‹ Histoire de la législation romaine (volume 2)Chapitre 8 sur 177 · JUSTINIEN · texte numérisé non relu

JUSTINIEN

(Né EM 489, EMPERKVR EN 597» MORT EN B9B)

Justinien a été surnommé le Grand, et, à ne considérer que les choses de son règne, Thomme à part, certes ce surnom nVst pas usurpé. Son empire, comme il le dit lui-même dans le préambule de ses Instituts, a brillé par les armes et pai les lois. Mais il lui est arrivé ce qui arrive aux princes autour desquels rayonnent les actions d'une époque illustre. On attribue uniquement les victoires aux généraux, les institutions législatives aux jurisconsultes, les chefs-d'œuvre de poésie et de beaux-arts aux poètes et aux artistes ; on dépouille le chef de sa toge impériale, sous la pourpre on cherche Vhomme, on le met à nu; et on se plait à le montrer faible, difforme, petit, lui que son siècle et T histoire ont surnommé le Grand.

Cette réaction à Tégard de Justinien n'a pas attendu la postérité pour se faire sentir. L'historiographe même de ses guerres , le narrateur de ses constructions et de ses édifices, celui qu'il avait mis à la suite de ses généraux comme pour recueillir les faits, celui à qui il avait fait livrer tous les plans et devis de son architecture, Procope, après avoir publié les huit premiers livres de son histoire, en quelque sorte officiels, en a réservé un neuvième, nommé le Livre des anecdotes, ou Y Histoire secrète, pour dévoiler, en style de libelle, les vices et les crimes de l'empereur et de l'impératrice, a afin, dit-il, que ceux qui exerceront plus tard le pouvoir suprême puissent se persuader, par de tels exemples , quelle exécration attend pour eux-mêmes leurs forfaits, « et le témoignage de Procope ne reste pas isolé, celui des historiens contemporains ou voisins dé cette époque, tels qu'Évagrius, Agathias, Jean Zonaras, vient s'y joindre et le corroborer.

On dit communément que Justinien passa d'une cabane de rUlyrie sur le trône de G)nstantinople ; mais ce passage ne fut pas brusque et sans transition. Né à Taurisium, de Sabatius, son père, et de Bigleniza, sa mère, le jeune Uprauda, car c'était ainsi qu'on le nommait en langue slave, fut élevé à Bederina, patrie de son oncle maternel Justin. Ces deux villes étaieqt situées TOUX n. 1

JUSTIMEN.

sur les confins de la Thrace et de rillyrie; d*où les uns le disent Thrace et d*autres Illyrien. Adopté en quelque sorte par les soins de son oncle Justin, qui de soldat était devenu successivement tribun militaire, préfet du prétoire, puis empereur, il suivit la fortune de cet oncle, et prit de lui le nom de Justinien, selon la désinence en usage pour la dénomination des adoptés. Il passa quelque temps en Italie, auprès de Théodoric, auquel Justin, étant préfet de Tarmée romaine, Tavait donné en otage; mais aussitôt après l'élévation de ce dernier à Tempire, il fut renvoyé k Constantinople. Là, successivement investi du magistériat, au consulat, du patriciat, du comitiat, du nobilissimat, il se vit enfin élevé à Tespérance de la succession impériale. En effet, créé César et associé à Tempire, aux calendes d'avril 527, avec l'adhésion forcée, selon Procope, et selon d'autres historiens, sur la proposition même du sénat, la mort de Justin, survenue Quatre mois après, le laissa seul empereur d'Orient, aux calendes a'août 527, à l'âge de quarante-cinq ans, d'après Zonaras.

Avec lui monta sur le trône de Constantinople Théodora, qui en avait servi le cirque et orné le théâtre , qui en avait habité le fameux portique de prostitution, VEmbolumj où elle fit, plus tard, comme en signe d'expiation, élever le temple de Saint-Pantaléon. Justinien, pour l'épouser, avait obtenu de son oncle Justin Tabro* gation des antiques lois qui prohibaient les noces entre les personnes de dignité sénatoriale et les comédiennes. La constitution nouvelle de Justin était conçue en termes généraux, dans un système d'égalité plus libérale entre les citoyens, dans le but d'ouvrir une voie au repentir, et pour appliquer les principes de la religion chrétienne, qui a toujours le pardon prêt pour ceux ni s'amendent (I). Justinien confirma lui-même, plus tard et à iverses reprises, cette constitution (2). Procope appelle cela une chose détestable, a Nul des sénateurs, nul des antistions, dit-il, ne songea à s'y opposer, et ceux qui naguère avaient été les spectateurs de Théodora au théâtre du peuple, se prosternaient maintenant, les mains suppliantes, devant elle, comme ses esclaves.* Quand Justinien parvint au trône, l'invasion des Barbares dans le Midi s'était assise. L'Afrique et TEspagne étaient aux Vandales et aux Goths; les Gaules aux Francs, aux Bourguignons, aux Visigoths; l'Italie aux Oslrogoths, et les autres parties de l'Occident à d'autres bandes de Barbares. L'empire de Constantinople subsistait seul; il conservait encore l'épithète de Romain, qu'il aurait dû perdre avec Rome pour prendre celle de Grec. Il ne restait plus dans l'Orient des mœurs originaires de Rome que quelques mots, quelques souvenirs et plusieurs vices : le grec était la langue généralement répandue , le latin presque entière-

(1) €oD. 5. 4. De nupiiis, const. 23.

(S) NovKLLB 89, ch. 15. — Novillb 117, ch. 6.

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ment oublié dans Tasage vulgaire. Les disputes sur la religion et «ur le cirque agitaient tous les esprits. Sur la religion, des opinions nouvelles, émises par auelqnes-uns, combattues par d'autres, remplissaient Tempire de discussions théologiques, et divisaient les chrétiens en plusieurs sectes : les orthodoxes et les hérétiques, eulychiens, ariens on autres, qui toutes se réunissaient pour réprouver les iuifs et les idol&tres. Dans le cirque , les couleurs que prenaient les écuyers qui se disputaient le prix partageaient la ville en quatre factions : les blancs, les rouges, les bleus et les verts. C'étaient surtout ces deux derniers partis, les bleus (veneti) et les verts (prasini), dont les rivalités aigrissaient les esprits à Tèpoque de Justinien; et ces divisions, nées pour une cause frivole, s'étaient transformées graduellement en des divisions politiques ardentes et envenimées.

Justinien subit Tinfluence de cet état de la société. Ses lois et ses persécutions contre tous ceux qui n'étaient pas chrétiens orthodoxes ; le massacre qu'il ordonna de toas les juifs samaritains qui s'étaient révoltés dans la Palestine; Tardeur avec laquelle il embrassa le parti des bleus contre les verts; les résultats fâcheux qu'entraîna plus d'une fois cette prédilection ; enfin la sédition terrible des verts, dont il faillit être la victime, sont des conséquences de cette influence. La sédition dont nous parlons, qui eut lieu en 532, se compliqua de diverses causes de soulèvement : l'exaspération des verts parut la commencer; le mécontentement du peuple contre les exactions de Jean, préfet du prétoire, et de Trioonien, alors questeur, vint s'y jomdre; enfin elle se résuma dans la tentative de replacer sur le trône la famille d'Anastase, i'avant-demier empereur. Constantinople entière était soulevée, des sénateurs unis au peuple, Justinien assiégé dans son palais, et le nouvel empereur, Hypatius, neveu d'Anastase, proclamé et inauguré dans le cirque, lorsque Bélisaire, arrivé de Perse avec ses soldats, et Mundus, gouverneur d'illyrie, avec un corps d'Hérules, débouchèrent dans l'enceinte que remplissait le peuple. Plus de trente mille personnes, au dire des historiens, furent massacrées dans cette répression, et deux neveux d'Anastase, dont on parvint à s'emparer, Hypatius et Pompéius, furent, sur les ordres de Justinien, décapités, et leurs corps jetés au Bosphore.

Les guerres, les constructions architecturales et les lois forment les trois grandes catégories des actes de Justinien; les travaux ordonnés par lui sur ces trois points marchaient de front, sans que les nns suspendissent les autres.

Avec Bélisaire, le premier des généraux de Justinien, reparurent des soldats, la oiscipline, le courage, l'audace et les triomphes. Les Instituts et le Digeste n'étaient pas encore promulgués, que le royaume des Vandales était renversé dans l'Afrique, et cette contrée, rattachée de nouveau comme préfecture à l'empire, se divisait en diocèses , en provinces, recevait un Préfet, des

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Recteurs, des Présidents (an 533). Aussi Justinien, qui, dans le titre de ses lois, s'était contenté jusque*là des épithètes vulgaires de Pius^ Félix j semper Augu$tus, en publiant ses Instituts^ surcbargea-t-il son nom des surnoms de Alemannicus, Gotkicus, Francicus, Gertnanicus, Alanicus, Vandalicus, Africanus, et de plusieurs autres encore, dont la plupart ne lui étaient pasdus» A TAfrique succéda bientôt la Sicile, à la Sicile Tltalie, et enfin les Goths abandonnèrent Rome elle-même, dont les clefs furent, comme un gage de sujétion, envoyées à Constantinople. Mais prise» et reprises tour à tour par les Barbares et par les armées de Justi* nien, les villes d*Italie n'étaient pas encore définitivement recon quises. L'eunuque Narsès, qui remplaça Bélisaire, n'était pas indigne de cet honneur : il acheva glorieusement l'ouvrage de son prédécesseur. Livrant toute l'Italie à l'empire d'Orient, il reçut, sous le titre A' Exarque, le commandement de ces contrées, et s'établit à Ravenne, qu'il choisit pour la capitale de son Exarchai. Quant au vieux Bélisaire, tombé en disgrâce, accusé de complot, dépouillé de ses dignités et de ses honneurs, réintégré, mais trop tard, quoique dès l'année suivante, il mourut, et la poésie et la peinture s'emparant de ses malheurs , les ornant de tout le merveilleux de leurs fictions, l'ont montré les orbites bru lées par le fer et fermées pour toujours à la lumière, demandant aux passants, dans son casque, sous la conduite d'un enfant, une obole pour Bélisaire. C'est ainsi que la tradition poétique a imputé à Justinien un crime qu'il n'avait pas commis.

Ses guerres contre les Perses furent moins heureuses dans leurs résultats que celles d'Afrique et d'Italie. Il acheta plusieurs fois la paix de Chosroës, qui, une fois l'argent livré, recommençait presque incessamment ses attaques ; il finit par rendre l'empire annuellement tributaire des Perses d'une somme de cinq cents livres d'or. Des tributs semblables furent concédés aux Huns, aux Abares, aux Sarrasins et à d'autres Barbares, pour avoir leur paix ou leurs services militaires. Ce n'est pas Procope seul qui lui reproche ces tributs comme une honte et comme une chose funeste à l'empire, c'est Jean d'Épiphane, c*est Menander, ce sont la plupart des historiens de ces temps.

Quant aux travaux d'architecture de Justinien, ils ont fourni à Procope le sujet d'un ouvrage spécial [Deœdificiis), Il n'y avait ^ dit-on , presque pas une ville oii il n'eût fait construire quelque magnifique édifice ; pas une province où il n'eût bâti ou réparé quelque ville, quelque fort ou quelque château. C'est à lai qu'ap» partient la construction de Sainte-Sophie, ce temple chrétien transformé en mosquée par Mahomet II, dont s'enorgueillit encore aujourd'hui la ville de l'Islamisme, et dont la coupole majestueuse a servi de modèle à celles de Venise, de Pise et de Saint- Pierre de Rome. «Salomon, je t'ai vaincu! » s'écria Justinien lorsque Sainte-Sophie fut achevée ; et on rapporte qu'il y fit placer

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en effet, sculptée siir la pierre, Timage du grand roi dç Jémsalem , triste et la figure abattue , tandis qu'il contemple la basilique, comme s'Q déplorait de voir son temple surpassé. Mais les magnificences et les prodigalités architecturales des princes 3*achètent par Fargent et par la sueur des peuples. Justinien accabla Tempire d'impôts , il eut ^recours à toutes les ressources de la puissance impériale sur TÉtat, sur les provinces, sur les ailles, sur les particuliers, a et les masses d*or et d'argent accumulées de toute manière, disent les historiens, il les épuisa chaque jour, soit en tributs aux Barbares, soit en édifices. »

Les oeuvres législatives de Justinien ont' plus contribué à immortaliser son nom que ses guerres et ses édifiœs. Depuis que, sous Alexandre Sévère, s'était interrompue la série de ces hommes illustres qui , par leurs ouvrages , avaient porté la lumière et le raisonnement dans la jurisprudence, aucun grand jurisconsulte n*avait paru : l'étude des lois n'avait pas été entièrement abandonnée, mais elle n'avait produit que des hommes ordinaires, qui, se bornant à suivre les écrits laissés par les prudents et les constitutions des empereurs, occupaient les magistratures, diri-

Îeaient les plaideurs (advocati, togati)^ ou donnaient des leçons e droit (antecessores) dans les écoles publiques, parmi lesquelles s'élevaient celle de Conslantinople et celle de fiéryte. Ce n'étaient en quelque sorte, pour employer l'expression d'un poète, que les larves et les spectres des jurisconsultes anciens. Du reste, les plébiscites de l'ancienne Rome, les sénat us-consultes, les édits des préteurs, les livres nombreux des prudents, les codes de Grégorius, d'Hermogène, de Théodose, les constitutions de tous les empereurs venus ensuite, accumulés, confondus, se contredisant, s'étouffant, formaient un véritable chaos législatif. Ce fut ce chaos que la législation de Justinien eut pour but d'éclaircir. Entre tous les jurisconsultes qu'il employa à son œuvre, on distingue surtout Tribonien ou Tribunien, qui en a dirigé presque tous les travaux. Ce fut ainsi que Justinien publia successivement : le Codcj les cinquante Décisions , le Digeste ou Pandectes, les Instituts j la nouvelle édition du Code, et enfin les différentes NovelleSj dont la réunion forme ce qu'on nomme le Corps de droit de Justinien. 11 réorganisa aussi l'enseignement du droit et l'institution des écoles.

L'empereur ne survécut pas longtemps à Bélisaire ; il mourut en 565 , après un règne de 39 ans , ftgé d'environ quatre-vingtquatre ans.

fl fut on temps , à l'époque de l'étude générale et florissante des lois romaines en Europe, où c'était une passion d'attaquer ou de défendre sa mémoire; où les historiens et les jurisconsultes se divisaient en deux sectes : les iustinianistes et les anti^justinioF' nistes. Montesquieu est bien loin de l'épargner : « La mauvaise condnite de Juslinien, dit-il, ses profusions, ses vexations, ses

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rapines y sa farenr de bàtir^ de chausser, de réformer, son inconstance dans ses desseins, nn règne dur et faible, devenn incommode par nne longoc vieillesse , furent des malbenrs réek, mêlés à des succès inutiles et à nne vaine gloire. « Cest à peu près le résumé laconique des inculpations de Procope, d'Évagrius (1), d*Agatbias et de Jean Zonaras contre lui.

&édule à la flatterie, il se laissait dire par Tribonien, selon le témoignage d'un auteur contemporain, Hesycbins Milesius, qu*il serait enlevé an ciel tout vivant. Aussi , dans le langage oriental et byperbolique d*un grand nombre de ses constitutions, qui dépasse même celui de ses prédécesseurs, nous voyons les sujets autorisés à invoquer tan étemiié, sa boncbe est une bouche dwme, ses lois sont de dwùu oraclet, des soufflet divmt (2) ; c'est la trace, sans^ doute, de l'adulation de Tribonien. Avide d'immortalité, il faisait imposer son nom à toute chose, jusqu'à la superbe colonne de Théodose le Grand, dont il faisait arracher la statue d'argent, pour

t substituer la sienne. On compte dix-neuf villes , sur toute la sur* ce de l'empire, qui reçurent son nom. La forteresse de Mysie, le port de Byzance, le palais impérial, le diadème, la lettre J, ses livres de droit, les étudiants des écoles, plus de douse magistratures, des corps de milice, tout cela s'appelait Juttinianeen,

La même prodigalité existait pour Théodora : et sans doute, sur ce point, le servilisme des courtisans asiatiques venait en aide à l'orgueil de l'empereur et de l'impératrice. « Lorsque Justinien fut parvenu à l'empire, dit Jean Zonaras, il n'y eut pas un seul pouvoir, mais deux ; car sa femme était non moins , mais peut-être plus puissante que lui. » En plus d'une occasion, il lui remit le sceptre qu'il aurait dû porter lui-même; rendant des lois à sa demande; la citant dans ses constitutions comme son conseil dana le gouvernement; les titres, les triomphes, les inscriptions sur les monuments publics, même le serment des fcmctionnaires, étaient communs à l'un et à l'autre.

Du reste, Justinien se piquait d'être versé dans l'étude de la philosophie, de la théologie, des arts et des lois; il décidait de son autorité des controverses théologiques^ il traçait lui-même le plan de ses monuments, il revisait ses lois. Le projet qu'il conçut personnellement .de les réformer et de les codi6er, quoique em-

t^runté à de précédents essais, suffit pour honorer son intelligence égislative. Il eut le mérite de persévérer dans sa volonté, et d'amener à fin ce grand ouvrage.

Les jurisconsultes, surtout ceux de l'école historique, lui ont reproché amèrement d'avoir, dans son corps de droit, mutilant sans respect les anciens auteurs, défiguré leurs opinions et celles des empereurs. Agissait*il en historien ou en législateur? Devait-il donner à ses sujets un tableau de la science du droit ancien, ou

(1) KvAGRius, liv. 4, ch. 29 et 31. — (8) God. il. 0. S, const. ValenU Tbcod. et Arcad. — i. 17. | 6, contt. Jostiniao.

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devait-il lear donner des lois? Il ne faut pas juger les choses par rapport à nous, à qai Justînien ne songeait pas, mais par rapport aux habitants de Constantinople et de Tempire. D* ailleurs, pour être équitable, ce n*est pas le corps de droit de Jnstinien, mais la barbarie qa*jl faut accuser de la perte des manuscrits des anciens monuments du droit.

La plupart des changements lésnslatifs qu'introduisit Justinien sont heureux pour son époque ; u ne s'agissait plus de Rome , d'institutions aristocratiquement républicaines, ue droit rigoureux : écartant ce qui n'était alors pour l'Orient que subtilités inutiles, il créa plusieurs systèmes plus naturels, partant, plus simples, plus équitables ; il ne laissa plus que quelques traces de ce qa*on appelait le droit strict; et, dans une novelle, il finit même par les efiacer entièrement, en détruisant ce qu'il y avait jadis de plus caractéristique dans ce droit, la composition civile des familles et les droits attachés à cette composition. Il ramena cette partie essentielle du droit civil à l'observation de la parenté naturelle , des liens du sang. Sa législation sur les esclaves et sur les a&anchis fut également douce et chrétienne.

Une ebose qu'il est important de remarquer, c'est que ce n'est pas le corps de droit de Justinien qui a été recueilli, compulsé et arrangé par les Barbares dans leurs établissements européens ; ce sont les écrits des anciens jurisconsultes romains , les constitutions du Code tbéodosien; c'est de là que furent tirées la loi romaine des Visigoths et la loi romaine des Bourguignons. Nous étudions dans nos facultés les lois de Justinien seules , oubliant entièrement les autres, et cependant ce ne sont point ces lois ou'on rencontre en remontant aux premiers temps de la formation de notre monar* chie. Mais, au moyen ftge, lorsque l'étude du droit romain fut ravivée et propagée en Europe, ce fut sur le corps de droit de Justinien qu'elle s'appliaua , et certainement la législation de cet empereur, plus naturelle et plus humaine, exerça alors sur la civilisation européenne une influence que n'aurait pu avoir le droit subtil et contre nature qui l'avait précédée.

D est devenu vulgaire cependant, comme un dicton, de repro* cher à Justinien ses idées d innovations successives, ce Code modifiant le Digeste et les Instituts, ces Novelles modifiant le Code, et se détruisant quelquefois entre elles ; ce qui a conduit jusqn'è cette imputation, calomnieuse contre lui, qu'il aurait participé an trafic infime dont Tribonien a été accusé^ dans la vente à prix d'or des jugements et même des lois.

En somme, Justinien a été un empereur guerroyant , architecte et législateur : de ses guerres il n'est rien resté; de son architecture, quelques monuments; mais ses lois ont régi le monde, et forment encore la base des législations européennes.

An dernier rang, la guerre; au-dessus, les arts; et au-dessu» encore, les institutions!

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