CHAPITRE III
Rêtûur de la tyrannie. Règnes de Denys l'ancien et de Denys le jeune» Dion , Timolion.
J^EVfiNU à vingt-cinq ans te tyran de sa patrie, commsnt n««y« Denys conserva pendant trente-huit années la sou- ratmic. ' veraine autorité ; l'oppression qu'il exerçoit ne fît pat arracher de ses mains un sceptre si pesant.
Il avoit commencé par être un des orateurs les plus véhémens contre ce qu'il appeloit l'oligarchie. Les généraux et les magistrats étoicnt pareillement devenus les oi))ets de ses accusations. Les magistrats en particulier, il les accusoit de chercher à s'attirer la bienveillance populaire par des fêtes, en dissipant les trésors publics au ])oint que les soldats n'étoient pai payés. Excitant contre eux tout le peuple assemblé, il ne vouloit pas même qu'on fût arrêté par l'absence des lois ou des dispositions contraires. Vainement cette audace , son caractère et son ol)jet , firent j)rononcer contre lui une amende ; ses protecteurs ou SCS complices la payèrent pour lui ; ils se déclarèrent même prût.s h payer toutes celles qu'on II. i
pourroit lui infliger encore (i). Denys en devint
plus audacieux ; il demanda que les chefs de l'armée
fussent changés , et qu'au lieu de les choisir parmi
les hommes que leur position sociale rendoit plus
élevés ou plus puissans, on les choisit uniquement
dans ce qu*il appeloit les amis du peuple. Les gêné*
raux actuels furent cassés; on en nomma d'autres »
et parmi eux leur accusateur même. Denys avoit
prétendu combattre l'oligarchie; c'est en attaquant
l'autorité prétendue de plusieurs qu'il préparoit
celle dun seul et fondoit sa tyrannie (2).
haiho pour lei A peine étoit-il nommé , que ses collègues dechefs de raritifc. . t* i . t i • i • i •
v.veur pour Ici ioi- Vinrent I objet de sa haine ou de ses cramtes. Loin .i»ii. G«rdc quii jg gg réuuir à eux, il les accusa d'être dévoués
ohiicnt.
aux ennemis de Syracuse. Le peuple se félicitoit d'avoir enfin un général sous lequel il alloit vivre en sûreté» Quelques alarmes naissoient cependant de l'accroissement successif des forces de Carthage; Denys propose de rappeler les bannis , et bientôt après il se fait nommer commandant général des troupes de Ja république (3). Ce n'é* toit pas un motif de justice et d'humanité qui lui avoit fait demander ce rappel; il comptoit sur leur
(1) Diod XIII , S y». Voir les M/m. dt l'Acad. t. XIII , p. 5.
(2) Diod. XIII, SS 9» « 92. IWV aussi Arist. Politiq. V, c. V,
}) Diod. XIII, S 9;.
LiCISU OliS SICILIENS. CH. 111. }>
reconnoissance ei sur le secours qu'il irouverott k les voir s'armer pour la défeiue de la patrie» au lieu de ces étrangers mercenaires dont il craignoit la force et Tunioiu Denys avoit auparavant réclamé et obtenu du peuple un décret qui douhloii la paie du soldat (4}« A ces mesures, qui lui assuroient un plus grsnd nombre de partisans fidèles et dévoués , il en ajouta une qui lui étoit personnelle et qui achevoit de consommer fœuvre de la tyrannie. Des gardes lui parurent nécessaire^ ; on ne craignit pas de les lui accorder (0* C est ici que Denys imita Pisistrate : à la tète d*un des partis qui divisoient Athènes, Pisistrate « s^étant blessé luinnéme « s'étoit présenté dans la place publique comme échappé des muins de ses ennemis, en de* mandant que» pour assurer sa vie, une garde de citoyens chohis lui fl^t donnée; il rubthit, et« secondé par eux» devint le mshre de sa patrie (6 ),
La reconnoissance et Taffectitm de Denys ne n* i^» |.rii»c»im survécurent pas toujours h son élévation. Jamais *„,, u» |M»Mr i», m on ne fut plus tîdèie h cette maxime du despotisme *'*** ^^' *** '*»*' si bien révélée par Aristote ('')>« Les t}'ratls doi* owvtvnUMf
» vent se délier de famitié tnéme : ils savent qu on
(0 Dted. ièU. An 40J avant JéM»^Ch^lîlt {6) //«A Jt U A'^/iAiiiV* . t, \'l , paj(. \ o"". ;7) ArUi, v, e. X , p«g, 404 ti 405,
36 HinroiUtr l)f, KA f.f.Ol^f.ATION.
n \trui \fixt rwm% i*i que 9 \Aun rnpj)U)ché% dVux,
AuiM Dcny% V<>ccu)ion « il pou d'en avoir, ei itioiiu encore d'en conserver. Au lieu de «'environner de* iiomme» qui participoient, d'aprén non idoix, il l'exercice de l;i pui^ance publique, cVftt flvec dr;» liumme* di^tin^u/^^ p»r leur talent ou pjir letjr «avoir qu'il aimoit à trouver chaque jour de<» relations ufile»; et 1^ encore la crainte ne l'abandonna pa» toufour», pan plu» que Hon aversion naturelle pour toute KU|>ériorité , pour la »upé* rioritr ntànie qui ne pouvoit qu'honorer »on règne et «on autorité politique , «an» lui inspirer aucune crainte* Il aimoit la flatterie , vieille prédilection de» hominei pui»»an». Ly»ia» le «ignale ce] rendant comme le »eul prince que n'eu»»ent pa» corrompu le» flatterie» d'Andocide (8).
Quoi qu'il en »oit, Ueny» n'accorda pa» »eule* ment auK lettre» la protection que ceux qui gouvernent lieront toujour» heureux de leur offrir; il e»»aya de le» cultiver. Peut-itre étoit-ce moin» pour le» honorer p»r %im exem|)le que pour céder h l'entrainement d'un dé»ir >ur l'exécution duquel Ha vanité le trouva docile, et qu'il «emhloit tou- )our» pournuivre avec plu» d'ardeur peut-^tre qu'il
(8) Jfn/ui^t/ fl'/UhioiifIr ,\mn. 1H4,
Lll'.GISL. OIS StCIMINS. Cil. III. )^
nVn eAt mis h un succès guerrier; cnr un succès guerriernVst pas la victoire d*un seul, mais celle d*un peuple entrer dans la i)ersonne de son chef, et son influence est puissante sur (a grandeur de ce peu))le. Envoyés dans les concours grecs avec un faste étranger aux aiuis de la poésie et à ceux qui triomphoient dans de seml>Ial>les combats , ses vers ainsi présentés » ainsi accompagnés, excitoient bien plus la risée que i*admîratitnî,etune risée d'autant plus pénible que celui à qui on la prodiguoit n*avoit h Athènes aucun de ces moyc^ns de crainte et de vengeance dont il effrayoit vSyracuse. Une fois cependant i! obtint uii triomphe; aussitôt des sacrifices sont offerts aux dieux , des repas solennels célébrés dans la capitale de ses états. I.uiinéme s'abandonne k de tels excès , que sa santé en est altérée : de nombreux combats avoient respecté sa vie; il succomba sous le vain orgueil cTune pareille victoire ( 9).
Les hommes qui, h cette époque, honoroient la philosophie et les lettres ne cessèrent pourtant de trouver en lui un homme qui savoit les apprécier. Sfs libéralités sauvèrent Fschine de riiuligencesous le poids de laquelle il étoit accal)lé ( 1 o).
* 1* •» ft %^ I
{%)) t oir Dlod. MV, S lox) i XV, s 7^.
(10) Diug. LnctrC) Vu d*lMkini , S }«
Aristippe reçut aussi plus d'un témoignage de la libéralité du prince ( 1 1 ) ; mais * Arktippe , faisant plier sa philosophie sous son intérêt particulier et le désir de la faveur du maître , fut plutôt le complaisant que le précepteur et le conseil du mo* narque (12). C'est lui qui répondoit au reproche de s'être prosterné pour obtenir une grâce du prince : Est-ce ma faute si Denys a les oreilles aux pieds (13)!
Ce ne fut pas là le caractère que montra Platon à la cour de Denys. On ne peut placer au premier rang , disoil*il en parlant de la tyrannie , une institution qui n'est utile qu'à un seul» à moins qu'il ne l'emporte sur tous les autres par sa vertu. Discours de vieillard, lui répondit le monarque irrité. Discours de tyran , répondit Platon. Denys, plus irrité encore, le menaça de la mort, et il n'y renonça que pour donner le philosophe à un envoyé de Lacédémone afin de le vendre : celui-ci le mena en effet à Égine, où Platon fut vendu comme
(i f ) Dîog. Laërce» ArisL SS 5 «t 4* Mati que de batsciicf racontées par l'historien !
(12) F. Diderot , t. V, v.® Cyrinàique, Cest Arfsttppe encore qui dîsoit : Je Tsii chez Socrate quand f'af besoin de préceptes, et chez Oenys quand j'ai besoin d'argent. Diog. Laërce, 5 4.
(13) Diog. Laërce, VU d' Aristippe, S 4. H y rappelle plusieurs autres traitt de la bassesse des courtisans envers le rot Voir aussi le trente-deuxième chapitre du Vap/igê i'Anachanit.
LiGlSL. DES SICILIENS. CH. III. 39
esclave ( 1 4)* On sait aussi que Denys osa envoyer su^Ie-chalnp à la mort Â^ntiphon pour avoir dit que le meilleur bronze étoit celui dont on avott fnit les statues d*Harmodius et d*Aristogiton ( i ; )• Sa haine s*étendoit même sur des princes qui nVxistoient plus y mais qui avoient laissé à leur patrie d'honorahles souvenirs, CVst ainsi qu'il craignoit comme accusatrice pour lui la mémoire de Gélon ( 1 6 )•
Ces terreurs perpétuelles ^ juste supplice des ty- r>e «•• cr.imti rans, le pumssoient aussi chaque jour de ses atten- Huen«eMu*«iui«y tats envers la liberté générale, envers la propriété «m •«r « wmJuiw et la vie même de ceux qu'il avoit rendus ses sujets. Habitant une partie de la cité , qu'il avoit fait disposer et environner de manière à le protéger et h le défendre si on le vouloit attaquer ou surprendre, il enrichissoit par les confiscations sur les riches les guerriers dont il connoissoit le dévouement; il admettoit et appeloit même dans la ville des étrangers , qu'il rendoit sur-le-chamj) citoyens ; il affiranchissoit des esclaves encore , également intéressés qu'ils étoient les uns et les autres à sa conservation et à sa puissance { 1 7). Ses craintes d'ailleurs le poursuivoient même dans le foyer
(14] Diog. Lacrce, Htiit rUm , S 14.
(1 i) Plut, t. Il >pttg. ^8 et 8^3. Diot^cnc Lacrcc uttribuc rc mot à Dlogène te < ynique, S <S de ^'^ vie.
(16) Plut / ûuaHgf di toi^mimt , pag, |4 & , t. H.
(17) Diod, XIV» SS 7 (*! fNiV.
4o HISTOIRE DE LA LEGISLATION.
domestique; elles Tavoîent réduit à s'emprisonner dans son propre palais. II porta la défiance si loin , ajoute Cicéron ( « 8 ) , que , n'osant confier sa tête à aucun barbier, il avoit fait apprendre à raser à ses propres filles;* et ces jeunes princesses, réduites à une fonction basse et servile , faisoient la barbe et les cheveux à ce malheureux père : encore dit-on que , quand elles furent un peu grandes , craignant le fer jusque dans leurs mains , il se fit brûler par elles les cheveux et la barbe avec des écorces ardentes. La crainte ne l'avoit pas tourmenté à ce point dans les premières an* nées de son gouvernement : on le voit excitant les ouvriers chargés de travaux publics par sa surveillance personnelle , admettant avec plaisir, recherchant même la conversation des hommes instruits , et surtout conduisant plus d'une fois ses soldats h la victoire* Âjouterons-nous que Dion obtint et conserva près de lui, tout jeune qu'il étoit encore, cette liberté d'opinion que les despotes aiment peu, qu'ils punissent souvent, qu'ils ne récompensent jamais (19) !
inturreetionvio- Si la liberté pubiique flit inconnue sous le
lenfe. Comment M ^
parvient à la vaincre. (18) Tuscul, v, S 20 ; c'est S 2 1 qu'il raconte l'histoire de
Damocics. Le voir aussi, des Devoirs, II, S 7, ainsi que Valèrc
Maxime, ix, c. xiii, S 7.
(19^ Voir Plut. Dion , SS 4 ft •îWiV. ; et aussi , S 1 a.
LÉGISL. D£S SICILIENS. CH. 111. 4l
règne de Denys i il obtint par la guerre quelquesuns de ces succès qui , resplendissant sur le peuple entier , lui font supporter plus aisément un asservissement qu'on se dissimule en présence de la gloire (ao). Les craintes toutefois restoient au fond de son cœur quand il alloit combattre; peutêtre même se reprochoit-il de s*étre ainsi éloigné du lieu où pouvoient se tramer des complots»
plus faciles à dissimuler et h exécuter ensuite. Dans les murs , hors des murs » continuoit ainsi ii régner sur lui le sentiment qu il inspiroit aux autres. Une insurrection avojt éclaté, véhémente et nombreuse (2i), Son palais fut livré au pillage; tout ce qu*il enfermoit de richesses , pris ou détruit. Sa femme même n'échappa pas aux outrages des révoltés. Denys étoit alors k plusieurs lieues de Syracuse : il y revient avec une vitesse inattendue ; il repousse le crime par le crime; les citoyens même étrangers à la rébellion sont égorgés par les soldats qu'il avoit conservés fidèles à sa personne et à son autorité. Mais la révolte n'est pas désarmée. On &it proclamer par un crieur public qu'une somme considérable sera donnée à celui qui apportera la tète du tyran, et le droit de cité h
; io) I '<>/> cî-iiprcs , paj». i ^> ? et ^i//V.
(i\) l '<»/»' Diod. xMl . SJ> Mi cl 1 1 {. I-c voir aUvS>l iiv. \IV, S S jciiuiy.
tout étranger qui i'entreprendroit avec succès* L'insurrection s'étoit accrue de plusieurs d'entre ses soldats qui n'avoient longtemps connu que sa volonté. Déjà Denys effrayé , délibérant avec quelques hommes dévoués qu'il rassemble ^ paroit renoncer au trône, à la vie même. La résistance lui est conseillée ; il est, une fois de plus, secondé par la fortune ; il est redevenu le maître de Syracuse y et son maître absolu.
rfottvciiM ieni«- De nouvelles tentatives furent £iites quelques sI^mMi! * ^*"^* années après* Les Carthaginois avoient été vaincus
par les Syracusains, au milieu desquels pourtant Denys n*avoit pas combattu ; il arrive et les félicite. On étoit assemblé. Un guerrier qui s'étoit distingué; Théodore, le plaint de voir ses concitoyens privés de la liberté dont avoient joui leurs ancêtres. Nous sommes sans crainte quand il faut se défendre contre Carthage, et nous n'osons nous plaindre d'un maître cruel, ennemi de nos droiu et de la patrie : ceux dont il convoite les richesses , il les condamne au bannissement ; il condatune il la mort ceux qui parient en faveur des lois : qu'il dépose une puissance envahie ; nous le laisserons lui et les siens sortir paisiblement de la cité : mais , s'il s'y refuse , profitons enfin des circonstances présentes pour recouvrer notre liberté. On s'étonne Rapprendre qu'un discours si courageux
LiClSL. DES SICILIENS. CH. III. 43
n'ait pas obtenu le succès que ceux qui venoient de Fentendre étoient prêts k lui accorder. Les circonstances qui s'y opposèrent ont été conservées par Diodore (a a).
On pou voit craindre que des efforts semblables» renouvelés contre Denys, ne le renversassent plus tard du trône. Il mourut paisible » après une longue domination. Son règne n'est pas seidement resté un des plus mémorables de l'histoire de Sicile ; il est un des plus mémorables encore des époques contemporaines de la grandeur des Grecs , des temps qui précèdent ces longues luttes entre l'Afrique et l'Italie, luttes terminées enfin par la destruction de Carthage et la puissance toujours croissante des Romains. Il enflamma l'esprit guerrier à Syracuse et le justifia par ses victoires. La philosophie et les lettres n'y furent lamais plus honorées. Lui-même , avant de régner, ne s'étoit pas montré sans éloquence dans les as-* semblées du peuple, quelque vicieux qu'eût été Tusage qu'il vouloit en fiiire (13). La marine n'a* voit jamais été plus puissante, ni le commerce plus étendu {a4); jamais de plus grandes entreprises de travaux pu[)Iics n'avoient été conçues et exé-
(la) Le voir, liv. xiw, SS 6] et suiif. An 396 tvant Jésus-CHri$t^
(13) Diod. XIII, S 91* K>i>d-dessus, ptg. 55.
(14) Voir ci-après, chtp. x , pag. 1 $7.
cutées dans rintérieur de l'état (25). L'impartialit6 de J'histoire ne permet pas de le taire , après avoir rappelé tant d'erreurs , d'oppressions et de crimes. Son fils ceignit sans contestation le diadème que le pèreavoit d'abord usurpé; il fut proclamé par l'armée elle-même (26). A peine roi» il fait assembler le peuple , lui donne par ses promesses l'assurance la plus soIenneUe de sa modération ev de sa justice : trois mille citoyens enfermés dans des prisons sont rendus à la liberté; les impôts sont remis pour trois ans à tous ses sujets; on leur promet enfin tous les adoucissemens qui peuvent concilier l'affection des peuples aux princes qui les. gouvernent (27).
Du ctrMtére de Sî ces faits sont exagérés par l'historien qui les
et prince* DImo- v* t • t «
lutioM tuxqueiiM ^^cotïte , on pcut dire du moins que le caractère 11 M livre. jg Denys le jeune 9 son caractère paisible et natu-
rellement porté à l'indolence , devoit laisser espérer que les Siciliens soumis b sa domination n'auroient pas à craindre ces violences fréquentes et sanguinaires dont avoit été marquée la carrière royale de son prédécesseur. Mais cette indolence
(45) Voir d*aprcs , pag, 1 57 et tuiv.
{i6) Just. XXI, S I. Diod. xv» S 73* Dion seulement essayai mais sans succès , de faire partager le royaume entre pltuieurs ffbque le roi alloit laisKr. Cornd. Ncpos , £^/f/r , $ z.
(27) Justin, XXI, S I.
LiClSL. OhS SICILIENS. CH. III. 4^'
même, «t la foiblesse qu'elle suppose, faisoient tomber le gouvernement dans un état qui finit par ébranler non-seulement le pouvoir du maître, mais encore la prépondérance de Syracuse, soit en Sicile , soit sur les mers voisines , soit sur des contrées plus lointaines ; car c'est au loin qu'elle avoit souvent combattu avec succès , envers Carthage même.
Le nouveau tyran ne faisoit rien pour sa puissance et pour sa gloire; il s'abandonna même h tout ce que peuvent exciter de mépris les plus honteuses débauches (28). On ne lit pas sans quelque honte ces pages de son histoire. Locres , où sa mère étoit née, devint un des principaux théâtres de sa dissolution. Les Locriens s'en vengèrent sur la femme et les filles de Denys; la barbarie s'y joignit à l'incontinence. £t quelle barbarie (29) !
Un citoyen déjà illustre , et qui le fut bien plus nion a u eour i{« encore dans les années qui suivirent , Dion , frère ^|^*YJJ j^H"** p, d'une des femmes de Denys. l'ancien , n'avoit rien ?'»«"• oublié pour lui faire abandonner cette indolence timide dans laquelle il languissoit, et pour le ramener vers des études et des méditations , premier devoir des princes comme leur premier
(a8) l'oir Arist. Politiii, V, c. X , pag. 404 ci 4o|. (19) yolr notre tome X, pt^{. 364^/ suiv»
besofiL Mais autour de Denys étoient des hommes accoutumés à profiter de cette puissance absolue dont ils sont les complaisans ou les ministres ; leurs conseils et leurs exemples remportèrent (30).
Dion cependant avoit obtenu que Denys c<msulteroit Platon ( 3 1 ) ; et le prince apprit à peine l'arrivée du philosophe, qu'il offrit un sacrifice pour en témoigner sa reconnoissance aux dieux (32). Platon avoit conseillé à Denys l'ancien de renon* cer à la tyrannie ; il essaya de le persuader également à Denys le feune : le fHs ne fut pas plus docile à ce conseil que ne Tavoit été son père (33).
Platon quitta Syracuse , où il revint pourtant ' une troisième fois. Accueilli d'abord comme un tel homme méritoit de l'être, il perdit toute ia faveur qu'on paroissoit lui accorder, quand il réclama la justice du prince en faveur de Dion , que Denys avoit banni (34 )• Des hommes de la garde royale environnèrent désormais le philosophe athénien, surveillans d'autant plus redoutables,
(}o) Woir ÉUen , c. XVUI , et Plat. Éptt, Vil , pag. 3 3 1 «t 3 3 j.
(51) Voir ce que Platon dit de Dion , ièid. pag. 327 et suiv. On lit, pag. 309, une lettre adressée à Denys par Dion sur l'exercice du pouvoir. Voir la note B aux Éclafrcissemens
(3 ï) Plut. Vie de Dion , S 1 6, Le voir auiii , Man. de dtsarm. laflatt. t*I,pag. 5a et 13,
(33) Cornél.Népof, Vie de Dion, $ 3.
(34) ?[\it, Dion , SS tdeisuiu.
que Platon avoit invité Denys à n'en plus faire usage, et à casser les dix mille étrangers qui cornposoient cette garde ( 3 5 )•
Chassé de Syracuse , Dion s'étoit réfugié à Co- BtnnUtemwi a^ rinthe. Héraclide ^ chassé par le même prince, dont pour MnarTu uil avoit commandé la cavalerie , babitoit cette ville; ***•* * syncun.
Sft mort*
ils formèrent ensemble le projet de Aire la guerre k Denys. Près d'un demi-siècle avoit affermi ia tyrannie; sa durée même faisoit croire à sa force, et par conséquent au danger de la combattre. Dion ne cède pas à la crainte ; il prend les armes : la haine qu'inspiroit une oppression si longue , et mainte* nant sans gloire, rassembla des troupes nombreuses; trois jours suffirent à Dion, arrivé en Sicile, pour entrer dans Syracuse; nouvelle preuve donnée par Thistoire, que Taffection des Hufets est la première sûreté des empires {^6). Une nacelle et quelques soldats, dit Démo9thène ()7)i suf* firent à Dion pour chasser du trône Denys , qui avoit tant de vaisseaux, de places et de troupes étrangères.
Dion fît à Tinsunt proclamer l'abolition de la tyrannie , et le retour des peuples à leur ancienne
0;) Plut, z^ipii, s 17.
()6) Cornél. Népos, Dion, S ;• Plut. Dion, SS ^7 et suw. DM. xvt, S II.
(j7) Contre Uptine» pag. $6$.
liberté ( ) 8 ) . Les Sy racusains , dit Plutarque tra-* duit par Amyot , avoient , le long des rues par oii il ailoit I appresté de costé et d'autre des sacrifices» dressé des tables et des tasses dessus» et au prix (39) qu'il passoit pardevant leurs maisons » luy jettoyent des fruicts et des fleurs, et lui addressoyent leurs prières et oraisons » ne plus ne moins qui si c'eust esté un dieu. Ce fut dans cette circonstance aussi qu'Héraclide proposa une distribution égale des terres ; il prétendoit que l'abolition de la pauvreté étoit le seul commencement possible de la liberté (4o}. Il fit une proposition plus juste et plus sûre dans ses effets » en demandant que l'armée ne se composât plus d'étrangers soudoyés (4 1 ) * Denys étoit absent. Le succès de Dion le rappelle aussitôt. Des émissaires du tyran font en son nom les plus séduisantes promesses : ses sujets n'auront plus à payer que de foibles impôts ; ils seront exempts de tout service militaire» les guerres exceptées qui seroient entreprises de leur vouloir et consentement (42). Dion demande que
(38) Plat. Dion , S 38. Voir ci-aprcs les pieux témoignages de la reconnoissance du peuple.
(39) A mesure.
(40) Plut. D/(7«, S 48.
(41) Uid. S 49'
(42) yoir dans Cornélius Népos, S J» une proposition bien différente faite à Dion par Denys.
tàOISL. DKS «ICILIftNS% CH. 111. 49
Denys avant tout d<(potc la tyrannie » promettant de lai faire obtenir alors du peuple tout ce (|ui sertit fuite et raisonnaiUe. Deny» parott y consenur; seulement il demande quelques personnes pour en ctmf^rer i on les lui envoie ; mais h peine Ploient-elles arrivées dans la citadelle oii le prince r^sidoiti qu*il les retient et les enferme (4))* Les filetions s*agitent et se coml)attent« D*al)ord victorieux, Dion finit par succomber. Il mourut ajisassiné (4i)« Mais ce critne mènve ramena vers lui , au montent oii on le perdit 1 le st>uvenir tardif de «es bienfaits. Quelques-uns avoient |)aru craindre qu*it ne voulût asservir sa patrie; im le proclama au contraire son Iil)f^rateur , et un monument lui fut Htvi par Tautorit^^ pul>Iit)ue dans Tendroit le plus fréquenni de la
ville (4i )*
Aristote » rechercliant les motifs ordinaires des ci>nspirations envers les princes i et plus pardculibrement contre les tyrans 1 Inditpie ceux qu) lutissent de ta haine , du mépris, de rainl)ition| d'un outrage revu , des ressentitnens ([ui le suivent 1
du désir de s'illustrer par une grande action. Cette gloire généreuse, et le mépris aussi que Denys inspiroit , sont les motifs qu'Aristote donne à Tentreprise de Dion, résolu qu'il étoit à sacrifier sa vie, dût-il la perdre après avoir seulement débarqué ses troupes , et ambitionnant une telle mort (46 ) . Ses ennemis n'en avoient pas moins essayé de !e représenter d'abord comme aspirant iui-même à la tyrannie (47).
Peu favorable à la démocratie , Dion ne l'étoit pas davantage à l'autorité absolue. C'est une aristocratie qu'il désiroit et qu'il auroit voulu fonder à Syracuse. Il répétoit avec Platon, son maître et son ami , que la démocratie est moins un gouvernement proprement dit qu'une foire et comme un encan de toute sorte de gouvernemens , où Ton n'avoit qu'à choisir (48). Les constitutions de Crète et de Lacédémone (49) étoient celles qui lui paroissoient mériter la préférence ; elles réunissoient, selon lui, les avantages de toutes les autres , et rendoient plus sûr le bonheur des peuples (50).
(46) Arist. V, c. X , pag, 405 et 406.
(47) ydr Plat. £/;//. vil , pag. 3 29 et 5 3 3.
{48) Platon , R/puèl. vui , $ ^57. Plut. Dion , S 67. (49) yoir le t. V de V Histoire de la législation. {;o) Plut. ibid. Piat. EfoU, VHI, pag. 356.
i.^:gisl. des siciliens, ch. 111. 51
La mort de Dion n'a voit pas laissé le royaume f.vén«m«ni poiu plus heureux. Syracuse étoit descendue chaque [X^dlolir' jour du haut rang où elle s'étoit élevée sous te régne de Denys rancien. Une conspiration prc's(|ue universelle ayant forcé son successeur h quitter le trône et sa patrie, Tltalic lui ofTVit alors Tasile ({ue la Grèce devoit lui offrir un jour. CVst dans la ville même dont étoient d*al)ord sortis les fondateurs de Syracuse, (]u*it finit par se réfugier, dans la ville encore que Dion étoit allé habiter quand on Tavoit banni.
C>alltppe avoitété Tassassinde Dion. II espéroit trouver dans son crime un moyen de parvenir à la tyrannie. Mais Callippe étoit Athénien; il n'avoit aucun droit à gouverner Syracuse, h concourir même h son gouvernement ; les lois du pays l'en excfuoient, si Ton peut citer les lois d*un pays Ih où sont devenues si fréquentes Tusurpation de tous les droits et l'ambition heureuse du suprême pouvoir. De tous les Grecs venus en Sicile, Callippe étoit celui qui avoit le plus obtenu la confiance et Famitié de Dion ( f 1 ). Un égal amour de la philosophie et des lettres avoit formé et affermi leurs rapports mutuels; mais la reconnoissance que devoit Callippe à son noble bienfaiteur dispa-
(p) Mail voir Plutstrque, T/V <ie Ohn, V 68.
52 HISTOIRE Dt LA I.ÉGISLAT10N*
rut devant l'ambition du trône. Syracuse sivoit alor» des troupes étrangères dans son armée; Callippe s'attacha sur-tout à exercer sa puissance sur elles. Elles le secondèrent par un crime dont elle» devinrent les instrumens. Dion fut assassiné ( J2) ; maïs treize mois s*étoîent k peine écoulés, que Callippe périt lui-même , frappé, dit-on , du même poignard dont il avoit frappé Dion (j j). D'autres tentatives furent faites pour usurper le pouvoir, par Hipparinus» entre autres, qui appartenoit à b famille royale , et qui le conserva pendant deux années (54)* H est assez remarquable, peutnltre^ que cet Hipparinus fut un des chefs que Platon avoit indiqués lorsqu'on le consulta sur le gou* vernement de Syracuse, La constitution présentée par ce philosophe ne se composoit pas seulemenl d'une assemblée du peuple, d'un sénat et d'un roi ; trois rois étoient placés par lui à b tète de l'état : il prétendoit qu'en divisant ainsi la royauté on étoit plus sûr if échapper à la tyrannie ( j 5 ) « Denyt rmaiN» Denys le feune , voyant se succéder des ambiwru ti^, u €n ^pji^ ennemies, dont aucune n'étoit affermie par
(51) Plut, UU,Kn jf4 avant l'ère chrétteone, (jj) ?\\xu Dion , $ 7 u
(j4) Voir Plat. EpU. vi», pag. jjy, Athéo, X, $ 10, Palyen, Stratag, v, c. IV. 6bd. XVI, $ ^6,
LÉGISL. DES SICILIENS. CH. ItL 5)
sa durée » essaya de reconquérir la puissnncc (|u*il avott perdue. Des soldats étrangers vinrent également le servir et le défendre. On le vit enfin» après un long exil » remonter sur le trône de son |>ère (56). Il étoit destiné il en descendre encore. Dix ans de malheurs n'avoient pu tlnstruire. Impérieux et cruel » il ranimoit chaque }our tes craintes et les haines. L'insurrection n'en fut que plus prompte » plus générale ; et l'on peut remarquer qu*on implora d*abord» pour la protéger, Icétas» tyran lui-même et mattre alors de Léontium (57). D'autres cependant s'étoient adressés aux Corinthiens* Les Corinthiens envoyèrent les secours demandés, sous la conduite et les ordres deTimoléon, un de leurs plus illustres citoyens (5 8).Timoléon avoit lui-même donné ta mort h un de ses frères, accusé d*aspirer h la tyrannie (jp). Il vint k Syracuse , et il obtint de Denys sa renonciation au trône, en lui promettant d'ailleurs de placer uHis la foi publique ses propriétés et sa personne ;
(j6) Mai. TImoi. $ 1. An )4} avam Tcrc chréilcanc. Voir taxcll. Amif. JeSiiiU, |tag. \6*) ce {70.
(j7) Jatt XXI, c. v. Dlod. XVI» s r»H. Plut 7VW/. $ 1. I(éu», au rtfxt, étulc né à Syr«cuK.
(58) Plui. T/W. S ». Cornél. Népoi . 5 » • 0\oé. X vt . S ^ J«
(jv) ComéL Népw, TimcL $ 6. Mut. Tim^i, S 6. iViV Moatjlgnc , m » c. 1.
il lui conseilla en même temps de se retirer dans le Péloponnèse {60). Le second règne de Denys ne s'étoit pas étendu au-deik de trois années (6 1 ). On a quelque peine à concevoir une soumission si prompte de la part d'un prince qui avoil su reconquérir un trône que tant de force environnoit encore ; plus de quatre cent mille soldats , plus de quatre cents vaisseaux , et tous les moyens d'y en ajouter un plus grand nombre, des arsenaux garnis de toute sorte d'armes , les magasins publics remplis de froment, et un grand nombre d'alliés (62).
C'est dans la ville dont étoient sortis les fondateurs de Syracuse, que Denys se réfugia. Sa conduite k Corinthe n'est pas ce qu'il y a de moins célèbre dans sa vie. II s'y fit maître d'école : tant ii lui étoit impossible de ne pas commander , dit Cicéron {6}). Ce ne fut pas la seule profession qu'il y exerça. Elien dit (64 ) qu'après avoir essayé de tous les genres de vie , réduit k une extrême misère , il finit par se faire prêtre de Cybèle , quê-
{60) Dlod. XVI, S 70. Cornél. Népos , TimoLs 1, {6î) Il (înit l'an 344 avant i'crc chrétienne. (52) yoir Élicn , vi , c. xn , et Cornél. Népos , TimoL $ 3. (^3) L/sque adeo imperio carcre non poterat/TuscuL \l\ , S la. Le voir aussi ÈpUr.famil, xi , S i B.
{64) Liv. IX, c. vin.
LIOISL. ntS SICILIftNS. CM. III. 55
tant en son nom , juuani du iaml>our et (lan»ani au .K>n de la ttûte. Votlh ce (|u*étt)it devenu le HU d*un des princes le» plus puissans de celle rlKXjue^qui deux Tuisavoit viérot lui même (6)}.
Tîmolcon ctmimenva par ordonner d*abaiire le* m»«»"'" f**^ » cMadelles» les palais de% tyrans» tout ce qui pou- (M.Mv..n,mcMi «. vuiten rappeler rexistçnce (^.6u 1! s occupa en- •«'•m ••"•••'--* • %utte des lois qui dévoient gouverner Syracuse. Et peut-être n est-ce pas un événement indigne d*étre remarqué «que ré)>oque ou Timolénn TaHranchis- M)it s'éloigne peude celte ou il vit sa patrie mème« (Jorinihe, obligée de ^e v^umettre au père d*A- U'tandre et d'en recevoir des loi> (^f").
De<^ guerres longues ^i fréquente.*» » des disseii- Mijtx^ civiles 9 des tyrannies souvent renouvelées» l«s pro5criptifms qui les suivent ou (|u*eiles tout craindre, avoient dépeuplé Syracuse et la partie grecque de la Sicile (^)Hj. 1 intoléon n'oublia rien pour lui rendre une population si nécessaire. H restitua aux anciens citoyens qu'il rappela ti)Us les hiens qui leur apparienoient; les terres vacantes
(< j) r«;i> Justin, XXXI , r. V , /\|Kcn, Xll , Ç i i , Vut. Max. Vî » c. IX ; Plut, rimol, .N5 ic> rt tnt'.
(<)^/ riui. 7w»/. s 1^.
i^j^) I <»/f Pio'i. \vi»\s Si rMtt/t'.. plut, //m»'/. NN p et ij î c;îII. I. IV, p4K. lAr. Cl Oliv. i tt ,U ririL t. Il, |»ai;. iix^t $Êny.
(/,li) Plut, f'trflo/. SN » «•« J \-
j6 HISTOIRE 0E LA LÉGISLATION.
furent données aux nouveaux habitans (69). U accorda le droit de cité aux étrangers qui yiendroient s'y établir (70) ; il l'accorda à tous les Siciliens qui vivoient sous le despotisme d*un maître. Catane t Messine , Léontium , Apolfonie * et d'autres encore, retrouvèrent la liberté (71 ). Carthage f qui avoit envoyé des ambassadeurs pour lui demander la paix ^ ne l'obtint que sous (a double condition que toutes les villes grecques de Sicile demeureroient libres , et que les Carthaginois ne pourroient jamais prêter aucun secours aux tyrans ennemis de Syracuse. Une alliance réciproque se forma entre toutes les villes rendues à la liberté (72), Syracuse et les pays dont elle étoit la capitale virent ainsi renaître leur population; plus de quarante mille personnes vinrent s'y établir, et Corinthe seule y envoya une colonie de cinq mille. Agyre , une des villes principales de l'état par l'étendue et la fertilité de son territoire, en reçut dix mille à elle seule (73).
(^9) Cornél. Népoi, TimoL S 3.
(70) Ce$t ainsi que le père d*Agathocle devint citoyen de Syracuse. Diod. xix , S a* ^oir ci-après, pag. dj.
(71) Plut. Timol. S 34. Diod. xyi, SS 70, 71 , 7a, 8i, Fai. Antif, dt Sicile, t. IV, pag. ^jôetsm.
(7a) Diod. XVI, S 81.
(7^) Diod. XVI, SS 8a et 83.
lAoisl» i}v.n mcMAv.m. c\u ni. 57
Après avoir affranchi le « peuples , il étoit né- uu mii«# «n cessaire de leur accorder ou de leur rendre des lois ^ttH»mutimt 49 n^ plus en hantionie avec la conititution de T/'tat. *'*' Les lois que Dioclèi avoit préc^*(Ieinment données (74) servirent de l)ase aux lois nouvelles. CVphalus de Corintiie fut charg/* de les recueillir, et d'y ajouter le» d^velrippemens et les interprétations qui pourroient être n^ceMaires; cVftt le même travail riui fut demandé {>Ius tnrd h Polydore K)us le règne d*l liéron : (écrite» en ancien dialecte, elles avoient ({uelqucfoi» besoin de ces explica* tions (7 5 )• lies lois qui concernoient les actes civils, les obligations, les biens, les succensions , furent conservée»; et relativement aux lois politi(|ues , on conserva aussi toutes celles c|ue ta démocratie pou* voit avouer; onchnngea ou on modifia les autre»; et quant aux élections en particulier, qui alloient obtenir une si grande influence sur les fonctions publiques, Fégalité fut ab»oIue, et le droit de •ufll'age le même pour tous, sniis aucune des conditions qui ailleurs les différencient ou les restreignent (76)» Sous le» rapports civils , Céphalus fit proclamer une vérité si inccmtestable, qu'on
(74) yffIfDïod, xiM, î$ )4 et }j,
(7;) DM. xiH »î if, Mém, dt i'/Uftii. t XLII , |Mtg. 19t.
{76) Dl«d, XVI , s ^n. Plut, 'Dmffl. s$ )), 4<J « 47.
58 HISTOIRE DE LA LioiSLATlON.
pourroit se demander jusqu'à quel point un législateur peut en croire la proclamation nécessaire , si elle rfavoît été si long-temps et si souvent méconnue par les gou vernemens despotiques qui s'étoient succédé. La marque ou le caractère de la liberté consiste ou se montre dans le droit de n'avoir pour règle de ses actions que les lois {77)»
Tribunaux de Des tribunaux de justice furent construits sur magMirtiaret. Am- ^^ terrain même où s'élevoient naguère les fortephippite. Sénat. xQsse$ du despotisme (78). De nouvelles magistratures furent créées. Une d'elfes , inconnue jusqu'alors f devint là première des dignités ; on la nommoit amphipolie. Elle étoit plus particulièrement sous ia surveillance ou la protection de Jupiter; l'amphipole en étoit le ministre (79). On ne pouvoit donner un plus haut protecteur à de plus grands devoirs. Les Syracusains, dans la suite, datèrent et distinguèrent toujours leurs années par les noms de ce magistrat , qui lui-même étoit annuel (80) «Trois personnes étoient désignées par les suffrages du peuple pour remplir cette auguste fonction ; le sort choisissoit entre elles. Une fraude
(yj) Cornél. Népos , Timot. S 4* Plut. Timot. S 48.
(78) Diod. XVI , S 85. Plut. TimoL S 32.
(79) Diod. xVï , S 70. Plut«irquc , QuesUgncq. t. ]l , pag. i^yj
parle d*un amphipole d'Apollon. Ka/V ci-après, pag. (80) Diod. XVI , S 70.
LÉGiSL, DES SlCllJKNS. CH, III* S9
commise à ce sujet par Verres est un des reproches que lui fuit le grand orateur qui Taccusa avec autant d'éloquence que de succès (8 1).
Un sénat composé de six cents personnes» et ^^\**' «««w«^ pris dans les diflcrens ordres de Tétat » en avoît la m«»two. aw^mi©» haute admmistration; il régloit seul tout ce qui ^^^^^ concernoît et ia guerre et la paix; le commandement de Tarmée ne pouvoît jamais être confié à Tamphipoleou au chef suprême de la nation (Sa).
Tîmoléon voulut encore offrir aux dieux un témoignage de la reconnoissance qu'un si grand succès lui inspiriMtt Un autel fut consacré par lui dans sa demeure h la dée^sse des heureux événemens , de ta bonne ft)rtune; la maison entière étoit dédiée au hon génie (8 j), II ne cessoil de rendre grâces à la divinité de ce qu'elle avoit daigné le choisir pour faire tant de bien à la Sicile ; ce sentitnent se montroit également et dans les lettres qu'il adressoit k ses amis, et dans les discours quil pro» nonçoit aux assemblées du peuple (84).
Favorisé p.ir l'empire des circonstances » par la
(Si) I mV Diod» XVI, SS 70 et 81 { Ckewn, iM.i Ubbo Emmiiu « t* HI , iMg* a 18 ; C^aniso, \\a^. } i 9 et ^ lo ; Htst* Htiiv*
(84) Mut» Hm*»/» S 4-.
6o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
gratitude publique , par sa vigilance » par son courage f par Tassurance que dei bienfaits rendus , et de tels bienfaits, dévoient donner de les voir se prolonger et renaître, Timoléon auroit pu chercher à conserver cette dictature que la nature même de ses efforts et leur caractère lui avoient nécessairement donnée; il abdiqua tout le pouvoir dès qull dut se regarder comme l'ayant conquis, If redevint et resta homme privé. La confiance qu'if inspiroit n'en Att pas moins grande , ni son auto* rite, peut-être, moins réelfe et moins sûre. Ce n'étoit qu'un citoyen , mais un citoyen f'objet de la vénération et de la confiance de tous les autres (85).
Deux démagogues cependant osèrent un four le faire assigner pour venir répondre devant le peuple à des accusations qu'ils formoient contre lui« Les Syracusains %*et\ irritèrent , et ne voulurent pas qu'il répondit à une telle agression. Timoléon au contraire se présenta, voulant donner un grand exemple de son obéissance aux lois et du respect qu'on leur devoit toujours {96), iuimênt pr*- Timoléon crut ajouter encore à la haine contre 9i4ftê iynm, uun »& tyrannie, en livrant la mémoire des hommes
6(»i4M» finvtfiiti,
{9f) Comél. t4épot, TImoi. S |.
(B6) Mut. TimL S 4S.
LÉOISL. DKS SICILIENS. CH. 111. 6l
qui s*en étoient rendus coupables k des témoignages populaires d*a»iinadversion et de mépris. Un jugement solennel fut réclamé et prononcé contre eux. Des accusateurs furent entendus et les faits livrés k un examen juridique , comme si de telles formalités étoient nécessaires quand l'histoire d'un peuple est là » quand plusieurs de ceux qui vivent ehcore en ont été les contemporains » quand des temps plus éloignés ont laissé des souvenirs qui n'ont rien perdu de leur force et de leur universalité. Les statues qu'on avoit élevées aux tyrans furent toutes abattues ; celle de Gélon fut seule respectée (87).
Nous n'avons pas besoin de dire combien de mom d« Timo-
S« *t I ^ j rn* ly o l^<^i^* Monuin«iii
^ icile la mgrt de Timoiéon. Ses ,,„«„ i„ui^v<,. c^.
funérailles furent célébrées avec toute la solennité '**»'•«'•" **'«"•"'•
^ «nnurlkt
que pouvoit inspirer tant d'anection et de reconnoissance ; un monument lui fut élevé dans un gymnase que son nom caractérisa désormais (88). Ce n'étoit pas seulement IVxpression d'un sentiment général ; un décret public l>voit ainsi ordonné; il est rappelé par Plutarque. Des Jeux annuels y sont prescrits au jour correspondant k
(87) P!ut. TimoL S ja. Antiq^Âi SUik, t. IV. pag. 375.
(88) Corné!. Népos , Timch S 4- P*«t' '/''>'<»/. % u*^' voir «uul ce qui fut ré»olu dans ici rni de guerre avec les étrangers.
()2 , HirroliiK de la l^.oislation.
la mort de Timoléon. On mit entre le trépa» et h cérémonie funèbre un intervnile «ufTi^nnt pour que toute» le» cite» voi»inen pussent venir »'aMocier à ce» dernier» hommage» (8^;).
Qui n'eût dit, aprè» tant dVfIbrt» , lant de bonheur reçu et »i bien exprimé, que la tyrannie étoit à jamai» pronritc de Syracu»e, pf)ur longtemp» du moin» I Vingt année» »V'coulérent Si peine î Agathocle régnoit.
(87) Plut, 'rimnl, s y j. Pour le décret rendu , voir la note D MU» ^U Iflirr iMcmcn»,
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