CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE
bllque sur les encyclopédies^ et le projet échoua. Les discours du doge Renier, et de Barbai igo l'un des Dix, décidèrent le conseil à ne faire aucun changement. Gontarini et un Pisani qui l'avait secondé dans sa motion furent punis; l'un fut rélégué à Cattaro, où il mourut l'année d'après; l'autre fut jeté en prison, au fort de Vérone, d'où il ne sortit qu'en 1797. C'est ainsi qu'on entendait la liberté à Venise, à la veille d'une révolution qui devait à ses débuts, renverser le lion de Saint-Marc K
Qui ne connaît la chute peu honorable de la Seigneurie de Venise? Qui ne sait qu'en ces moments de danger suprême, ce fut le gouvernement qui fit défaut au peuple, et non le peuple au gouvernement?
Qui ne se rappelle les discours de François Pesaro et de ZacharieValaresso, que Charles Botta a immortalisés en les consignant dans son histoire?
Il semble véritablement impossible, lorsqu'on fait un retour sur le passé, que des hommes, même d'une prudence ordinaire, aient pu avoir confiance en une neutralité désarmée, contre laquelle protestait l'àme généreuse de Pesaro. Ainsi l'on se sent porté, sinon à mépriser, du moins à plaindre les doléances faibles et énervées de l'insuffisance de Venise, que lui reprochaient tant d'éminenls patriciens ^
* D'autres cliâliments moins sévères furent infligés à d'autres patriciens qui avaient appuyé ces deux derniers.
« ^ Citoyens, songez que nous ne sommes pas en état de résistera ); une agression de l'ennemi contre la république chancelante, » s'écriait le doge Paul Renier, le 30 avril 1780, au sein du grand conseil. Dix-sept ans après la prophétie se réalisait.
nrJO !)K LA I,K(ilSLATI()N ITALIENNE.
Si l'on conipare la cliiit^! de laUcpiiblirjue do Venise à celle de la Uépuhlifjuode (jênes, quelle différence entre les deux, à cette heure suprême! Et celte différence vient de ce que, dans celle-ci, le peuple avait conservé son énergie et l'intégrité des mœurs; que dans l'autre, il les avait pcvduos depuis longtemps *.
Egarée et désarmée, la Seigneurie de Venise se livre aux assaillants; à Gênes le sénat et le peuple se serrent étroitement : on crie, on pleure à Venise; on résiste, on combat à Gênes.
Une longue série d'événements, au milieu desquels l'honneur génois reste toujours sauf, prépare la République de Gènes, pleine de vie et de courage, à passer sous la domination Irançaise; Venise tomba comme tombe un corps mort -, et peu après elle fut vendue
^ Voy. M. Mutinelli, Storia degli tdtimi cinquanta anni délia Republica di Venezia.
M. Jérôme Dandolo a aussi pulilié un écrit sur le même sujet.
^M. César Cantu, qui dans tant de circonstances, nous a montré une attention bienveillante qui nous honore, dans un récent ouvrage, fort utile à l'histoire de la Lombardie {Scorsa di un Lombardo agli Archivi di Venezia, p. 216), faisant allusion à une remarque que nous avons insérée dans une lettre, écrit : « Il est d'usage de reprocher à Venise sa neutralité désarmée ; mais nous ferons remarquer que Naples avait une belle armée et une grande flotte, orgueil et objet des soins d'Acton et de SaUs ; cependant cela ne recula pas d'un jour sa ruine ; que le Piémont, depuis un siècle, dépensait ses trésors à fortifier la ligne des Alpes, où il possédait l'inexpugnable La Brunelte ; que Turin, quand il fut pris par Joubert, contenait 1800 canons, 100,000 fusils, des vivres, de l'argent, des objets précieux. Eh bien! le Piémont succomba , c'est vrai ; mais du moins nous résistâmes vaillamment pendant quatre ans, et l'honneur du pays fut sauvé. Nous ne cédâmes que devant le génie du plus grand capitaine du siècle, devant Napoléon qui, d'ailleurs, saisissait toutes les occasions pour rendre hommage à la valeur des Piémontais; nous cédâmes parce que les idées répandues par la révolution française et des