‹ Histoire de la législation (volume 3)Chapitre 5 sur 62 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sur U Gûuvernmeni d^Agrigeme en particutter.

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le crédit et l'influence dans ia cité. D'autres crimes encore, ayant le même ol)jet, furent commis par lui. Profitant de la célébration d'une fête en l'honneur de Cérès , les Tiiesmophories, pour faire dan» (a ville une irruption subite, il fit égorger un grand nombre de citoyens, se rendit maître des femmes et des enfans, H s'empara de l'autorité souveraine. Devenu maître d'Agrigente, il y régna pendant vingt-huit années (4)*

La manière dont il gouverna a laissé d'eflfroya-* hies souvenirs. Cicéron dit (5) quHéracIîde de Pont rncontoit que la mère de Phalaris avoit vu en songe Mercure rtf'pandant du sang d'une coupe qu'il tenoit dans sa main droite , et que ce sang avoit h. peine touché la terre que, s'élevant h, gros bouillons, il avoit inondé le palais. Si jamais im songe put être un présage , il n'y en eut aucun de plus horriblement justifié. Qui ne connoît tes tourmens dont ce prince fut le misérable inventeur! L'ouvrier qui, par ses ordres, avoit fabriqué ce taureau d'efll'oyable mémoire , Pérille , en fut la victime. Le tyran l'y fit enfermer pour le punir

(4) D*autres bornent à seize nns h durée de son règne. Euscbe la porte à tronte>un nns. rWrFazell. png, ijfo.

(5) DMnau l, S ^5, Le voir encore, ^uatri^mr Vtririnc^ S î3 , et {OHtrt Pison , S i^-

d'en avoir demandé un prix qu'il trouva trop élevé {6).

C'est même par le souvenir de ces crimes » par un semblable souvenir, que l'orateur romain» dans son courroux contre César, cherche à flétrir ce grand homme. Phaiaris est le nom dont il se sert pour inspirer k-Ia-fois contre lui l'aversion et la crainte , sentimens que Cicéron porta souve/it audelà de ce qu'auroient dd lui prescrire la justice et la vérité (7). Dans un autre ouvrage encore, le Traité des devoirs (8), après avoir rappelé tous les malheurs que donne et que produit la crainte , il ajoute : Nous en voyons un exemple dans Phaiaris , qui surpassa tous les autres tyrans en cruauté ; il ne périt point dans un piège ; il ne tomba point sous les coups d'un petit nombre de conjurés, comme notre tyran ( César ) : il fut assailli par le peuple d'Agrigente tout entier; et ce fut dans l'instrument même de sa barbarie, dans ce taureau qui porte encore son nom , qu'il alla expier tant de barbarie et de crimes.

(6) Voir, sur ce prince , Piucarque , H'nu grecques et romaines, S 78 ; Délais de la justice divine , pag, jj.

(7) Cet homme dont vous craignez le pKalurisme , dit-il à Atticus en parlant de César, livre vu , lettre xii.

(8) Liv. Il , S 7. Le voir aussi m , S ^ » et RépuiL i, S s8 ; ainsi <)ue Diod. xiii , S 90 ; xix , J 108.

Uhorreur que ses cruautés ont inspirée est un sentiment si universel , que personne ne songe à examiner si quelques actions dignes de quelque éloge y ont été jointes. II en est une cependant

que nous ne pouvons passer sous silence. Une

amitié tendre unissoit deux Agrigentins , Mêlanippe et Char i ton. Mélanippe avoit un procès dont Phaiaris vouloit qu^il se désistât. S'y étant refusé, on le condamna par un jugement ; on le menaçoit même de la mort. Irrité contre le tyran, il cherche h s'en venger, confie son projet k C^hariton , et veut y associer plusieurs Agrigentins dont il connott les sentimens et l'audace. Chariton lui annonce qu'il a conçu le même projet, et s'oppose à ce que d'autres en soient instruits. Une occasion se ))résente; il vient armé d'un poignard : les gardes de Phaiaris l'arrêtent; il est jeté dans une prison , et livré aux tortures pour déclarer ses complices; aucune dénonciation ne sort de sa bouche. Mélanippe ce])endnnt va déclarer que c'est lut qui, le premier, a conçu ce projet. Cette lutte de l'amitié en présence de la mort frappe le tyran; il pardonne b l'un et h l'autre , se home à leur faire quitter le pays, et leur laisse le revenu des biens qu'ils possédoient (9).

(9) ftifen , Il , r. iv. Athén. XIII , S 8.

On peut le louer aussi de quelques travaux ordonnés pour l'activité du commerce et Tembeliissement de la cité , comme pour protéger les deniers publics contre les déprédations des administrateurs , et pour assurer l'empire des lois ( i o) , autant qu'on le peut dans un gouvernement dont la volonté actuelle et momentanée du prince est trop souvent le caractère.

Plutarque rapporte (11) un décret rendu par les Agrigentins réunis en assemblée du peuple, quand leur tyran eut cessé de vivre. Ce décret défendit de porter des robes de couleur bleue; le motif d'une telle résolution a besoin d'être expliqué : elle fut fondée sur ce que le bleu étoit la couleur des satellites du tyran.

La démocratie devint et resta quelque temps le gouvernement d'Agrigente. Mais dans un tel pays , avec de telles mœurs, de telles richesses, de tels moyens de corrompre, des ambitions si agitées , si puissantes , le désir du commandement ne devoit être ni sans activité, ni sans force , ni sans quelque espérance d'obtenir enfin quelque succès. La monarchie, et une monartrhie usurpée, vint encore remplacer la république. Alcamon en fiit

(10) Voir Caruso, t. I, pîfg. 66, et le Phalaris àt Lucien, pag. 189, 190 et 197 du t. II.

(11) Préceptes tTadministr^ jfuhL t. H , pag. 82 1.

[e tyran ; il eut pour successeur Alcandre , qui eut i son tour Théron pour successeur,

Théron nVst pas le moins célèbre des princes qui la gouvernèrent, Pindare Tappelle ( i a) le juste dominateur des cités, le digne soutien d'Agrigente, Tillustre rejeton de tant de nobles aïeux que distingua leur sagesse comme leur bravoure, et qui furent l'ornement et les délices de la Sicile. Depuis cent ans qu* Agrigente subsiste , ajoute-t^l , aucune ville n'a produit un mortel plus généreux que Théron et d'un cœur aussi grand que le sien, Les historiens l'ont pareillement célébré (1 }). On le faisoit descendre de Cadmus (i4)« il eut pour gendre un des princes que Syracuse honora le plus, Gélon , et concourut avec lui au succès obtenu envers les Carthaginois (15). Leur alliance ne se démentit jamais (t6). Dans l'intérieur de Tétat, pendant seize ans que dura son règne, il mérita constamment l'affection publique par sa justice et sa bonté (17).

(11) Snondt Ol^mpiqu* tvcrt 11 etsuiir,, %C%ttsuh',

(i)) IMod. XII ,S n*

( 1 4) Mail voir les Aiém, de l'AcaJ. X,\\, pag. } 1 7. et (c scholUue de Pindare , pag. 17.

(1 5) yûtr ri-dctsus , p.tg. 14 ft suit'. : Diod. XI , SS 10 et 2 1, Cl Ici AUm, dt VAu\d, t. VI, pug. p 1 , p 2 et { 11.

(1 6) Elle n'en fut que plia utile à tu Sicile contre Carthagc, I 'r)/r DIod. XI , S 20 , et les Mém. de VAcad* pag. } 1 2.

(17) Diod. et 1*1 nd. ihid, et les AWm. de PArad* pog. j i^.

8o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

Ce pouvoir cependant , dont il fit un si noble usage, il ne le tenoit ni de sa naissance ni du choix du peuple ; il l'avoit usurpé : nous trouvons ce fait encore dans les Stratagèmes de Polyen (i8). Théron avoit en secret réuni autour de lui des mercenaires qu'il ne pouvoit plus payer. La ville s'occupoit alors d'ériger un temple somptueux à Minerve; il fait demander de confier ce travail à des entrepreneurs qui offriroient une suffisante caution, et auxquels on fixeroit un terme pour l'entière exécution de Tédifice demandé. L'argent nécessaire lui fut donné : mais, au lieu de le donner lui-même aux constructeurs du temple, il i^n servit pour soudoyer les troupes qu'il avoit secrètement levées ; les Agrigentins payèrent ainsi de leurs propres deniers la servitude qu'on leur préparoit. Toujours d'ailleurs, la sagesse de ce prince en fit oublier l'origine.

Théron eut pour successeur Thrasidée son fils. La mort du père avoit excité à&s regrets unanimes; un monument lui fut consacré; les honneurs héroïques lui furent même décernés. Thrasidée inspira , dès le commencement de son règne , des sentimens contraires : violent , sanguinaire , il devint bientôt pour les Agrigentins l'objet d'une haine universelle. Vaincu dans une guerre déclarée

(i8) Liv. vi,c. Li.

LiCISL* DES SICILIENS* CH. V. 8l

par lui aux Syracusains , il i^erdit le tràne avec la victoire* Obligé de fuir, il alla chez les Mégariens « qui lui tirent donner ta mort ( i p)*

Un fi^uvememeiu populaire fut rétabli à c»»»h«"^«^ Agrtgente. Deux fois elle avoit subi la tyrannie; >««»MMf«nkMiifff. elle craignott d*y retomber encore : des changetnens parurent nécessaires dans la forme de gouiremement* On avoit eu d^abord tm grand conseil » centre de radministration publique, coin* posé de mille personnes; on le réduisit à cent, et ceux qui en étoient membres ne pouvoient Tétre que pendant trois années : Empédocle contribua beaucoup à cette institution , suivant Diogène Laérce, qui lui fait même refuser la royauté. Dans les cent , on n'admit pas seulement les riches, niais encore tous ceux que distinguoit leur amour pour le |>euple , expression vague qui ne pouvoit cc4Mluire qu'à une éligibilité universelle ; cVst là peut-être ce qui fàisoit dire h Timon que les magistrats créés par EmpédiKie avoient besoin qu'on leur donnât des seconds (lo). Un sénat d'Agrigentins subsista sous la domination romaine. Ver* lés est accusé par Cicéron d'en avoir plus d^tuie fois vendu à prix d'or le rang et Tautorité. Quand

(19) Diod. \i • s 5)* An 47a avant J. C 1 1.

de nouveaux citoyens furent placés dans Je sénat par Rome victorieuse, elle ordonna que leur nombre ne surpasseroit jamais le nombre des anciens. Un de ceux-ci étant mort , son successeur devoit être choisi parmi ceux qui avoient le même cajraçtère d'ancienneté ; un des nouveaux l'emporta en donnant une forte somme à Verres , qui le nomma aussitôt , quoiqu'un tel choix altérât cette égalité de nombre qu'on avoit voulu établir. Une députation fut envoyée au préteur pour réclamer les droits des anciens , droits toujours reconnus et toujours respectés jusqu'alors : Verres ne daigna pas même écouter leurs plaintes; la place étoit vendue et payée (ai).

Un autre fait est dénoncé par l'orateur romain , et cette dénonciation offre quelques lumières encore sur l'administration intérieure dAgrigente et sur ses magistrats. On avoit enlevé d'un de se& temples une belle statue d'Apollon. Le vol avcMt été commis en secret par des émissaires de Verres. La ville entière en est soulevée. Ses premiers magistrats ordonnent aux questeurs et aux édiles de veiller la nuit autour des temples. De nouveaux sacrilèges étoient médités par Verres ; c'est pendant la nuit qu'il fàisoit faire de semblables

(21) Stcofide Verrine, $S 49 et 50.

%poliiitoni i la vigilance publique parvint au moini b en empêcher Texécution dé)b commencée (ii).

La populattoa cT Agrigente étoit divisée en iri- ^^"^^^^ ^ «*** bus. Le» Emméntdes dévoient être la plui puis* t>«v«iÉ« imMiM. santé comme elle en étoit la plut illustre t Ils tifuient leur nom d'Emmenés « un des ancêtres de Théron (i))» Outre les citoyens auxquels elle avoit donné naissance « la ville se peuplott encore de la foule ^étrangers que le commerce amenoit et âxoit dans ses murs (a4)« Une célèbre victoire de Gélon contre tes Carthaginois avoit fait donner par ce prince aux Agrigentins un grand nombre de captifs « qui en devinrent les habitans les plus lal)orieux. Agrigente leur dut des canaux ^ des temples ^ beaucoup d'édifices put>Iics « des champs qu'une culture plus assidue et plus soignée rendit plus féconds encore (15).

Après la ruine d'Airritrentei les habitans échap- ^***^ •***'^*' *** pés k ce malheur furent reçus k S> racuse « oit on leur accorda même le droit de cité (a6). Trois années auparavant, les Agrigentins avoient donné

C * â) {^Mtfi^r \ 'tmut « S 4 1 •

(ft|) Voir U /«* cVrw/»» de WndAw, ¥• A4, h Ia «♦ fyihtf «. $. Emmenés nW c«|)end«nt fê» nommé parmi l«i(a«Uft de

{ft4Y Ckéron » if^Mritmt rerthe, S 4)* Hldd* Xttl » J H4.

(1$) t)tod.xi»S i$«

(«6) t>H»d. XUW SS <^o M v»'V.

84 HlSYOlflE DE LA LiClSLATION.

un semblable aiile aux SéMnoniim échappé» à h deitruction de leur patrie , et un décret public avoit déclaré qu'ils partageroient avec ces infortunés les productions nécessaires aux besoins de la vie (27). Dans le temps qu'Agathocie régnoit^ on lit encore un décret public par lequel les magistrats de cette ville 9 protectrice des réfugiés de Syracuse^ dé« darent la guerre à ce tyran au nom de leur république (28)«

(ij) Dïoé. nm t $ f8.

{$8) Dïoâ. xfx , $ '^o.

LEGISLATION Dk^S SICILUNS. 85

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