CHAPITRE III. — LES LOIS ECCLESIASTIQUES
Dans le Décret , on trouve plus de cent chapitres qui commencent par le mot Palea. On a beaucoup parlé de l'origine de ce mot, placé en tète de cê& additions. Pour ne pas perdre un temps inutile sur une chose d'une aussi mince importance, nous devons avertir qu'il résulte d'un fragment de manuscrit du xiii© siècle publié par M. de Savigny *, qu'il est plus raisonnable d'attribuer ce titre au nom de Paucapalea que portait un savant et obscur correcteur du Décret.
La compilation de Gratien apparut au temps où la reprise de l'étude du droit romain recevait une grande impulsion dans le barreau, et les tribunaux ecclésiastiques ne négligeaient rien pour ne pas se laisser dépasser par les juridictions civiles. Il y avait une telle afBuence de procès devant la cour de Rome, que tout l'univers semblait s'être entendu pour plaider devant* ce tribunal *,
Pendant que les souverains Pontifes s'efforçaient de pourvoir aux nouveaux besoins et aux demandes incessantes, par de nouvelles lois et de promptes déclarations, les collections de leurs constitutions et de leurs rescrits croissaient à mesure; de sorte que de Gratien à Grégoire IX, c'est-à-dire dans l'espace de soixante- dix ans, on n'en compte pas moins de sept. Ce fut l'époque la plus lumineuse de la législation canonique, à laquelle concoururent avec tant d'élévation d'esprit, Alexandre III, Innocent III, Ilonorius III et Grégoire IX ^.
^ Histoire du droit romain au moyen âge, t. Il, p. 362.
^ V. l'ouvrage de saint Bernard, De consideraiione ad Erigenium,
^ V. à Tappendice de ce volume une notice intéressante relative
ii2 DE LA LÉGISLATION ITALIENNE.
Innocent III, dans la douzième année de son pontificat, chargea Pierre de Bénévent de recueillir une certaine quantiffi de canons, et ce fut le premier recueil fait par autorité publique, ce qui inspira peut-être à Grégoire IX ridée de faire une plus grande collection.
En 1230, ce dernier pontife publia solennellement la collection des Décrétales qu'il avait fait compiler par l'Espagnol Raimond de Pennafort, son chapelain. Elle est divisée en cinq livres, et outre plusieurs constitutions de ses prédécesseurs, elle en contient un très grand nombre faites par lui. Ce recueil, appelé les Décrétales par excellence^ est divisé eii cinq livres,- subdivisés en titres. Dans le premier on traite des devoirs et des personnes ecclésiastiques; dans le second, des jugements; dans le troisième, des biens de l'Eglise et des règles de la vie des clercs; le quatrième traite des lois relatives au mariage; et dans le cinquième, il est question des délits et des peines.
Comme le décret fut comparé au Digeste, les Décrétales furent comparées au code de Justinien, et Raimond de Pennafort ne put échapper aux reproches qu'on avait faits à Tribonien, d'avoir laissé subsister le désordre dans toutes les parties qui exigeaient de la régularité et de la clarté.
Grégoire IX, dans la lettre mise en tête de sa compilation
aux décrétales de ces quatre papes, que nous devons à la courtoisie de M. Jean Corboli qui nous aida de ses conseils dans notre travail. M. Jean Corboli, après avoir parcouru avec éclat la carrière de la prélature, et avoir été associé aux travaux des grandes réformes qui illustrèrent les premières années du pontificat de Pie IX, mourut Rome en 1850. C'est un des plus nobles caractères et des meilleurs esprits qui aient paru sur la scène politique à cette époque.
CHAPJTRE m. — LES LOIS ECOÉSI ASTIQUES. H3
des décrélales, avait expressément défendu qu'on publiât à l'avenir d'autres collections, sans la permission du Saint- Siège apostolique. Mais Boniface VIII, qui ne devait le céder à aucun de^es prédécesseurs en ce qui concernait l'exercice de la souveraineté , prescrivit en 1 298 la rédaction d'une nouvelle collection , qui , considérée comme appendice à celle de Grégoire, fut appelée le sixième livre des Décrétales. Ce livre contient , outre les dernières constitutions de Grégoire IX, celles plus récentes d'Innocent IV, et spécialement celles que fit Boniface VIII lui-même. Ces décrétales renferment plusieurs dispositions qui rappellent les longues discordes survenues entre ce pontife et le roi de France, Philippe-le- Bel; cequifut cause que le livre ne fut pas reçu en France. Calquée exactement sur celle de Grégoire, cette compilation est composée de cinq livres, et chacun de ceuxci suit le même ordre que ceux-là dans la disposition des titres.
En 4313, Clément V avait prescrit une autre collection des Décrétales et l'avait fait lire en consistoire; mais sa mort l'empêcha de la publier, et ce ne fut qu'environ quatre ans plus tard que son successeur la revêtit des formalités du sceau et l'envoya dans les universités pour y être enseignée ». Ces solennités servaient alors de mode de promulgation. La collection des Clémentines est divisée également en cinq livres et les titres y sont dans le même ordre que dans ceux de Grégoire IX,
^ Bemardi Guidants , vita Clemtntis V, apud Baluzium Vilarum ^ Paparum Avenionensium^ tom. I, pag. 80.
Généralement, ceux qui se livraient à l'étude des canons, appelaient extravagantes toutes les constitutions pontificales qui n'étaient pas insérées dans le décret de Gratien ou dans les trois remarquable? collections que nous venons de citer. Ainsi on appela extravagantes les vingt constitutions que Jean XXII publia en 4325 à Avignon, et qui étaient divisées en quatorze titres; et le nom de communes fut donné aux constitutions des différents pontifes qui gouvernèrent l'Eglise pendant deux cent vingt ans, c'est-à-dire depuis Urbain IV, en 1262, jusqu'à Sixte IV, en 1483. On trouve toutes ces extravagantes consignées dans le cours de droit canonique, et divisées aussi en cinq livres *.
Nous avons marqué l'année 4483 parce que ce fut h celte époque que fut publiée la plus récente des constitutions qui composent le vrai corps de droit ecclésiastique. En cette année-là naquit à Eisleben (Saxe) Martin Luther, âpre adversaire du droit canonique. Ainsi à peine cette œuvre était-elle achevée que surgissait celui qui essaya tout pour la démolir; et au milieu du tumulte des écoles et des attaques des dooteurs , le 40 décembre 4520, à Wiltemberg, on brûla publiquement les compilations du Décret et des Décrétales. Mais tous les efforts de l'hérésiarque furent insuffisants pour déraciner l'autorité du droit canonique, même au sein des protestants. Ceux-ci l'observèrent au contraire , surtout
^ Nous ne parlons pas de la compilation intitulée le septième livre des Décrétales qui comprend les constitutions des Papes , depuis Sixte IV jusqu'à Sixte V, parce qu'elle ne fut pas approuvée, mais qu'elle ne fut que Tœuvre privée d'un docteur appelé Pierre Mattei qui la publia en 1590 environ, en la dédiant au cardinal Gaétan.