LIMITATION
then’. C'était un étrange début pour un réformateur de littérature allemande. Déjà cependant il nourrissait d'autre ambitions que celles d'un bon latiniste; car: il publia presq a@ésitôt son traité intitulé Aristarque, ou du mépris de la langue allemande, où il conviait ses contemporains à une lutte ave
l'université de Francfort-sur-l'Oder, il voyagea. A Heidelberg et
à Strasbourg, il se trouva pour la première fois en contact. presque immédiat avec la littérature française. La guerre l'ayant” éloigné du Palatinat, il visita la Hollande, où il connut Daniel
Heinsius, un autre imitateur de la France, et dont la poésie fut,
dit-il, la mère de la sienne. De retour dans son pays natal,
en 1621, il passa par divers emplois de cour. Le duc de Liegnitz. lui ut une mission à Vienne, où il reçut de l’empereur Ferdi-. mand II le titre de poète lauréat. Il fut même anobli, et prit lé nom de Boberfeld, de la petite rivière, la Bober, qui arrosé,
Bunzlau. Il fut membre de la Société Re sous le pseu-
donyme du Couronné. Un de ses derniers voyages, qu'il fit pour
le compte du burgrave de Dohna, et peut-être avec une mission
diplomatique de la cour de Vienne, le conduisit à Paris, où il fut
1. Strenarum libellus, Gœrlitz, 1616. — Un des protecteurs d'Opitz lui crétisi ädé lors la double gloire du critique et du poète; car, au revers du titre, on lit ce ee:
« Musa, Minerva, Crisis, sibi te legere ministrum: :
« Fungare officio fac bene, Phœbus eris. » Ë
Éditions et ouvrages à consulter. — La première édition des œuvres s d'Opitz fat faite par Zincgref, à Strasbourg, en 1624 (Auserlesene Gedichte Deutscher Poeten réimprimé par W. Braune, Halle, 1879). On y joignit les œuvres de trois écrivait qu'Opitz pouvait considérer comme ses précurseurs, et qui l'avaient devañcé dan
l'application de certaines réformes : C’étaient Paul Schede dit Melissus, Pierre.
Denaisius et Rodolphe Weckherlin. On y ajouta aussi un grand nombre de poésies
. l'antiquité, en leur montrant que l'allemand avait toutes les qualités d’une langue littéraire?. Après une année passée à
médiocres dues à des disciples et à Zincgref lui-même. Le but de la publication.
était, selon la préface, « d'un côté, de prouver aux étrangers qu'ils se trompai - s'ils s’imaginaient avoir tiré derrière eux l'échelle qui leur avait servi à mo au Parnasse, et, de l’autre, de montrer aux Allemands ce qu'ils étaient capa de faire dans leur langue, pour peu qu'ils le voulussent. » — Deux éditions fur. publiées par Opitz lui-même, et huit autres suivirent dans le courant du xvni° siècl La plus complète de toutes est celle de Breslau : 8 vol., 1690. — Voir : Strehl Martin Opitz von Boberfeld, Leipzig, 1856. — Sur l ensemble de la période, consulter Palm, Beiträge zur Geschichte der deutschen Litteratur des X VI. und XVII. Jahrhu derts, Breslau, 1871; et K. Borinski, Die Poeltik der Renaissance, Berlin, 1886. — choix des poésies d'Opitz a été publié par Tittmann, avec une introduction (Leipz
Kürschner).
2. Aristarchus, sive de contemtu linguæ teutonicæ, Beuthen, 1617.
1869), et par Œsterley (dans la collection : Deutsche Mn |
$ avec le jurisconsulte Hugo Grotius et avec De Thou, le fils de listoricn. Après la mort de Dohna, il entra au service du roi idislas de Pologne. Il n'avait que quarante-deux ans, lorsqu'il Ourut, victime de la peste, à Dantzig, le 20 août 1639.
Opitz a été appelé le Malherbe allemand. Au fond, il est infé- v
ur à Malherbe, et pour l'invention et pour le style, et son fluence fut béaucoup moins durable. S'il fallait chercher pour un terme de comparaison dans la littérature française, le nom Ronsard se présenterait le plus naturellement. Hugo Grotius prédit, dans une poésie latine, qu’il sera pour l'Allemagne ce e Pétrarque à été pour l'Italie, Ronsard pour la France, Van "Does pour la Hollande !. Si Opitz avait pu exprimer sa pensée :rèle, c'est sans doute à Ronsard qu'il se serait égalé. Sa preère admiration fut pour la Pléiade française du xvie siècle rsqu'il arriva à Paris, en 1630, Malherbe venait de mourir. is son autorité était plus grande qu’elle n’avait Jamais été de 1 vivant. Opitz put constater que la Pléiade pâlissait devant tré nouveau. Dans une épître en vers à son ami Zincgref, il le du changement qui s’est opéré dans l'esprit du public parin, avec un étonnement qui ne paraît pas exempt de regret, et ‘que sur le ton d’un homme qui renonce avec peine à une 1510n. « Ronsard, » dit-il, « n’est plus appelé un poète, Du Bellay
Sbiraité à l’égal d’un mendiant, Du Bartas passe pour obscur, ”” farot ne parle plus le vrai français, Jodelle et Baïf ne sont plus onformes à la mode actuelle. » Peut-être, à la vue de ces gloires .
iémères, craignait-il pour lui-même un retour semblable de mon ; car il ajoute : « Il ne suffit pas ici de forger des phrases, rimer des pensées au hasard, et d’être le bourreau des mots?. » “exposition la plus complète du système d’Opitz se trouve dans
« Petrarchæ quantum serior Italia, « Quantum florilegis Ronsardi Gallia Musis, « Vel mea Dousæis patria carminibus :
« Tantum Teutonici debet tibi nominis, et quod Se « Nunc viget, et quantum sæcla futura dabunt. »
« Es ist hier nicht genug, die arme Rede zwingen, « Die Sinne über Hals und Kopf in Reime bringen,
Der Wôrter Henker sein.
Hier sah ichs zu Pariss, da Ronsard nicht Poete Mebr heiïsset, wie vorher, da Bellay betteln geht, Da Bartas unklar ist, da Marot nicht versteht Was recht franzôsisch sei, da Jodel, da Baïf Nicht also reine sind, wie jetzt der neue Grieff Und Hofemuster will. »
RRLLASE:
vs
. L “MITATION FRANÇAISE. |
son Livre de la Poésie allemande, où l'on peut suivre aussi, à P
des citations et des emprunts, la filiation naturelle de son espril Ce n’était qu’une esquisse, car il l’écrivit en cinq jours. Mais pratiquait depuis des années les règles qu'il prescrivait, et
donnait à la fois les fruits de ses lectures et de son expériem
; Dans la préface, il désigne comme ses prédécesseurs Aristote
Horace parmi les anciens, Vida et Scaliger parmi les modern: Mais son vrai maître, celui dont il invoque constamment l'au: rité et l’exemple, c'est Ronsard. Il explique d’abord l'origi divine de la poésie, et, pour r répondre à ceux de ses conte} rains qui traitaient les poètes de gens inutiles et même dan, reux, il montre les sages des anciens temps, les Linus,
Orphée, Homère même ét Hésiode, entourant la vérité de « fab « plaisantes et colorées », pour la faire accepter des hommes haut le mot de Ronsard : « La poésie n'était au premier
« qu'une théologie allégorique?. » Il rappelle aux Allemar
qu’ils ont eu autrefois des bardes pour chanter leurs hauts fa Les chants des bardes sont oubliés, aussi bien que les poèmes la chevalerie; mais il rèste l'antiquité grecque et latine, où Italiens et les Français ont puisé d’abord, où les nations mo
heureuses doivent se rafraîchir à leur tour. « Ce serait pe
« perdue, si quelqu'un s’essayait à la poésie allemande avant « s'être bien pénétré des auteurs grecs et latins, lors même qu « nature l’eût fait poète : toutes les règles nécessaires à la po « n'auraient aucune prise sur lui. » On voit ce que Martin Op
: à l'exemple de Ronsard, exige du poète : : c'est d’abord l'insp
tion, ensuite la connaissance des règles, mais surtout l'étude } Sévérante des anciens. Pour la langue, il veut qu’on s’en tien
Ÿ haut-allemand, tel qu’il a été fixé par Luther; et, sous ce rapp
Opitz fit, en effet, pour la poésie ce que Luther avait fait pou prose. Le haut-allemand fut désormais la langue poétique L:
1. Martini Opitii Buch von der Deutschen Poeterey, Breslau, 1624. moderne de W. Braune, Halle, 1876. à
9. Ronsard, Abrégé de l'art poétique françoys, 1565. — « Die Poe :« anfanges nichts anders gewesen als eine verborgene Theologie, und un von Güttlichen sachen » (chapitre 1).
3. « Und halte ich es für eine verlorene arbeït, im fall sich jemand an deutsche Poeterey machen wolte, der, nebenst dem das er ein Poete vo sein muss, in den griechischen und lateinischen büchern nicht wol durch i ist, und von ihnen den rechten grieff érlernet hat; das auch alle die « welche sonsten zue der Poosie erfodert werden, bey ihm nichis v « kônnen » chapitre 1v).
ù gne. Parmi les qualités du style, Opitz considère la pureté et
clarté comme les premières. Il conseille d'y ajouter l'élégance à
la noblesse, qu'on atteindra surtout par de belles épithètes. Il ‘ommande-les mots composés, « qui, employés avec mesure, nnent une grâce singulière au discours ». Et, pour donner exemple, il traduit littéralement un passage de Ronsard, où quilon est appelé le chasse-nue, l’'ébranle-rocher, l'irrite-mer *. Il
dtenfin que le vers soit scrupuleusement exact. Opitzestpartisan , Valexandrin, et c’est peut-être le seul point où il se sépare de Ÿ
nsard. Celui-ci, en effet, après avoir d'abord préconisé l’alexanin, le trouva plus tard trop voisin de la prose?. Opitz adopta vers comme particulièrement conforme à la langue allemande, a une alluré moins brève, dit-il, que la française. Ce fut l’héage le plus lourd qu'il transmit à ses successeurs. IL avouait, L reste, que c'était une forme difficile à manier. Mais les poètes inn'étaient pas assez sûrs d'eux-mêmes n’avaient-ils pas la resurce de l’imitation, de la traduction même? C’est le dernier nseil qu'il donne : qu'on emprunte sans scrupule aux écrivains rangers ; on enrichira ainsi la langue nationale, et l’on ne fera ie suivre l'exemple des Français, des Italiens et des Latins euxêmes.
Opitz n'avait pas d'autre méthode, Il s'est essayé dans les nres les plus divers. Ses œuvres comprennent des odes, des nnets, des épigrammes, des pastorales, des poèmes idylliques “moraux, surtout des poésies de circonstance. Dans chaque nre, on connaît ses maîtres et ses modèles. Il s'est toujours evé, par degrés, de la traduction à une imitation plus ou moins bre, sans atteindre à une vraie originalité. Le recueil de ses pièces riques ressemble presque à une anthologie des poètes anciens “modernes. Le génie n’a ordinairement qu'une forme, qui est | sienne ; mais l’imitateur, pour peu qu'il soit habile, s'adapte 4:
1° « Als wenn ich die nacht oder die Music eine arbeittrôsterinn, eine kummeérwenderinn, die Bellona mit einem dreyfachen worte kriegs-blut-dürstig, und So fortan nenne : item den Nortwind einen wolckentreiber, einen felssenstürmer und mecrautfreitzer : wie ihn Ronsardt (denn die Franzosen nechst den Gric-
chen hierinnen meister sindt) im 202. Sonnet seines andern buches der Bublersachen heisset :
3% « Fier Aquilon, horreur de la Scythie,