‹ Histoire de la législation italienneChapitre 121 sur 122 · LOIS DES LOMBARDS · texte numérisé non relu

LOIS DES LOMBARDS

Il y a dix ans , je faisais à rAcadémie des sciences morales el politiques une communication touchant une collection des lois des Lombards, que la Commission royale, établie à Turin pour la recherche et la publication des documents de Thistoire nationale , venait alors de faire imprimer. Le travail relatif à ce sujet a été confié à M. Charles de Vesme; il s'est acquitté d'une tâche aussi importante que difficile avec cette haute intelligence des faits historiques et ces soins de critique scrupuleuse qui lui ont valu une si juste réputation dans le monde savant.

Je disais alors à l'Académie que l'histoire des Lombards, et surtout l'influence de leur gouvernement sur le sort des populations soumises à leur domination en Italie , appelait vivement l'attention des littérateurs italiens. Ces questions ont été traitées d'une façon assez différente de celle que l'ancienne école avait adoptée.

Dans l'ancienne école historique, depuis Machiavel, un grand nombre d'auteurs s'accordaient à regarder la seconde période de la domination lombarde comme un temps favorable, comme un essai de gouvernement en harmonie avec les besoins de la population italienne.

On s'attachait à l'avantage irrécusable de la tranquillité. On prenait pour du bonheur un ordre de choses qui délivrait les vaincus de la crainte du meurtre et du pillage.

Giannone, Grandi, Donato d'Asti, le grand Muratori luimême, partageaient cette opinion. Suivant la même direction d'idées et développant des faits spéciaux, Pagnoncelli et de Savigny allèrent plus loin ; ils soutinrent que les Romains vaincus avaient gardé un régime municipal propre à eux, et assez peu différent de celui dont avaient joui leurs ancêtres.

Mais d'autres graves historiens, tels que Sigonius, MafTei, Tanucci et Sismondi, croyaient tout le contraire; à leurs yeux, les Romains auraient été réduits par les Lombards à une sorte d'esclavage.

Cette opinion, renouvelée par Manzoni dans un discours concis et éloquent sur l'histoire des Lombards en Italie , publié en 1822, ramena l'attention des savants de la Péninsule sur des recherches analogues.

Quelque temps après, M. Henri Léo opposa aux séductions de M. de Savigny que plusieurs des documents sur lesquels l'illustre professeur de Berlin s'était appuyé, pour prouver l'effet de la persistance du municipe romain, se rapportaient à des villes non soumises aux Lombards, ou passées sous leur domination plus tard et dans des conditions tout à fait différentes de la première invasion.

Le comte César Balbo , de Turin , dont on ne saurait assez déplorer la perte, qui a fait un grand vide dans la littérature aussi bien que dans la politique de son pays, avait attaqué hardiment la question dans son Histoire d'Italie^ imprimée à Turin (1839-1846). Il s'était prononcé pour l'opinion que les Lombards, dès qu'ils se virent solidement établis en Italie, auraient laissé aux indigènes cette portion de liberté qu'il appelle territoriale, en d'autres termes la concession du dominium d'une partie de leurs biens. Quant à la liberté civile ou

politique, M. Balbo admet que les Lombards furent beaucoup plus exclusifs que les Goths, et qu'ils ne tolérèrent tout au plus que l'existence obscure de quelques juges particuliers, probablement ceux qu'avaient institués les évêques, qui conservaient sous le manteau de la juridiction épiscopale des restes inaperçus de nationalité.

Personne, toutefois, n'entreprit de développer cette grande question historique aussi amplement que M. Charles Troya, de Naples. Ce savant, dans la cinquième partie de son premier volume de Y Histoire d'Italie au moyen âge, volume qui ne compte pas moins de 2423 pages de texte (Naples 1831-1843), établit tout un système , dont les lecteurs me sauront gré de leur offrir ici le résumé, tracé par M. Troya lui-même.

Dans les provinces conquises par les Lombards, les ingenui ou hommes libres, c'est-à-dire les citoyens romains (à l'exception des gens d'Eglise et de ceux qui s'étaient livrés spontanément aux ennemis sous des conditions stipulées), perdirent jusqu'au dernier vestige de leurs anciens droits de cité, de leurs magistratures nationales, de l'usage public du Code Justinien et de toute autre loi d'origine. Ils furent tous réduits de l'état de servitude des colons à celle propre des Aldiiy espèce de serfs, qui, chez les Germains, tenaient le milieu entre les hommes libres et les esclaves. Le serf des Germains n'était privé que de la qualité de citoyen, ou, pour mieux dire, de guerrier. Il n'en était pas ainsi de l'esclave romain, que les anciennes lois avaient dépouillé de toute espèce de droits, même de ceux inhérents à l'humanité, quoique depuis longtemps la religion chrétienne ne cessât de faire tous ses efforts pour rendre ces malheureux à la dignité de la nature humaine. Le résultat de ce changement fut une amélioration positive pour une immense quantité d'esclaves romains.

Nous ne reproduisons ici que la dernière et plus simple expression du système proposé par M. Troya dans ce grand débat

AFPERDICE. 384

historique. S'il nous est impossible d'entrer maintenant dans plus de détails sur tes travaux et les documents importants publiés par ce savant, nous croirions toutefois manquer à ce que nous devons à la sincérité de nos recherches, si l'ouvrage de M. Troya n'était pas recommandé d'une façon toute spéciale à l'attention des étrangers.

Les opinions de M. Troya, ainsi qu'on le voit, sont opposées à celles soutenues par Huratori, et, après lui, par M. de Savigny. Les détails très-significatifs dans lesquels M. Troya a cru devoir entrer, l'autorité imposante des documents qui viennent à son appui, donnent à ce travail un caractère de supériorité qu'il est impossible de contester, quand même on n'embrasserait ps indistinctement toutes les opinions de l'auteur.

Mais sur le fond du débat on est encore loin de s'accorder en Italie. Parmi les savants qui ne se rallièrent point au système de M. Troya, nous ne saurions passer sous silence les noms de MM. François Rezzonico, de Come, Antoine Ranieri, de Naples, Gino Capponi et Pierre Capei, de Florence.

Dans une suite d'articles insérés dans le Giomale deW J. R. fmtiluio Lombardo di scienze, kttere edarli, etc., qui se publiait à Milan (184S-13), M. Rezzonico, que nous avons eu le regret de voir mourir à Turin, où il s'était retiré à la suite des événements politiques de 1848, s'occupa particulièremtiit ilu grand travail de M. Troya. Tout en ne se rangeant point enliérement à l'avis de cet auteur, M. Rezzonico rend justice à sun mérite éminent, et en soulevant des doutes sérieux il fait avancer la discussion. M. Rezzonico était le modèle des savante consciencieux, calmes et polis; les écrits dont nous pnilons le montrent tel que nous avons eu le bonheur de le conn;ii(rp.

H. Ranieri se détacha du système de M. Troya dans son Histoire d'Italie, depuis Théodose jusqu'à Charlemagne.

Le marquis Gino Capponi, de Florence, publia des lellres

dans VArchivio sforico italiano (1844), dans lesquelles il réu* nit avec une rare sagacité tous les motifs de doute que Ton pouvait opposer à Topinion de M. Troya.

Enfin, M. Pierre Capei, actuellement conseiller d'Etat à Florence, s'attacha à développer les idées énoncées par M. Capponi (1846), en repoussant Thypothèse que la totalité des indigènes ait été réduite à la condition d'un esclavage tempéré. Dans ce mémoire, intitulé Discorso sulla dominazione deiLomgobardi in Italia, l'auteur pense qu'après la conquête des Lombards, les possesseurs des terres furent au commencement grevés d'un impôt égal au tiers des fruits, qu'ils payaient en qualité de sujets; que cet impôt étant trop onéreux, on permit ensuite aux indigènes de s'en racheter, comme ils firent, , moyennant l'abandon de la moitié de leurs propriétés en faveur des vainqueurs; que les indigènes se virent assujettis au droit public et au droit pénal des Lombards, fondé sur le Widrigild, tout en conservant cependant, en ce qui tenait à leurs intérêts privés, le vieux droit romain. Il aurait été ensuite permis à ces indigènes, en vertu de la loi de Luitprand sur les scribes^ de quitter leur droit privé primitif pour suivre aussi, en cette partie, la loi lombarde.

Quant à l'administration municipale, H. Capei ne pense pas que les indigènes l'aient perdue entièrement, quoique les traces qui en restaient fussent obscures, et enveloppées, pour ainsi dire, dans les formes lombardes. Le clergé vécut d'après la loi romaine, jusqu'à ce que, ayant reçu dans son sein bon nombre de Lombards, ceux-ci ne quittèrent plus dans les affaires temporelles leur droit primitif. Le système de M. Capei serait celui d'une fusion de droits, qui aurait beaucoup rapproché les Romains des Lombards.

Nous nous sommes un peu étendu sur ces derniers détails, parce qull nous paraît que l'opinion de M. Capei contient des vues qui tendent à concilier les différents systèmes.

On pourrait s'appuyer aussi, en entrant dans ces voies de conciliation, de Tautorité de M. de Yesme lui-même, qui, dans un mémoire fort étendu sur les Vicissitudes des propriétés (Ficende délie proprieta) en Italie, depuis la chute de l'empire romain jusqu'à l'établissement des fiefs *, développe fort sa<> vamment des considérations analogues. La question de la con-< dition à laquelle se trouvaient réduits les Romains sous le règne des Lombards, forme un des chapitres les plus importants de cet ouvrage.

Au reste, nous n'entendons aucunement entamer ici une discussion sur ces points difficiles, ni même dresser un cata-« logue des écrivains qui, en Italie, s'en sont occupés dans ces derniers temps. Nous avons cité des noms qui nous paraissent faire autorité ; mais il est bon qu'on sache qu'il n'y a pas en Italie de savant qui, en travaillant sur l'histoire de son pays, ne s'attache plus ou moins à ces discussions.

Dans ma première jeunesse, j'avais aussi abordé ce genre de travail dans un mémoire adressé à l'Académie des sciences de Turin (1827); c'était un simple essai fort incomplet, et j'étais alors loin de prévoir l'étendue que ce genre d'études aurait prise depuis.

Des documents précieux ont été publiés à différentes reprises, en Italie, sur l'époque des Lombards. Après les pièces intéressantes contenues dans les publications des archives de Lucques et dans le Gode diplomatique toscan de Brunetti, beaucoup d'autres chartes très-importantes ont vu le jour, grâce au zèle infatigable de M. Charles Troya, qui a exploité avec une rare intelligence les riches dépôts existants dans le royaume de Naples.

* Cet ouvragé, fait en société avec M. Fossati, fut présenté en 1855 à un concours ouvert devant F Académie des sciences de Turin, où il obtint le prix.

Les travaux de la Commission royale pour l'étude de Thistoire nationale, créée par le roi Charles- Albert à Turin en 1833, ont aussi contribué à porter à la connaissance du public de précieux documents de l'époque lombarde; on les trouve dans les deux volumes de Chartes publiés par cette commission (1836, 1853.)

On doit enfin savoir gré en Italie à M. Pierre Capei, que nous venons de nommer, d'avoir, dans un autre mémoire inséré aussi dans Y Archivio storico &e Florence (1853), donné de fort belles analyses de cinq ouvrages publiés en Allemagne, qui tous, plus ou moins , se rattachent aux études dont nous parlons. Ces ouvrages sont Y Histoire du règne des Lombards en Italie y par A. Plagier (Leipsick, 1851) ; Y Histoire du droit lombard, par M. J. Merkel, dissertation servant d'appendice à Y Histoire du droit romain, de M. de Savigny (Berlin 1850); la Lex salica, publiée par le même M. Merkel, avec une préface de M. Jacques Grimm (Berlin 1850); la Lex Angliorum et Werinorum, hoc est Thuringhorum , publiée par le même M. Merkel (Berlin 1851); enfin, encore du même M. Merkel, les Commentaires De Republica Alammanorum, insérés parmi les Monumenta Germaniœ historica, recueil dirigé avec tant de savoir et de soins par M. Pertz.

Le nom de M. Merkel est un de ceux que l'on rencontre le plus souvent, dès qu'on parcourt les publications ayant pour objet des documents italiens du moyen âge. Aussi M. de Yesme lui rend-il pleine et entière justice dans la préface qui précède l'édition des lois des Lombards que nous annonçons. M. Capei n'en fait pas moins de cas, quoiqu'il ne partage point l'opinion du savant Allemand sur l'époque et la portée de l'acte de donation de Speciosus, évêque de Florence (724), dont il est parlé au premier volume, § 68, de la seconde édition de l'histoire de M. de Savigny.

Peut-être s'étonnera-t-on de l'intérêt que l'on attache encore

aujourd'hui en Italie à des questions d*une date si ancienne, et qui peuvent paraître en dehors de la ligne des traditions modernes.

Nous prions de songer que Tépoque des Lombards est celle qui détache le plus l'Italie de Tempire des idées romaines, dont il est cependant si intéressant de retrouver la chaîne, qui lie Tancienne civilisation avec la nouvelle. D'un autre côté, les Italiens ne sauraient oublier que, depuis ce temps si reculé, aucun royaume ne s'est formé dans la Péninsule, qui possédât la force nécessaire pour rallier les provinces éloignées à un centre commun. Ces considérations portent les Italiens à envisager l'histoire particulière des anciens Lombards, dont le gouvernement était tout d'une pièce, comme un point saillant dans l'histoire générale de l'Italie.

Dans les discussions à propos de l'histoire des Lombards , on aperçoit en Italie autre chose que le simple désir de satis-faire une curiosité-littéraire. Il y a là une sorte de retour sur la condition politique du pays; c'est comme le reflet d'une pensée habituelle qui assiège l'esprit des hommes , qui , pour être voués à l'étude du passé, n'en sont pas moins soumis aux préoccupations du présent.

Quand Machiavel faisait l'éloge du gouvernement des rois Lombards, en disant qu'après être restés deux cent vingt-deux ans en Italie (à l'époque de Didier), ils ne retenaient plus rien d'étranger que le nom *, il pensait à ce royaume fort et compacte qu'il aurait voulu voir se renouveler de son temps dans la Péninsule ; c'était le souvenir auquel s'inspirait l'auteur du livre, du Prince dans les dernières paroles qu'il adressa à Laurent, fils de Pierre de Médicis.

Lorsque les écrivains modernes reprennent ce thème si souvent débattu, ils ne sauraient aussi se défendre de fréquentes

* Istoria Florentina, lib. I.

allusions à ce qui s'est passé depuis bien des siècles en Italie. Ces batailles livrées sur notre territoire pour des causes auxquelles nous restions complètement étrangers; ces jeux de l'intrigue ou du hasard, si souvent renouvelés à nos dépens; ces alternatives de protection sans effet et de provocation sans cause, qui malheureusement ont tant servi à démoraliser les populations et à affaiblir l'ascendant des principes sages et modérés ; tout cela se résume pour les Italiens dans ces seules idées : l'empire du plus fort, l'oubli des intérêts nationaux, la domination étrangère. On remonte am^ Lombards en faisant presque de l'histoire contemporaine.

Je n'entends aucunement entrer ici dans un champ réservé. Je n'en ai pour le moment ni l'occasion ni le goût; je sais à quels cruels mécomptes on s'expose en visant trop loin ou trop haut, et comme on court le risque d'empirer une position en voulant la rendre meilleure. Il nous suffit d'indiquer la direction que les études historiques, dont nous nous occupons maintenant, ont prise depuis bien des années. Nous constatons des faits sans sortir du cercle spécial des travaux littéraires.

Beaucoup des dispositions des lois des Lombards, refondues plus tard sans correction de texte et sans ordre chronologique dans la compilation qui prit le nom de Lombarda , restèrent en vigueur en Italie longtemps après la disparition de toute domination des Lombards. Elles se maintinrent à côté du droit romain. Le principe d'équité qui prévaut dans ce dernier, rinfluence de l'Eglise faisant valoir ses institutions protectrices du faible, appuyées sur un droit spécial, l'autorité de plus en plus grande des coutumes locales, finirent par effacer, dans la pratique, tout vestige du vieux droit lombard, qui cependant, dans plusieurs contrées de la Péninsule, ne se trouva formellement abrogé qu'à l'apparition des Codes modernes.

Nous ne saurions omettre ici un détail curieux : les lois des Lombards furent traduites en grec pour qu'elles fussent bien

connues dans les provinces méridionales de Tltalie où l'usage de cette langue s'était particulièrement conservé. M. Charles- Edouard Zachariae , ayant trouvé des fragments de cette traduction à la bibliothèque impériale de Paris, sous le n^ 1381, les publia à Heidelberg en 1835 K

J'ai parlé d'une communication faite il y a dix ans à l'Académie des sciences morales et politiques, il faut que j'ajoute que le volume des lois des Lombards n'a point été livré alors au public. On a attendu que la préface, qui devait rendre raison des corrections et des additions apportées dans le texte, fût prête; des circonstances indépendantes de la volonté de l'éditeur ont prolongé le délai, et ce n'est qu'en 1855 que le livre a été mis en circulation. Mais on n'a pas perdu pour attendre. Le savant éditeur, H. de Yesme, a mis à profit ce long intervalle; il a étendu ses recherches, il a enrichi son ouvrage de toutes les lumières que les travaux critiques d'autres savants pouvaient lui offrir. Il en est résulté une préface de cent gran-* des pages in-«>folio, que nous n'hésitons point à reconnaître comme un travail parfaitement achevé sur cette matière. Des fac-similé des plus anciens manuscrits compulsés par l'éditeur et des dessins fidèlement calqués sur d'anciennes enluminures se trouvent réunis dans cette édition. Ce ne sont pas là de simples ornements, c'est un riche complément du texte.

Mais ce qui forme le plus grand prix de cette édition, ce qui lui assure , ne tardons pas à le dire , la supériorité sur toutes celles qui l'ont précédée, c'est la sincérité du texte reproduit d'après les plus anciens manuscrits connus des lois des Lom^ bards.

On ne s'attend point à ce que nous suivions pas à pas le sa* vant auteur de la préface dans l'examen détaillé qu'il a fait de chaque manuscrit, je dirai presque de chaque page de ces ma-

^ Fragnienta versionis grœcœ Legum Rolharis Langobardorum regia*

iittscrits; ni les bornes, ni l'esprit d'un journal ne s'accommoderaient de ces doctes et minutieuses investigations.

n nous suffira d'exposer l'ensemble des sources auxquelles l'éditeur a puisé, en lui empruntant les classifications les plus propres à éclaircir cette matière.

Les manuscrits et les livres imprimés qui contiennent les lois des Lombards peuvent se partager en deux classes : la première arrangée par ordre chronologique, la seconde disposée en livres et en titres par ordre de matières contenant les lois des rois lombards et ceux qui ont été leurs premiers successeurs dans la domination de l'Italie. Les manuscrits de cette seconde collection sont plus nombreux que ceux de la première classe, parce qu'ils servaient plus particulièrement à l'usage des praticiens et qu'ils restèrent en vigueur pendant un long espace de temps. Mais avant la compilation de la Lombarda , qui ne remonte pas au-delà du xi® siècle, on avait pensé à mettre en ordre de matières les lois des rois lombards. Dès le IX® siècle, un certain Lupus disposa ces lois en LX titres pour 1'usag.e d'Evrard, duc de Frioul, sous le titre de Cdncordia de singuiis causis. Le manuscrit sur lequel Herold fit son édition porte les lois distribuées en titres et s'écarte souvent de l'ordre chronologique.

Les manuscrits qui ne comprennent que les seules lois des Lombards, et qui suivent assez exactement l'ordre du temps auquel ces différentes lois furent promulguées, sont en assez grand nombre ; ils se subdivisent en trois catégories principales.

La première comprend les recueils des lois des cinq rois lombards, sans nulle confusion avec d'autres lois postérieures, qui eu restent complètement séparées. Il est assez difficile de décider quels sont les manuscrits de ce genre, qui, sauf quelques variantes en fait d'orthographe, contiennent le texte à peu près pur de ces anciennes lois. Dans quelques-uns de ces ma-

nuscrits on remarque parfois de légères intercalations tenant à la grammaire, et aussi de celles qui modifient la disposition de la loi lombarde dans le sens du droit romain ou du droit ecclésiastique.

Le manuscrit de Saint-Gall, fort incomplet, mais qui trèsprobablement est antérieur au règne de Grimowald, et le manuscrit des archives du chapitre de la cathédrale de Yerceil, moins ancien mais bien plus complet que le précédent et remontant aussi à l'époque lombarde, ou du moins à la première moitié du ix« siècle, sont les deux textes qui paraissent devoir faire autorité, préférablement à tous les autres d'une date moins ancienne. On peut recourir à ces derniers avec d'autant plus de confiance qu'ils se rapprochent davantage des deux manu- ' scrits de Saint-Gall et de Yerceil.

A la seconde catégorie appartiennent les recueils de ces lois écrites avec une orthographe ditTérente de celle suivie dans les manuscrits primitifs, ou contenant des dispositions d'un droit plus moderne ou d'autres lois émanées des princes vivant à des époques postérieures, sans arriver pourtant jusqu'au règne de Henri IL Dans cette classe de manuscrits, moins on aperçoit d'intercalations des jurisconsultes, plus on peut ajouter foi au texte.

La troisième et dernière catégorie est formée par la collection rédigée à Pavie pour l'an 1037. Ce recueil contient les lois émanées des rois des Lombards et de leurs successeurs dans la domination de l'Italie, jusques et y comprise la loi de Henri, de l'an 1020.

C'est ce qu'on appelle Liber legis Langobardorum ou Lex Lombarda. Cette collection manque de la plupart des prologues, des épilogues et d'autres semblables accessoires; on n'y voit pas non plus les lois qui n'appartiennent point à l'édit et le volume de la première année d'Ahistulf. Le texte de ce livre varie en plusieurs endroits des anciens recueils, non-seule-

ment dans ce qui a rapport à Forthographe et à la syntaxe, mais aussi dans le fond des dispositions; la jurisprudence était déjà un peu changée. On y lit des épigraphes en vers, qui ne se rencontrent point dans les manuscrits d'une date reculée. Les cinq vers suivants, qui se trouvent dans le manuscrit delà bibliothèque des archives de la maison d'Est, sur lequel a travaillé spécialement Muraiori, font envisager ces textes comme des exemplaires dépouillés d'anciennes erreurs : c'est l'éloge du praticien contredit par l'autorité du paléographe et de l'historien.

Est error sprctus que Langobarda iuventus Errabat. Veruni loquilur nunc pagina sensum Edicli rcctis quod strinxit Rothar habeois :

Walcausus ^ nierilus quem laudat scriba disertus. Nostrorum regum sunt hic exordia legum.

Le texte des lois des Lombards qui ont été imprimées avant l'édition que nous annonçons s'arrêtait toujours sur des manuscrits de cette classe. Outre le manuscrit d'Est , nous citerons celui de Vérone, qui a servi pour la publication de Canciani; Georgisch et Walter n'ont fait que suivre l'exemple des deux Italiens , et les éditeurs qui avaient précédé l'œuvre de Muratori, tels qu'Hérold, Lindenborg, Goldast et Frisius, n'étaient pas remontés plus haut.

C'est dans les manuscrits de cette dernière classe que l'on trouve ajoutées au texte de la loi de nombreuses gloses et des formules de procédure, qui ne sont pas sans utilité pour bien saisir l'esprit juridique et les mœurs du temps»

Le recueil des lois des Lombards que nous annonçons com-

^ M. Merkel pense que Walcausus est le même que ce Galgosius, dont le nom a acquis quelque célëbrilé dans Thistoire de la renais-^ sauce du droit romain.

APPENDICE. â91

prend les édils des rois lombards, reproduits d'après le texte primitif.

Rotharis, dix-septième roi de la nation des Lombards {gentis Langobardorum), fut le premier, ainsi que nous l'avons dit, à faire rédiger par écrit les anciennes coutumes de ce peuple; il les corrigea, il y ajouta de nouvelles dispositions, et retrancha ce qui lui paraissait inutile ou nuisible. En les réunissant en un seul volume, il savait rendre un grand service à ses sujets ; il devançait en quelque sorte la partie matérielle de l'œuvre des Codes modernes. Le but qu'il se proposait était de maintenir la tranquillité et l'énergie chez les Lombards : In unum previdimus volumine complectendum, quatinm Itceat uniquique, salva lege et justitiam, quiète vivere, et propter opinionem contra inimicos laborare, seque suosque defendere fines.

Cette citation sert aussi pour faire connaitre l'orthographe et la syntaxe de la langue que les vainqueurs avaient empruntée des vaincus.

Cinq rois lombards ont successivement travaillé à la législation générale contenue dans le recueil des édits; ce sont Rotharis, Grimowald, Luitprand, Rachis et Ahistulf.

Nous avons nommé les édits pour nous rapprocher de l'ordre chronologique; il vaudrait mieux cependant nous servir du mot Edictum^ au singulier.

Les lois lombardes, même en ne les considérant que par leur forme extérieure, diffèrent essentiellement des lois des autres nations d'origine germanique qui s'emparèrent des provinces de l'empire romain, telles que les lois Salique, Ripuaire, des Baioares, des Yisigoths et autres semblables.

Dans les recueils de ces lois, on s'est borné à présenter une suite de lois formant un ensemble, sans marquer la série des actes des différents législateurs, tandis que dans l'Edit des Lombards les législateurs marchent l'un après l'autre. La réu-

â92 DE LA LÉGISLATION ITALIEKNE.

nion des différentes lois émanées d'un seul prince dans l'Assemblée nationale s'appelait volumen. C'est ainsi que la législation lombarde fut composée jusqu'à l'avénemenides Francs. Les Carlovingiens ne se rattachèrent plus à YEdit; ils publièrent leurs capilulaires. La forme et l'esprit du gouvernement avaient changé. La législation lombarde continua dans le duché de Bénévent; les souverains de ce petit Ëtat appartenaient à la vieille race lombarde, ils en conservèrent les traditions jusqu'au bout de leur domination, qui finit vers le milieu du xi^ siècle.

Ainsi que nous l'avons indiqué, les lois chez les Lombards se faisaient dans les Assemblées; on appelait les juges pour avoir leurs conseils, on s'adressait au peuple pour s'étayer de son consentement; Rotharis déclare (CCCLXXXYI) quod pro commune omnium gentis nostrœ utilitatibus expediunt, pari comilio comparique comensum cum primatus judices , cunctoque felicissimum exercitum nostrum, augentis constituimus. Évidemment exercitus est ici pour la population lombarde, qui, tout entière, constituait Tarmée.

Grimowald parle d|ms son prologue de suggestions iudicum omniumque consensu,

Luitprand est encore plus explicite lorsqu'il dit dans son prologue^ Una cum omnibus judicibus meis tam de Austriœ et Neustriœ partibus^ nec non et de Tuscice finibus, vel cum reliquis fidelibus meis Langobardis et cuncto populo adsistente, etc.

Rachis indique après avoir promulgué ce qui nobis et nostris judicibus atque Langobardis adstantibus justum comparuit,

Ahistuif enfui énonce l'adjonction de ses lois faites in pahtio nostro, una cum cunctis judicibus et Langobardis universarum prdvinciarum nostrarum.

Dans la plupart des anciens recueils manuscrits des lois des Lombards, le volume d' Ahistuif manque. Il parait même que les lois émanées de ce prince avaient été dans la suite

APPENDICE. 29â

supprimées, soit parce qu'elles étaient sorties du milieu des troubles qui s'étaient produits sous son règne, soit par une mesure adoptée par Didier dans l'intention de s'attacher les partisans du roi Rachis. Les lois d'Ahistulf pouvaient être d'au-' tant plus aisément retranchées qu'elles paraissent moins importantes, une partie n'ayant trait qu'à des dispositions transitoires, l'autre se trouvant remplacée par les lois des Carlovingiens.

A la suite de YEdit, M. de Yesme a placé des appendices contenant des pièces inédites ou assez peu connues , servant à illustrer l'histoire d'Italie à l'époque des Lombards, ou dans les temps les plus rapprochés de leur règne.

Il y a d'abord le Chronicon Goihanum, déjà publié par Ritter, qui s'étend depuis l'année 806 jusqu'à l'année 810. Dans cette chronique on lit la remarque suivante , sous le n^ xii : ffic finitum est regnum Langobardorum et incokavit regnum Italiœ per gloriosissimum Carolum , regem Francorum , qui adjutor et defensor domni Pétri principis apostohrum , qui ab Italia perexerat ejus justitiam requirendum. C'est le grand changement de politique qui influa par la suite si puissamment sur le sort de l'Italie; c'est l'admission de l'élément ecclésiastique parmi les grands pouvoirs de l'Etat, que la domination toute

militaire des Lombards avait toujours repoussé.

Le second appendice contient les Origines Longobardicœ^ publiées pour la première fois par J.-F. Christ en 1728. M. de Vesme ne partage point l'opinion du premier éditeur, que ce soit l'œuvre d'un écrivain antérieur à Paul Diacre; il pense au contraire que ce morceau n'est qu'une sorte d'abrégé de Y Histoire de Paul.

Dans le troisième et dans le quatrième appendice, on trouve des lois qui ne faisaient point partie de VEdictum ; elles se rapportent aux rois Grimowald, Luitprand, Rachis et Ahistulf ; ensuite , un capitulaire de Charlemagne qui comprend des dis-

positions secretiores, tiré d*uii manuscrit des archives du chapitre dlvrée, et qui était resté jusqu'à présent inédit.

Le cinquième appendice renferme le capitulaire d'Adelchis, duc de Bénévent; le prologue est inédit; il a été tiré d'un manuscrit de la bibliothèque de Madrid.

M. de Yesme développant dans sa préface, avec beaucoup d'étendue, les détails critiques relatifs à ces publications, fait remarquer ces mots qui se lisent dans ce prologue : Eo quoque tempore rex Desiderius Longobardorum sceptrvm tenebat, cujus gene7' eodem tempore erat Carolus^ Framorum rex y qui sedi ejus invidens et insidians^ contra eundem subdole et callide agere non refugit.

Ces mots se rapportent-ils aux intelligences que Charlemagne s'était ménagées avec le pape Adrien I«r9 \^ mission secrète d'un diacre dépêché par ce pape à Charlemagne est maintenant avérée. Du reste, il n'est pas rare que les vaincus reprochent aux vainqueurs d'avoir employé l'astuce et la mauvaise foi pour obtenir leur succès. Les faits de la guerre entre Charlemagne et Didier sont là toutefois pour déposer que la bravoure n'a point manqué des deux côtés.

Sept inscriptions de l'époque des Lombards trouvées en Piémont, dont une inédite, sont contenues dans le sixième appendice.

Les appendices septième, huitième et neuvième sont exclusivement destinés aux gloses sur les lois lombardes. Ces gloses appartiennent aux manuscrits de la Cava, d'Ivrée et de Madrid.

Les gloses d'Ivrée paraissent être les plus anciennes ; on y voit avec intérêt les signes de la connaissance du droit romain qui reprend, dans des citations des fnstitutes de Justinien.

Dans le dixième appendice, M. de Yesme a placé une constitution impériale concernant les enfants des personnes engagées dans les ordres sacrés : De diaconorum, presbiterorum et episcoporum subdole. Cette pièce a été trouvée servant de cou-

verture à un manuscrit des archives du chapitre de la cathédrale de Yerceil. Tout en reconnaissant cette Constitution pour apocryphe, l'éditeur a eu la bonne idée de la publier, parce qu'elle peut jeter quelque nouveau jour sur l'histoire de la question du mariage des prêtres, qui agita si vivement les esprits dans l'Italie supérieure, vers le xi« siècle.

Un travail fort remarquable de M. Charles Promis , sur les constructions lombardes, ad memoratorium de mercedibus magistrum comacinorum, ferme, sous le n» xi, la série des appendices. Cette dissertation, remplie d'érudition et d'aperçus ingénieux, relève encore le prix du recueil que nous annonçons. I

Le volume se termine par cent soixante-treize pages à double colonnes de notes critiques et de variantes, relatives aux différentes pièces contenues dans ce recueil. C'est la partie dans laquelle, sous la forme la plus modeste, se révèle le plus amplement la patiente sagacité de l'éditeur.

L'édition dont nous parlons se distingue encore par une addition importante. La chronique de Rotharis a été ajoutée en tête du recueil des édits de ce roi. Quoique cette chronique ne fût point absolument inconnue aux érudits, elle avait été longtemps négligée. Ce n'est qu'en 1838 que le docteur Bethmann *, s'en étant occupé plus particulièrement, reconnut en elle un ouvrage antérieur à l'époque de Paul Diacre, et dont cet écrivain se serait servi pour la partie la plus ancienne de son histoire des Lombards.

Peu de temps après et sans avoir eu connaissance des idées de H. Bethmann sur ce point, M. de Yesme arriva aux mêmes conclusions. L'un et l'autre furent frappés de la physionomie originale et toute barbare de ce fragment historique ; ils s'ap-

* Die Geêckichtschreibung der Langobarden, in Archiv der GesellS' chaft, t. X., 351-365.

puyèrent tous les deux sur le passage de Paul Diacre, qui, en parlant de la victoire gagnée par Wacho, en Souabe, dit : Hoc si quis mendacium et non rei existimat veritatem, relegat pro" logum edicti, quem rex Rothari de Langobardorum legihus composuit, etc. *.

Parmi tous les anciens manuscrits des lois des Lombards, cette chronique ne se rencontre que dans deux exemplaires , ceux du couvent de la Gava et des bibliothèques de Madrid, de Hodène et de Gotha.

M. Bethmann et M. de Vesme ne sont pas d'accord sur l'ancienneté de ce récit. Le premier croit qu'il a été rédigé du temps de Pertarit (entre les années 673 et 679), tandis que le second le fait remonter à une date plus reculée en l'attribuant à Rotharis. Nous ne rapporterons point ici la suite des preuves ^que M. de Vesme déduit à l'appui de son opinion, il nous suffit de dire que cette discussion est soutenue dans la préface de M. de Vesme avec autant d'érudition que d'urbanité.

Nous devons avertir nos lecteurs que si Paul Diacre a qualifié de prologue la chronique dont il s'agit, c'est que dans les anciens manuscrits elle fait corps avec le prologue des lois de Rotharis. l( est bon de ne pas oublier ensuite qu'au récit qui remonte au règne de Rotharis on a ajouté de courtes indications pour amener la série des rois jusqu'à Gharlemague.

Gomme nous croyons que l'intérêt qui s'attache aux souvenirs d'une époque qui a laissé si peu de traces écrites dans l'histoire, pourra rendre agréable au lecteur d'avoir sous les yeux cette pièce vraiment curieuse, toute empreinte des traditions de la mythologie Scandinave, nous allons l'insérer ici.

^ Pauli Diaconi Historia Langobardor., lib. I, cap. xxi.

APFSJfDICS. 297

INCIPIT EDIGTUM

ROTHARIS REGIS.

(Decimo kalendas décembres, anno DCXLIII.)

IN NOVINB DOHINI NOSTRI JBISU CHRISTI.

Ingipit origo grntis nostre Langobârdorum, que egressa est ab insula que dicitur Scaiwanan, quod interpretatur in partibus AquiUmis^ ubi multse gentes habitant; inter quibus erat gens parva, que Winnilis vocabatur. Et erat cum eis mulier nomine Gambara, habebatque duos filios : nomen uni Ybor, et nomen alteri Ajo. Ipsi cum matre sua nomine Gambarà principatum tenebat super Winnilis.

Hoverunt se ergo duces Wandalorum, id est Ambri et Assi, cum exercitibus suis, «t dicebant ad Winnilis : Aut solvite nobis tributa^ aut preparate vos adpugnam et pugnate nobiscum . Tune responderunt Ybor et Ajo cum matre sua Gambara, dicentes: Meliits est nobis pugriam preparare, quam Wandalis tributa persolvere. Tune Ambri et Assi, hoc est duces Wandalorum, rogaverunt Godan, ut daret eis super Winnilis victoriam. Respondit Godan dicens : Qitos sol surgente antea videro, ipsis dabo victoriam, Eodem terapore Gambara cum duobus filiis suis, id est Ybor et Ajo, qui principes erant super Win-

S96 DE LA LfeiSLATfON ITÀLIEimE.

nilis , rogaverunt Fream uxorem Godan , ut ad Winnilis esset propitia. Tune Frea dédit consilium, ut cum sol surgeret, Winnilis et mulieres eorum , crines soluté circa faciem in similitudinem barbae, cuih viros suos venirent. Tune lucescente cœlo dum surgeret, gyravit Frea uxor Godan lectulum ubi recumbebat vir ejus, et fecit faciem ejus contra orientem, et excitavit eum. Et ille aspiciens vidit Winnilis et mulieres eorum habentes crines solutas circa faciem in modum barbse, et dixit : Qui sunt tsti Langobardi? Et dixit Frea et Godan: Domine , sicut dedisti nomen, da illis et victoriam. Et dédit eis victoriam, ut ubi visum esset vindicarent se, et victoriam haberent. Ab illo tempore Winnilis Lai^gobardi vocati sunt.

Et moverunt se exhinde Langobardi, et venerunt in Goltidam; et postea possederunt Aldonus, Anthabus, et Bainaib, seu et Burgundaid. Et dicitur quia fecerunt sibi regem nomine Agelmund, filium Ajo, ex génère Gugingus. Et post ipsum regnavit Lamicho, ex génère Gugingus. Et post ipsura regnavit Lethuc, et dicitur quia regnasset annos plus minus quadraginta. Et post ipsum regnavit Aldihoc, filius Lethuc. Et post ipsum regnavit Godehog.

Illo tempore , exivit rex Odojacer de Ravenna cum exercitu Alanorum, et venit in Rugilanda, et expugnavit Rugos, et occidit Fewane regem Rugorum, et secum multos captives duxit in Italiam. Tune exierunt Langobardi * de suis regionibus, et habitaverunt in Rugilanda annos aliquantos. Et postea regnavit

1 Pro de suis regionibus. — Pugnavit Tato Chron. Goihanum de

APPBNINCS. 999

Claffo filius Godehoc. Et post ipsum regnavit Tato filius Claffonis. Sederunt Langobardi in campis Feld annos très. Et pugnavit Tato cum Rodolfo rege Herulorum , et occidit eum , et tulit bandonem ipsius * et capsidem; post eum Heruli regem non habuerunt. Et occidit Wacho filius Unichis Tatonem regem barbane suo cum Zuchilone ; et regnavit Wagho ^. Et pugnavit Ildechis filius Tatoni; et fugit Ildechis filius Tatoni ad Gippidos, ubi mortuus est. Injuria ejus vindicanda Gippidi scandalum commiserunt cum Langobardis.

Eo tempore inclinavit Wacho Suavos sub regno Langobardorum. Wacho habuit uxores très : una Ratecunda, fllia Pisen, régis Thuringorum. Et post eam accepit uxorem Austrigosam^ filiam Gippidorum, et habuit Wacho de Austrigosam filias duas : nomen une Wisecarda , quam tradidit in matrimonio Theode* perto régi Francorum; et nomen secundae Walderada, quam habuit uxorem Cusobald, rex Francorum, quam odio habens tradidit eam Gairipald in uxorem, principi Bajoariorum. Et postea accepit Wacho tertiam uxorem, filiam régis Herulorum, nomine Sigelenda; de ipsa habuit filium nomine \Y^ltari. Et mortuus est Wacho; et regnavit filius ipsius Waltari post ipsum annis septem, et Farigaldus. Isti omnes Lethingis fuerunt.

Pannonia, et venerunt et habitaverunt in Rudilanda annos plurimos et ad suam dogmam perduxerunt. Ânte Peronem regnavit Godoin ; post Peronem tenuit principatum Langobardorum Claffo ; et post Claffonem regnavit Tatlo. Eo tempore redierunt Langobardi in campis Filda, fecerunt ibi annos 1res. Ëtpost haec pugnavit Tatto.

* Pro et capsidem.. Post eum Chran. Gothanum et populum ipsius in fugam misit; ibi prsedavit omnia bona eorum : postea Heroli.

* Pro et pugnavit — ubimorluus est. Chron, Gothanum et expugnavit Heldechis filium Tattonis, et fugit Heldeebis ad Gibidos, et ibi mortuus est.

300 DE LA liGISUTION ITAUENNS.

Et post Waltari regnavit Audoin *. Audoin ex génère fuit Gausus. Ipse adduxit Langobardos in Pannonia. Et mortuus est Audoin in Pannonia; et regnavit Alboin filius ipsius post eum, cui mater fuit Rodelenda. Eo tempore pugnavit Alboin cum rege Gippidorum nomine Cunimund; et mortuus est Cunimund in ipsa pugna, et debellati sunt Gippidis. Tune tulit Alboin uxorem Rosemunda, filia Cunimundi, quem predaverat; quia jam mortua fuerat uxor ipsius Hlodsuinda, qu» fuit filia Hlotari, régis Francorum, de qua habuit filia nomine Albsuinda. Et habitaverunt Langobardi in Pannonia annos quadraginta duo.

Ipse Alboin adduxit Langobardos in Italia, invitatus a Narsete patricio. Et movit Alboin rex Langobardorum de Pannonia mense aprilis a Pascha, indictione prima; secunda vero indictione ceperunt prsedare in Italia ; tertia autem indictione factus est dominus Italiae. Et regnavit Alboin in Italia annos très, et occisus est in Verona in Palatio ab Helmechis et Rosemunda uxorem suam, per consilium Peredeo.

Voluit Helmechis regnare et non potuit, quia volebant eum Langobardi occidere. Tune mandavit Rosemunda ad Longinum prefectum, ut eos reciperet Ravenna. Mox ut audivit Longinus; gavisus est, et raisit navem angarialem, et tulerunt Rosemunda

^ Chron. Gothanum addit Mater autem Audoin nomine Menia uxor fuit Pissse régis.

et Helmechis et Albsuinda filia Âlboin régis, et omnis thesauros Langobardorum secum duxerunt in Ravenna. Tune ortare cepit Longinus prefectus Rosemunda ut occideret Helmechis, et esset uxor Longini. Audito consilio ipsius, temperavit venenum, et post balneo dédit et in caldo bibere. Cumque vivisset Helmechis, mox intellexit quod malignum vivisset, precepit ut et ipsa Rosemunda biberet invita: quod cum vivisset ipsa, mortui sunt ambo. Tune Longinus prefectus tulit thesaurum Langobardorum et Albsuinda filia Alboin régis ;jussit eam ponere in navem, et transmisit eam Constantinopolim ad imperatorem.

Reliqui Langobardi levaverunt sibi regem nomine Cleph, de génère Beleos; et regnavit Cleph annos duos, et mortuus est. Et judicaverunt duces Langobardorum annos duodecim , regem non habentes. Post hac levaverunt sibi regem nomine AuTHARi, filio Clephoni. Et accepit Authari uxorem Theodelenda, filia Gairipald et Walderadas, de Bajoaria; et venit cum Theodolenda frater ipsius nomine Gundwald, ordinavit eum Authari rex ducem in civitatem Astense; et regnavit Authari annos septem.

• Et exivit Aquo dux Thuringus de Taurinis, et junxit se TheodelendsB reginas, et factus est rex Langobardorum. Et occidit duces revelles suos, Zangrolf de Verona, Minulf de Insula Sancti Judi, et Gaidulf Bergamum, seu et alios qui ei revelles fuerunt. Et genuit Aquo de Theodelenda filiam una nomine Gumtiperga, et filium nomine Adelw^ald. Et regnavit Aquo annos xx et v. Adelwald filius ejus regnavit post mortem patris sui annos duodecim. Et post ipsum regnavit Alroald annos septem.

30â DE LA LEGISLATION ITALIENNE.

Et post ipsum regnavit Rothari, de génère Arodus; et rupit civitates vel castra Romanorum quaé fuerant circa litoralia, de prope Lune usque in terra Francorum, quam Ubitergium ad partem orientis. Et pugnavit circa fluvium Scultenna, et ceciderunt a parte Romanorum octo millia numerus.

[Et regnavit Rothari annos decem et septem. Et post ipsum regnavit Aripert annos novem. Et post ipsum regnavit Gri- MOALD. Eo tempore exivit Constantius imperator de Constantinopolim, et venit in partes Campanise, et regressus est in Sicilia, et ibidem occisus est a suis. Et regnavit Grimoald annos novem.

Post Grimoald regnavit Pertari annis xvni. Postea Cuni- PERT filius ejus regnavit annis xiii. Liutpert, filius Cunipert, regnavit annis v. Aripert, filiu» Rachipert, regnavit annis xii. AspRAND regnavit annos m. Liutprand filius ejus regnavit annos xxm. Utprand regnavit menses viii. Post ipsum vero Hachis, filius Pimoni, annis v. Post ipsum regnavit Aistulfus frater ejus annis vm, qui persecutus est a rege Francorum. Post ipsum regnavit Desiderius annos xvii et menses ui; et ductus est captivus in Franciam. Et postea regnavit Carolus annos xl.]

Il parait probable que Rotharis, qui a été le premier à doter

APPEinuGB. 303

son peuple d*un corps de lois écrites, qui étaient la reproduction régularisée des coutumes traditionnelles de la nation, a voulu y rattacher le récit de ce qui s'était passé avant lui.

On sera peut-être surpris de voir que cette pièce importante, qui commence sous l'invocation du nom de Jésus-Christ, renferme des allusions aux fables grossières de l'ancienne religion des Lombards. Mais on n'était point alors arrivé à ce de- * gré d'instruction qui repousse tout ce qui n'est pas conforme à la logique. On gardait les mythes comme preuves historiques, tout en se ralliant au christianisme comme religion acceptée dans le pays que les Lombards venaient de conquérir, n y a de nombreuses traces de ces restes d'un culte qui ne se perdait qu'avec difficulté chez un peuple fidèle gardien des anciens souvenirs de la nation. Il est probable cependant que dans la suite on a cherché à éviter cet alliage barbare en retranchant du texte des lois la chronique souillée par la légende de Godan. C'est peut-être à cause de cela que dans la plupart des manuscrits cette partie du prologue a été supprimée.

L'édit de Rotharis est une loi complètement germanique. Il ne reconnaît d'autres successions que la légitime; nul indice de la faculté de tester. On se rappelle ce que dit Tacite (6ermania, XX) : Heredes successoresque sui cui'que liberi et nulluni testamentum ; si liberi non sunt, proximus gradus in possessione, fratres , patrui , avunculi, La restriction de la faculté de disposer est poussée au point que dans les donations entre vifs, on introduit l'apparence de l'échange pour opérer une espèce de retraite

Dans les jugements on aperçoit encore davantage le caractère des vieux Germains. Tout s'y abrège, on a hâte d'en finir; tout se ressent de la crainte, de la cunctatio servilis; on procède

* V. le chapitre CLKXY, de Launegild,

304 DE LA li&ISLÀTlON ITAUENNE.

par gages et par garants ^ Les preuves légales ne consistent guère que dans le serment ou dans le combat judiciaire.

Tout le monde doit s'assujettir à ces formes de procédure ; les évêques mêmes n'en sont dispensés qu'à la condition de les remplir par le moyen d'un délégué.

Cependant, parmi tant d'éléments germaniques, on voit déjà poindre Quelques lueurs de droit romain , telles que le peculium castrense et Vexhérédation des enfants.

Ce retour aux idées romaines, ou, pour mieux dire, cette réaction des vaincus civilisés sur les vainqueurs barbares augmente successivement.

Ainsi, sous le règne de Grimowald, on élargit la condition des serfs en leur permettant de profiter de la prescription trentenaire pour s'assurer la possession des biens. On reprend le système de la représentation dans les successions; des classes particulières se forment dans le peuple, comme, par exemple, celle des constructeurs ou magtstri comacini. Les usages de Rome et de Ravenne gagnent de plus en plus chez les Lombards, qui arrivent, sans s'en apercevoir, à passer des contrats avec les anciennes formules romaines.

Luitprand, roi (les Lombards, issu de Théodolinde, princesse bavaroise, aussi distinguée par ses vertus que par les charmes de sa personne, se soumit plus qu'aucun de ses devanciers à l'influence des idées romaines. Cinq modifications importantes se font surtout remarquer dans le code de ses lois :

i^Le droit de succéder accordé aux femmes sur des bases plus larges et mieux assurées.

i^ La faculté de tester en accordant aux parents le droit d'avantager quelqu'un de leurs enfants, et en permettant aux malades de disposer en faveur de leur âme, c'est-à-dire au profit des églises.

^ V. les chapitres CCCLX et CCCLXI, de Waldia et fid^ussorum.

3^ L'introduction de quelques genres de peine qui tendaient à égaliser les conditions des coupables en face de la loi : l'emprisonnement dans les cas de vol, et la confiscation des biens dans le cas de meurtre.

A° La séparation de l'usufruit de la nue propriété dans les cas de donation entre vifs.

50 Enfin, l'adoption permise aux personnes âgées et sans enfants.

Toutes ces modifications dans la législation n'emportaient point cependant de véritables progrès dans la situation politique des Romains.

Les bornes de cet article ne nous permettent pas de nous étendre sur les vicissitudes du droit des Lombards jusqu'à son entière transformation chez les vaincus.

Une forme particulière de dispositions émanées du roi était encore assez en usage chez les Lombards; c'étaient les ordonnances qui prenaient le nom de notitiœ.

Les lois proprement dites, qui réunissaient le double caractère de la généralité et de la perpétuité, étaient celles que le roi promulguait dans l'Assemblée nationale, après avoir consulté les juges et les grands du royaume; l'assentiment du peuple lombard donnait pour ainsi dire la dernière sanction à ces dispositions. Elles devenaient de véritables lois nationales, tandis que les ordonnances étaient censées ne devoir durer qu'autant que la vie du roi de qui elles étaient émanées.

L'intitulé de ces ordonnances était en ces termes : In nomine Domini; notitia qualiter jubet dominus rex, etc. L'effet s'en trouve déterminé avec précision dans le passage suivant de la Notitia de Luitprand (chap. 11) : « Hoc autem in j> diebus nostris et in tempore regni nostri statuimus , quam- 1^ quam lex nostra non sit; post autem nostrum decessum, qui » pro tempore princeps fuerit faciat sicut ei Deus inspiravit^ }) aut sicut rectum secundum animam suam providerit. » 1. 20

Il arrivait parfois que ce que le roi avait établi par forme de simple ordonnance passait en force de loi; mais il fallait que cela fût reconnu et explicitement déclaré dans l'Assemblée nationale, et approuvé par les grands du royaume et par les juges présents. Des cas semblables eurent lieu particulièrement sous les règnes de Grimowald et de Rachis.

Il y avait enfin une troisième espèce d'ordres royaux restreints à des cas spéciaux et qui s'adressaient aux officiers chargés de les exécuter; ils étaient rédigés en brevi ou breviculo.

Suivrons-nous M. de Yesme dans les détails qu'il nous donne avec autant de précision que de variété sur tous les textes des lois des Lombards venus à sa connaissance, soit manuscrits, soit imprimés? Cette richesse d'érudition, ces développements critiques ne paraissent pas convenir au cadre d'un journal. Ainsi nous nous bornerons à de simples indications, pour que le lecteur qui voudrait s'instruire plus à fond apprenne d'abord l'existence de ces documents, et puisse recourir au travail de M. de Yesme, ou aux pièces elles-mêmes.

En fait de manuscrits, notre savant éditeur a poussé ses recherches jusqu'au nombre de vingt-quatre.

Il s'est d'abord attaché particulièrement aux deux qui sont sans contredit les plus anciens dont on ait connaissance : les manuscrits de.Saint-Gall et de Yerceil, dont nous avons déjà parlé; vient ensuite celui des archives du chapitre de la cathédrale d'Ivrée; M. l'abbé Amédée Peyron, dont le nom est aussi connu par les savants de l'Europe qu'il est vénéré dans son pays, a été le premier à rendre compte de ce manuscrit dans une publication faite à Turin en 1843, sous le titre de Notizia delf Archioio del reuerendissimocapitolod'Ivrea; la date de ce manuscrit doit être placée entre les années 825 et 832.

Le manuscrit de la bibliothèque du Yatican est le quatrième dans l'ordre chronologique; il date du commencement du x® siècle.

5» Le manuscrit de la bibliothèque impériale de Paris, aussi du x« siècle, au sujet duquel on peut voir ce que dit M. Pertz, dans les Monumenta Germanicœ historica, Legum, 1. 1, in prœfat,, page xxvu.

6® Un autre manuscrit de la bibliothèque impériale de Paris, qui comprend deux parties : la première remonte à la fin du X» siècle ou au commencement du xi^, la seconde est du xine siècle.

7« Le manuscrit de la bibliothèque dé Wolfenbuttel, dont M. Pertz s'est aussi occupé, et qui appartient au x® siècle.

8® Le manuscrit du couvent de la Très-Sainte-Trinité de la Gava, près de Salerne, qui remonte aux premières années du xi® siècle, et sur lequel a beaucoup travaillé M. Charles Troya, dont le nom revient si souvent dès qu'on s'occupe de l'histoire des Lombards.

9^ Le manuscrit de la bibliothèque de Madrid, aussi du commencement du xie siècle, que M. Haenel a découvert et mentionné dans le catalogue qu'il a donné des manuscrits de cette bibliothèque.

10« Le manuscrit de la bibliothèque ducale de Gotha, de la même époque à peu près que le précédent ; aussi décrit par M. Pertz.

11» Le manuscrit de l'église cathédrale de Modène, qui paraît écrit en 991 , et dont Muratori s'est servi pour son édition des lois des Lombards.

Les manuscrits qui suivent sont de moins d'importance, parce que le texte des lois y est souvent altéré pour servir à la jurisprudence du temps. M. de Vesme les range d'après l'ordre où ils ont été examinés par M. Merkel, qui plus que tout autre s'est occupé de ces classifications.

12» 13« Deux volumes manuscrits de la bibliothèque Ambroisienne de Milan, provenant de la ville de Suze en Piémont; ils sont du commencement du xi^ siècle.

14^ Le manuscrit des archives de la maison d'Est, sur lequel Muratori a plus particulièrement arrangé son .édition; c'est une copie fort exacte faite dans les dernières années du XV® siècle par un savant Ferrarais , Peregrino Prisciano , d'un texte du xi« siècle.

ib^ Le manuscrit de Sainte-Euphémie de Vérone, qui est maintenant à la bibliothèque impériale à Paris; il date de la fin du XI® siècle ou du commencement du xii«.

16® Le manuscrit de la même époque à peu près, qui se trouve à Londres dans le Musée britannique, AdditofAyscough, n® 5414.

17® Le manuscrit de la bibliothèque impériale de Vienne, du xi« siècle , rempli de gloses et de formules judiciaires.

18® Le manuscrit de la bibliothèque Laurenziana de Florence, du commencement du xi® siècle.

19® Le manuscrit de la bibliothèque du séminaire de Padoue, de la fin du xi® siècle.

20® Le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc à Venise, qui n'est pas postérieur aux premières années du XII® siècle.

21® Le manuscrit de Helmstad, que Tuck, d'après Bruns, fait remonter au commencement du ix« siècle. M. de Vesme, n'ayant pas eu entre les mains le livre de Bruns sur le droit germanique au moyen âge, s'abstient d'émettre une opinion précise à ce sujet.

22®^ 23® 24® Les manuscrits qui servirent de base aux travaux analogues de Hérold, de Lidenborg et de Sigonius.

n nous parait superflu d'entrer ici dans l'énumération des éditions imprimées des lois des Lombards. Outre que nous avons déjà indiqué les noms des éditeurs les plus célèbres , il est trop.facile d'avoir ces renseignements en ouvrant des catalogues de livres imprimés, pour qu'il soit utile de les repro* duire ici.

Nous venons de rendre compte d'un travail fort étendu et qui mérite l'attention du monde savant. Il est impossible de bien connaître le moyen âge à une de ses époques les plus intéressantes, sans savoir ce qu'était le gouvernement des Lombard; et on ne saurait se faire une idée exacte de ce gouvernement qu'en s'attachant à l'étude de ses lois. Ainsi, la publication que vient de faire la Commission royale pour l'étude de l'histoire nationale, établie à Turin, publication due au savoir et aux soins de M. de Yesme, est un véritable service rendu à ceux qui s'occupent de l'histoire d'Italie, non moins qu'à quiconque étudie l'histoire des nations germaniques.

Cette édition , enrichie de la préface et des notes de M. de Vesme, est sans contredit supérieure à toutes les précédentes; elle est, pour mieux dire, à nulle autre pareille, parce que personne jusqu'à présent n'avait entrepris une semblable tâche avec autant de moyens qu'en a eu à sa disposition M. de Yesme. Ce savant n'a rien épargné; recherches, correspondances, multiplicité de textes, tout a été mis en œuvre; l'appui de la Commission royale pour l'étude de l'histoire nationale ne lui a point manqué pour rendre autant que possible cette publication digne du pays où elle s'est faite, et des personnes à qui elle est particulièrement adressée.

Nous ne finirons pas notre article sans dire un mot de l'heureuse idée qu'a eue le docte et infatigable M. F.- J. Feigebaur de faire réimprimer à Munich, en format in-S® (imprimerie de George Franz, 1855), le simple texte des lois des Lombards, tel qu'il a été publié par M. de Vesme. M. Neigebaur avait déjà, en 1853, fait réimprimer les lois De Structoribm^ sur le texte préparé par M. de Yesme , et avec le commentaire de M. Charles Promis.

Ces éditions en format réduit sont à la portée du plus grand nombre de lecteurs, qui ne pourraient pas aisément se procurer la grande édition de Turin. Cela prouve combien les

études les plus sérieuses de Thistoire et du droit du moyen âge sont répandues en Allemagne, et quel intérêt on y porte à ce qui concerne particulièrement Tltaiie.

Aniiquam exquirite matrem !

(Eneid.. III, 96).

Frédéric Sclopis.

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