CHAPITKE VI. — LOIS PÉNALES
tées aux lerriloires de leurs fiefs par les autres ba-
rons *
Quand on eut réduit sous forme de système la théorie des preuves en matière criminelle, qu'on eut enveloppé la procédure sous le voile du secret, force fut de remettre cette matière entre les mains des juristes tandis que dans le principe elle était publiquement livrée à des hommes ignorant Tart du palais, mais guidés par un jugement sain et par l'évidence des faits.
La saine et prompte justice, la moralité de Tacte perdirent assurément à ce changement ; mais le nouvel ordre de choses convenait au génie de quelquesuns qui en étendirent l'usage jusque hors de l'Italie; ainsi nos expressions légales, les noms de n^s docteurs, comme de Jules Claro, de Prosper Farinaccio, de Jean-Baptiste Vulpini, de Sébastien Guazzini résonnèrent dans les tribunaux et les écoles des nations reculées 2. Triste renommée et peu digne d'envie ! Ce fut plutôt la propagation d'erreurs dont les temps abondaient, et que, ni la voix de la raison qui les combattait, ni celle de l'expérience qui en montrait les tristes conséquences, ne purent faire disparaître ; il fallut, pour les déraciner, ces révolutions politiques qui ébranlèrent jusqu'aux fondements de l'ancien régime.
Nous avons parlé de la voix de la raison, et nous devons ajouter qu'elle s'éleva de bonne heure parmi les Italiens, et elle parla un langage différent de celui qu'on entendait ou qu'on parlait dans le palais ou dans
* Vico, Principes d'une science nouvelle, liv. V. ' Struve, Historia juris criminalis, § 26.
l'auditoire de professeurs vulgaires. Ce fut là une compensation que l'Italie offrait à la cause éternelle du vrai et du juste, en retour des mauvais usages qu'on avait importés dans son sein. Un exemple remarquable dans l'histoire du progrès de la civilisation, c'est à coup sûr celui des études privées des Italiens, qui se montrèrent aussi précoces à annoncer et à préparer la réforme des institutions sociales, que les circonstances et les conditions des temps leur furent contraires pour les mettre en pratique.
Ainsi les écrivains de l'Italie furent les premiers à enseigner la vraie théorie des lois criminelles. Au xvi« siècle, alors que les abus dont nous avons parlé prévalaient dans les tribunaux, Alexandre Borromini de Sarno et Jean Botero de Bene en Piémont, écrivirent dans un sens tout à fait conforme aux idées de justice et de modération qui prévalent de nos jours. Le premier enseignait que les peines devait être modérées pour ne pas être injustes ; qu'une interprétation bénigne répond à la sage conception du législateur. Le second parlait du caractère des lois pénales, et enseignait que la peine de mort ne doit être appliquée que fort rarement, parce que l'usage fréquent qu'on en fait affaiblit l'horreur qu'elle inspire, et accoutume le spectateur à la cruauté.
Mais quoique les vrais savants et les sages ne se lassassent pas d'accuser les vices des lois pénales alors en vigueur, la première moitié du xvi© siècle s'écoula néanmoins avant que l'opinion favorable aux réformes prévalût, ou que les gouvernements cherchassent à sortir de la voie battue.