viùr aus^ , pag. j 1 7, sur la sépulture ci le tombeau d'Eschyle À uela.
( î8) y Wr t l-de«us , pg. ao et 1 1 ; la note 3 1 de la page a o ; la miW< i^'tkiqut de Pindare, v. 6 f/ miv^ cl Ai p^murt des
(?9) Voir Diod. IV. SS 76 ei smv. ; Pausan. V!i . S 4 i ^"^ » S h Pline , vu , S 57 ; Ovide, Mfumrj»h. VUl , v. 14 1 et suw, ; Go» guet , 1 1\', pag. %\ et i'Uh\
(40) Diod. IV. SS 7^ efsui'y. \'olr Goguet, 1. ÏV, pag. 13. ei Tirtboschi , Sn^rùt JfiL Letttrat. /m/. 1. 1 . pag, B i ei 8i, part. JU; liv. I.
2l6 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
ses travaux ; il en est peu de plus justement célèbres (40*
Les Siciliens ne se bornèrent pas à honorer les beaux-arts , ils aimèrent à en conserver des mo* numens. Une ostentation naturelle les y invhoit, et leur opulence leur en fournissoit aisément les moyens. Les concussions et les larcins de Verres nous font assez connoitre toutes les richesses que la Sicile devoit aux arts, pour les statues , les tableaux, quelques autres ouvrages du talent et du génie. La déprédation étoit plus facile; elle prenoit même quelquefois un caraocère apparent d'intérêt , de patriotisme, pour la grande ville dans la* quelle Marceilus avoit donné l'exemple de faire transporter tant de chefs-d'œuvre si dignes d'en être l'ornement (4 a). Scipion, vainqueur de Carthage , avoit rendu aux Siciliens tous les monu* mens de ce genre qu'elle leur avoit pris (4})* roirnt dû trouver ^es arts Contribuèrent sans doute et beaucoup a.n. u icgiii.iion. ^ i^ magnificence de la plupart de ces villes. Je
ne vois néanmoins dans la législation aucun acte qui leur assure les encouragemens et les récompenses auxquels ils ont tant de droits; mais les
(41) Voir \eiAf/m. tUVAcad, t. XIV, pag. 118 e sutp. (41) r<7/r Plutarque, Vie de Marceilus, S t\\ Titc-Livc, XXV, S 40.
(4j) Voir Appien , pag. 8^ , ei b 4»* VoriuetVi 38 et ^hii'.
LiGISL. DES SICILIENS. CH. XIU. llj
richesses privées, l'opulence des citoyens, leur garantissoient tous les témoignages qui pouvoient assurer aux artistes habiles et leur fortune et leur gloire. Des monumens construits avec magnificence et si souvent élevés devinrent les plus nobles ornemens de leurs plus riches cités. Quelquefois même d'autres sentîmens les élevèrent : une vietoire remportée, un bienfait national, la reconnoissancepourde bons rois que Tamour du peuple avoit inspirés. Les affections domestiques s'y joi • gnoient; le désir de conserver et de transmettre la mémoire des parens qu'on avoit chéris; monumens aussi qui associoient aux derniers devoirs rendus un souvenir durable des soins et du bonheur qu'on en avoit reçus.
Il est peu nécessaire de dire que l'hospitalité ^«"«^ hoipiuétoit connue et exercée en Sicile : c'est une vertu publique Mconié* plus ordinaire encore, et plus utile aux peuples ^'*' **" ^**"" ^^ commerçans. Diodore nomme (44 ) un Agrigentin, Gellias, qui avoit chez lui plusieurs appartemens pour des étrangers , et qui plaçoit devant sa porte plusieurs domestiques chargés d'inviter ceux qui arrivoient à venir loger chez lui; d*autres citoyens faisoient de même (4î)» Valère Maxime
(44) Uv. xm, s Sj.
(45) ^oir A\xti\ Athénée f i , $ 3.
•enai*
2l8 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
ne loue pas seulement dans Gellias cette vertu hospitalière et les dons qu'il étoit toujours prêt à faire pour des monumens utiles ou des bienfaits publics; il nous le présente comme fournissant à tous les pauvres des alimens journaliers , des dots aux filles indigentes , des secours à tous ceux que des pertes avoient frappés (A^)» Son patrimoine étoit devenu le patrimoine de tous.
Les honneurs d'une hospitalité publique furent quelquefois accordés, par un décret du sénat, à ceux dont Syracuse avoit reçu quelque service ou quelque bien&it (4-7)* Sous le règne de Denys le jeune , un droit d'hospitalité avoit été contracté avec ce prince par Archytas et les autres phiiosophes pythagoriciens, par l'entremise de Platon (48).
(46) Liv. IV, c. viii , s 7.
(47) Voir la quatrième Vcrrine , S ^ J«
(48} Platon , épit. 7, pag. 338. Plutarque, Vie àt DIm, S 2^'
LàCULATlON Dh$ ItClLtENI. AI9
DlfTérfiii lui!