‹ Histoire de la législation italienneChapitre 52 sur 122 · CHAPITRE m. — LES LOIS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LES LOIS ECCLÉSIASTIQUES

Quel qu'ait été le but d'Isidore en donnant pour vrais de faux documents, les historiens ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns croient qu'il céda au désir d'accroître le pouvoir du Siège apostolique, d'autres, parmi lesquels se trouve le savant Fleury *, pensent que le compilateur voulait favoriser les évéques, soit qu'il fût lui-même revêtu de cette dignité, soit qu'il fût chargé de défendre un évêque d'une accusation quelconque.

La collection d'Isidore fut très en usage et servit pour ainsi dire de modèle à la remarquable compilation de Gratien, connue sous le nom de Décret^ dont nous allons parler,

Gratien florissait vers le milieu du xii^ siècle ; il naquit à Chiusi en Toscane et embrassa la vie religieuse dans l'ordre de Saint-Benoît, à Bologne, dans le monastère des saints Félix et Naborre. Tel fut son renom d^ science parmi les peuples , que le commun le prenait pour frère des deux autres hommes illustres de ce siècle , Pierre Lombard et Pierre Comestore. Mais la fable née de la similitude de renommée, et de cet

que je nai garde de croire l'Eglise romaine coupable de cette supposition. Sa grandeur et sa primauté est fondée sur l'Ecriture et sur la tradition la plus incontestable. Son autorité n'a pas besoin de fables et de suppositions pour la soutenir. C'est d'Espagne que sont venues ces fausses pièces sans que les Papes s'en soient mêlés, et si on les trouve dans les codes de l'Eglise romaine, c'est que personne ne doutait dans ces temps-là de leur authenticité.

* Histoire ecclés. La principale matière de ces décrétales comprend les accusations des évéques ^ il n*y en a presque aucune qui n'en parle et qui ne donne des régies pour les rendre difficiles. Aussi Isidore fait assez voir dans la préface qu'il avait cette matière fort à cœur.

V. en outre l'Introduction à la jurisprudence canonique de Joseph' Antoine Bruno. Turin, 1769, p. 211.

JiO DE LA LÉGISLATION ITALIENNE.

amour du merveilleux qui s'associe volontiers à ce qui est remarquable, a été pleinement démentie. La collection de Gratien, contenant les anciens documents de droit canonique et plusieurs extraits de la collection d'Isidore, fut applaudie comme une œuvre divine, elle fut comparée à l'œuvre immense du Digeste des jurisconsultes romains, et devint presque le symbole d'une puissante faction qui combattait l'Empire *. Quoiqu'il n'apparaisse pas que la collection de Gratien ait été approuvée par les souverains Pontifes ^, elle obtint par l'assentiment universel , une grande autorité , qui fut presque souveraine dans les écoles et au barreau.

L'auteur avait intitulé son ouvragée : Concordia dis^ cordantium canonum, d'où l'on peut inférer qu'il eut l'intention, non-seulement d'écrire une compilation, ftiais de concilier ce qui était contraire; cependant l'usage conserva le premier nom de Décret.

Cette collection est divisée en trois parties, conformément aux matières qu'elle contient; ce sont les distiîictionSy les causes et le traité des consécrations, La première partie renferme dans cent et une distinctions, les principes , les divisions et les espèces du droit canonique, ainsi que les droits et les devoirs des ecclé- .siastiqueà. La seconde renferme trente-six causes qui traitent des jugements et des affaires ecclésiastiques, avec un petit traité de pœnitentia ajouté à la trentetroisième cause. La troisième contenant cinq distinctions , a trait aux choses sacrées et au culte divin.

* Slruve, Historia iuris canonici, § 19.

* Bruno, introd. prccilée, p. 238 à 242.

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