‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 128 sur 534 · LA LANGUE. — LES ACADÉMIES · texte numérisé non relu

LA LANGUE. — LES ACADÉMIES

La plus belle création littéraire de xvie siècle, la langue de iher, se gâta au sein d’une barbarie nouvelle. Le haut enseitement se faisait en latin. Dans les réunions mondaines, dans commerce épistolaire, il était de bon ton d'employer le français. ant au vieil allemand, « pur et ordinaire, et intelligible pour tout le monde », comme disait l'historien Aventinus, on l’abannait à la multitude illettrée; et lorsqu'on daignait s’en servir, oulait du moins le relever par un mélange de mots étrangers. Mation se divisait peu à peu en plusieurs fractions, qui vivaient Parées l’une de l’autre et qui se connaissaient à peine. L’uni- TSité faisait de la science un monopole; elle la confinait comme M$ une enceinte sacrée. L'aristocratie se croyait élégante, et était que maniérée. Quant à cette bourgeoisie qui avait inspiré dittérature du xve siècle, et qui avait soutenu la Réforme à ses buts, elle se sentait méprisée et cessait peu à peu de participer ä ie nationale,

L "IMITATION FRANÇAISE

Quelques hommes EU le danger qu'il 25 ju à ép piller ainsi Jes forces vives de la nation. Le jurisconsulte Christ Thomasius soutint cette opinion, alors nouvelle, que la première condition d’une vraie culture philosophique et littéraire était ur échange d'idées entre toutes les classes et l'emploi d’une langue

‘commune. Il fit publier, en 1687, sur le tableau ñoir de l’univer-

sité de Leipzig, un programme fe cours en allemand; et il pro: nonça devant ses auditeurs un Discours sur la manière d’imiter le Français, qui est plein d'observations judicieuses, et qui fut peut

; être une des causes de son bannissément. Il ne faut emprunte

aux Français, dit-il, que leurs bonnes qualités. Ce sont, ajoute-t-il les plus habiles gens du monde, et qui savent mettre de la vie en toutes choses : non seulement ils écrivent presque toujours êr français, mais ils traduisent les meilleurs auteurs latins et grecs et même par occasion des auteurs allemands", / L'école piétiste, dont Jacques Spener étaït le chef, contriié également, dans une certaine mesure, à dépouiller la science d son appareil scolastique. Reprenant l’œuvre des mystiques nt xive siècle, les piétistes combattaient le dogmatisme au nom d sentiment religieux, et leurs efforts tendaient indirectement rétablir dans ses droits la langue nationale, seule expressio fidèle des mouvements de l’âme.

Rien n’était assurément plus utile que de relever le vieil idio des Nibelungen de l’injuste oubli où il était tombé; mais il fallai pes rendre la fraîcheur, la pureté, la correction, qui convienné en à une langue cultivée. C’est ce qu'entreprirent les sociétés lit té raires créées à l’instar des académies italiennes,-et qui forment: u

\ côté curieux de la vie allemande au xvir siècle. La plus ancienhe j celle qui resta le modèle des autres, la Société fructifère, fu

fondée, en 1647, par quelques princes de Weimar et d'Anhalt Elle eut son siège d’abord à Kœthen, ensuite à Weimar et enfil 2: | Halle. Ses premiers membres furent pris dans l'aristocratie, mai on y admit bientôt un nombre considérable de gens de let appartenant à la bourgeoisie. Dans l'intention louable, mais

chimérique, d’effacer les distinctions du rang, on prenait de

noms symboliques. On s'appelait le Discret, le Laborieux, le N '

nachahmen solle, Leipzig, 1687. — Thomasius ne aussi la première revue : tifique en allemand, les Dialogues mensuels (Monatsgespräche), qui pare Leipzig de 1688 à 1690. \

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sant, le Mordant, le Savoureux, le Rafraïchissant, ou bien core, par ironie sans doute, l’'Endormant. D'autres noms sont aucoup plus étranges; quelques-uns sont intraduisibles. Au il, la noblesse eut toujours la haute main; la présidence ne uvait appartenir qu’à un prince. L'emblème de la société était palmier, accompagné de cette devise : « Tout avec fruit » (Alles | ENutzen). Le but était « de conserver et de pratiquer la langue nère, dans la conversation, dans la littérature et dans la poésie, le lui garder son caractère propre, de la préserver de tout mélange, de la maintenir dans sa beauté et dans sa pureté priwitives ». Les séances étaient parfois consacrées à des cérémo- S, puériles, mais souvent aussi à d’utiles délibérations. La 1été approuva, par exemple, les travaux de Schottel sur la mmaire et la versification. Le traité d'orthographe de Gueinz “écrit sous son inspiration. Prenant son point d'appui en e, elle étendit son influence sur toutes les contrées du Centre du Nord. Après la mort de son dernier protecteur, Auguste de es en 1680, elle s'éteignit peu à peu, non sans laisser queles souvenirs dans cette ville de Weimar qui fut son siège prinal et dont elle sembla préparer de loin les glorieuses destinées ?. autres pays allemands voulurent avoir leurs académies ; mais une n’atteignit le même degré de célébrité et d'importance. Société du Pin ne s'étendit guère au delà des murs de Strasa L'Ordre des Cygnes de l’Elbe, dans le Holstein $,ne survécut \a,son fondateur, Jean Rist, mort en 1667. Par contre, la Société manophile de Hambourg dura près d'un demi-siècle, grâce activité de Philippe de Zesen, qui joignait à un talent poétique ez remarquable l’ardeur d'un chef d'école et d’un réforma- Du langage. Fondée « le premier jour du mois des roses », fsä-dire le 1°" mai de l’année 1643, elle se ramifia en plusieurs

Justus Georg Schottelius, Teutsche Sprachkunst, Brunswick, 1651: Teutsche - oder Reimkunst, Francfort-sur-le-Mein, '655; Ausführliche Arbeit von der schen Haubtsprache, Brunswick, 1663. — Christian Gueinz, Deutsche Rechtschrei- , Halle, 1645.

Lhistone de la Société fructifère (Fruchtbringende Gesellschaft) ou de l'Ordre ’almier (Palmenorden), comme elle s'appelait aussi, fut écrite par un de ses bres, George Neumark, dont l'ouvrage, Der Neu-Sprossende Teutsche Palnt fut imprimé à Nuremberg, en 1668. Gœdeke a pris la peine de relever les et les épithètes honorifiques de tous les membres de la société. (Grundrisz 5989 vol., Dresde, 1887; p. 6.)

Die Tannengesellschaft.

Der Elbschwanenorden.

Die Deutschgesinnte Genossenschaft.

L "TMITATION | FRANÇAISE,

confréries, qui adoptèrent comme signes distinetifs ke ES, la E et la Giroflée. Le rameau principal garda l'emblème de la Ros Mais la plus originale, sinon la plus utile de ces académies f celle des Bergers de la Pegnitz, ainsi nommée dé Ja petite riviè qui arrose Nuremberg. Elle portait dans ses armoiries la flûte. ( Pan, à laquelle on ajouta plus tard une grenadille. Son premi président fut le poète. Harsdærffer. Les sociélaires prenaient d noms empruntés à la pastorale grecque. Dans un bosquet dispo: aux environs de la ville, chacun pouvait se construire une caban H sembla qu’on voulût ar l'Arcadie de Sidney : ce livre veña d'être traduit en allemand. Nuremberg, la patrie des maîtres cha teurs, s’est montré de tout temps favorable aux associations litt raires. Les Bergers de la Pegnitz continuent de se réunir jusqu nos jours, mais ils ne prétendent plus gouverner la littérature L'Académie champêtre de Nuremberg marque décidément

déclin de ce genre d'institutions. Les projets sérieux, chimériqu ou non, étaient oubliés; on s'en tenait à des Jeux bizarres.

semble, en général, que l'importance des associations littérair du xvure siècle ait été exagérée par quelques historiens. El crévrent un lien entre la noblesse et les gens de lettres : cesf peut-être la partie la plus utile de leur œuvre. Mais, dans

réforme du langage, elles procédèrent sans principes. Ni Har dœrffer, ni Philippe de Zesen, ni aucun de leurs plus zélés. coll gues, ne semblaient se douter que le développement des langu est soumis à des lois. Dans la proscription générale dont ils fs naient les mots d'origine étrangère, ils comprenaient ceux q l'usage avait sanctionnés ct déjà même transformés. Lorsqu' créaient à leur tour, pour remplir les vides qu'ils faisaient, ne tenaient aucun compte des analogies naturelles. Ils croyaie qu'il suffisait, pour rendre une expression viable, d'en cherch les éléments dans le fonds authentique et pur de langage 1 nat nal. Ils firent des composés qui n'étaient souvent que des mél phores grotesques ou des barbarismes. Ils négligeaient, en mot, de faire entrer dans leurs combinaisons le seul facteu aurait pu en assurer le succès, l'usage populaire?.

1. L'histoire de la Société (Gesellschaft dér Pegnit:schàfer), du moin premicr siècle de son existence, a été racontée par Jean Herdegen, appek rantes (Nuremberg, 1744).

2. À consulter : O. Schulz, Die Sprachgeselischaften des XVII. Jahrh Berlin, 1824; — F. W. Barthold, Die Fruchtbringende Gesellschaft Berlin, !

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