‹ Histoire de la législation italienneChapitre 103 sur 122 · CHAPITRE YI. — LOIS PENALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI. — LOIS PENALES

Après cette époque, par nous ne savons quelle se* crête et irrésistible puissance, qui tend à accorder les institutions avec les idées opposées aux erreurs dans le progrés de la civilisation, un ouvrage peu étendu, mais admirable d'efficacité, attira l'attention de tous, et un gouvernement donna l'exemple d'une réforme complète dans les lois pénales.

Ce livre fut publié en 1766, par César de Bonesana, marquis de Beccaria, sous le titre : des Délits et des peines. Dans ce livre l'auteur, après avoir parlé séparément de tous les vices qu'on rencontrait dans les lois pénales (et leur nombre était tel que la raison n'y trouvait pas de place) démontra la vérité du théorème suivant : « Pour qu'une peine ne soit pas une vio- » lence de la part d'un ou de plusieurs contre un ]> seul citoyen, elle doit être essentiellement publique, » prompte et nécessaire, la moins sévère possible, selon » les circonstances, proportionnée aux délits et édictée » par les lois. 2^

Dans l'exercice paisible des études privées, Beccaria avait conçu la sainte et noble idée de protester, au nom de la raison, contre les erreurs qui prévalaient au détriment de l'humanité. Peut-être ne prévoyait-il pas quel retentissement ses païoles devaient avoir dans le cœur humain, et il s'estimait heureux d'obtenir les secrets remerciements des paisibles et obscurs sectateurs de la raison. Mais à peine le livre fut-il connu que l'auteur fut universellement applaudi. Ce fut une acclamation publique, universelle, de la part des hommes illustres de toutes les nations ; ce fut une commotion électrique qui atteignit toutes les intelligences d'un

}>outà l'autre de l'Europe; ce fut la condamnation irrémissible des 'erreurs dénoncéçs avec toute la puissance du raisonnement. Catherine II, en donnant ses instructions à la junte qu'elle avait assemblée pour la compilation du code pénal, n'indiqua pas d'autre voie que celle tracée par Beccaria *.

Voltaire ajouta au livre des Délits et des peines un commentaire dans lequel, aux arguments rationnels du premier auteur, il ajouta l'autorité efficace des citations historiques, qui attestaient la vérité des maux auxquels on voulait porter remède. Enfin parurent les réformes de Léopold, grand-duc de Toscane, toutes dictées par les doctrines nouvelles, et tendant à cette félicité dont jouit bientôt cette contrée. Dans le cours de cette histoire, nous parlerons des lois de Léopold comme d'un exemple digne, sous plusieurs rapports, d'être imite, à l'avantage commun des gouvernements et des peuples.

Excités par la voix de Beccaria, les savants italiens se mirent à étudier la véritable science de la législation pénale, dont les limites étaient à peine tfacées ailleurs. Renazzi essaya d'en exposer l'ensemble (en 1772) et l'Académie de Mantoue (en 4773) proposa un prix pour l'ouvrage qui signalerait le. mieux tous les abus des lois criminelles et qui indiquerait les moyens de les faire disparaître. Plus de quarante écrivains se mirent à l'œuvre. En 1780, parut Gaétan Filangieri qui dans sa science de la législation suggéra une réforme complète

^ Tout en accordant au livre de Beccaria la louange qu'il mérite, cela ne doit pas s'étendre à une partie de sa théorie qu'on reconnut entaché^ d'exagération dans les principes qui y sont professés.

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