‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 134 sur 534 · GRYPHIUS · texte numérisé non relu

GRYPHIUS

n Bu poète de l’école était jugé presque l'égal d’Opitz : t André Gryphius. On De avoir trouvé en lui ce rare ie.de la poésie dramatique qu’on enviait aux nations voisines. s Gryphius n était ni un Shakespeare ni un Corneille, et, lors ne qu'il l'eût été, il aurait pu créer tout au plus une sorte de ne savant, sans Mn profonde. La poésie lyrique et destive s'inspire d'elle-même, se suffit à elle-même; son heure toujours venue. Mais le théâtre dépend de Hille conditions rieures. Corneille et Shakespeare doivent une partie de leur l :ès à leurs prédécesseurs et à leur public même. Ce qui manibsurtout à l'Allemagne du xvire siècle, c'était une tradition

laquelle pût se fonder un théâtre à la fois littéraire et onal.

| g « Gott des Himmels und der Erden, —. « Vater, Sohn und Heïlger Geist, £e « Der es Tag und Nacht lässt werden, « Sonn’ und Mond uns scheinen heist « Dessen starcke Hand die un Und was drinnen ist, erhält.…

en oder Melodeyen, Kœnigsberg, 1638-1650. — Édition moderne de L. H. Fischer

‘he des Künigsberger Dichterkreises, Halle, 1883. — Simon Dach a survécu ‘à 1n6 chanson en dialecte bas-allemand, Annette de Tharau.

l'antiquité lui était familière ; il apprit même l'hébreu, les

. mais qu'il ne pratiquait encore que timidement. Une tr

| L'IMITATION FRANÇAISE

Au reste, Gryphius élait fait, par les qualités de son pour occuper une des premières places dans une école poé à laquelle -toutes les sources d'inspiration étaient ou excepté la seule féconde, le sentiment national. Il était plus érudit que poète. Il parlait plusieurs langues mo

et le chaldéen. Les malheurs de sa vie, en l’arrachant, deu heure au sol natal, servirent encore à étendre son horizon. Glogau en Silésie, le 41 octobre 1616, fils d'un pasteur, il per son père dès l’âge de cinq ans. Sa mère se remaria, MOUrt d'années après, et son beau-père, qui était également pa s'occupa de son instruction. Il suivit les écoles de Glogau,

{ Gærlitz, de Fraustadt, et enfin de Dantzig, où se trouvait, al

Opitz, le maître incontesté, qui encouragea, dit-on, ses prémi essais. [' débuta, vers 4635, par un drame sur le roi des À Hérode, aujourd’hui perdu, et par un recueil lyrique intit le Purnasse renouvelé !. L’attention se porta sur lui. Le comte Schænborn, dont il éleva les enfants, le prit en amitié, le nom poète lauréat et l’anoblit. Dans un temps où l'on imitait pal cipe, l'éducation d’un poète ne se complétait que par des vo Après la mort de Schænborn, Gryphius voyagea, moins p voir et observer que pour étudier les modèles de près. Il tourna d’abord, comme l'avait fait Opitz, vers les Hollandais passa cinq années à Leyde, de 1638 à 1643, se fit attache à grande université de cette ville, et enseigna successive disent les contemporains, la logique, la métaphysique, 1: graphie, l’histoire, les antiquités romaines, l'astronomie, LOF l'anatomie, même la physiognomonie et la chiromanci études favorites dont on retrouve la trace dans ses ouvra entra en relations avec Héinsius, apprit à connaître le | de Vondel, et publia deux livres de sonnets chez Elzevit de ses cours à l’université fut annoncé comme collegium traÿ il étudiait l’art pour lequel il réservait les forces de son âg

des Gibéonites de Vondel, qu'il fit à Leyde, s'est retrouv ses papiers. Après avoir quitté cette ville, il visita l’Angleterr France, l'Italie, et passa encore une fois par la Hollande av

1. Erneuerter Parnassus, Dantzig, 1635, | 2. Son- und Feyrtags-Sonnete, Leyde, 1639, — Édition moderne Pr

Halle, 1883,

LA PREMIÈRE ÉCOLE DE SILÉSIE. pe à te irner en Allemagne. Il fut nommé ensuite syndic de sa ville lé, et c'est à Glogau qu'il termina ses principaux ouvrages. ourut en 14664; il avait été reçu peu de temps auparavant M'Académie fructifère, sous le nom de l’ « Immortel »,

Wie des poètes silésiens est le meilleur commentaire de leurs S. On remarque partout, chez eux, cette curiosité inquiète, écupée avant tout de ce qui se passe hors de l'Allemagne. )hius avait vu les théâtres d'Amsterdam, de Londres, de Paris. e les divers systèmes qui s'offraient à lui, il n'hésita pas : il rononça pour la régularité française. Il observe minutieusetla règle des trois unités. Il a même soin d'indiquer l’heure

action commence et l'heure où elle finit; il ne veut pas qu'on »

se le trouver en défaut sur ce point. Mais, au fond, tout se it chez lui à un procédé mécanique. Sans tenir compte des :ssités du sujet, il taille extérieurement sa pièce, pour la faire ér dans le moule convenu. Dans celle de ses tragédies qui fépour la meilleure, Cardénio et Célinde, tout le premier acte >0nsacré au récit d'événements qui précèdent l'action. près avoir pris les trois unités aux Français et aux Hollandais, phius emprunta le chœur à la tragédie grecque. Mais le chœur pas, chez lui, un personnage collectif qui a sa place dans momie de l’ensemble; il est le plus souvent composé d'êtres goriques ou surnaturels. Dans Catherine de Géorgie, une tra- (éwsacrée qui représente le martyre de la reine Catherine, onnière du schah de Perse, ce sont les ombres des princes ont été égorgés par le schah. Dans Charles Stuart, Gryphius dib preuve d’une certaine hardiesse en mettant au théâtre un iement contemporain; et, pour agrandir le sujet, il évoquait ortège funèbre des rois d'Angleterre qui avaient péri de mort ente. Mais dans la même pièce figure, par une étrange fusion, le chœur des Sirènes. La tragédie de Papinien exalte >ourage du jurisconsulte romain qui aima mieux mourir de se faire l’'apologiste d’un meurtre; il est vengé par les les, que Thémis fait sortir du sein de la terre. Au fond, rien t plus éloigné de la forme classique que les ouvrages draques de Gryphius. Son inexpérience se trahit surtout par ‘cherche maladroite de l'effet. Il veut frapper, étonner à

Le sujet de Cardénio et Célinde a été repris, dans les temps modernes, par m ‘4 et par Immermann.

TE

L rrATION FRANÇAISE. ’

tout prix. Dans Catherine de Géorgie, un Le mn scène la tête sanglante de la martyre. Dans Papinien, le corp 7 héros et celui de son fils sont exposés devant les regards so spectateurs, et servent de thème aux derniers chants du cit :N Le style est souvent déclamatoire : Gryphius annonce déjà, : ce rapport, la seconde école de Silésie. Ce que son théâtre ( pour nous de plus intéressant, ce sont quelques scènes de mc contenues dans ses comédies. Peter Squenz est la reproduc libre d'un intermède du Songe d’une nuit d'été, que les coméd anglais avaient rendu populaire en Allemagne 1, Dans le capit 3 Horribilicribrifax, le poète ridiculise à la fois les faux brave < les faux savants. On parle toutes les langues dans cette comté Fa sans en excepter l'allemand. C’est une peinture, parfois gr çante, mais toujours expressive, de l’état moral de l'AISS au sortir de la guerre de Trente Ans. / Un certain pessimisme règne dans les ouvrages d'André [ Von Ce qu’il montre dans ses tragédies, ce n’est pas l'hor f Juttant contre la destinée, c’est plutôt la vertu qui souffre et se résigne. Ses comédies offrent l'image d'une société qu découragement livre aux plus mauvais instincts. Il épanch tristesse dans ses poésies lyriques, qui plaisent par la since du ton, malgré la rudesse du style et la pompe des épithète termine un sonnet, où il peint les ravages de la guerre, ces mots : « Je n’ai point parlé de ce qui est pire que las « plus cruel que la peste, l'incendie et la famine : beaucoup d' « nous se sont laissé ravir jusqu'aux trésors de l’âme. » Dan: autre sonnet, qui à pour titre Dominus de me cogitat, il sc aux A ouEs de sa vie et à la seule consolétion qui lui rest

Dans ma première fleur, dans les tendres jours de mon pH — la mort implacable m’a rendu orphelin: — Je me suis vu ent d’une nuit de tristesse, et la maladie — à étendu sur moi son per dévorant. Je ianguissais dans une peine incessante.

Les soupirset les gémissements remplssaient mes jours.— Les cle sur lesquelles maintes fois je m’appuie — se sont ébranlées, héla: ont craqué sur leur base. — Et le chagrin que je porte, je le porte:

Mais non, le Dieu fidèle me tend sa main ; il a les yeux ouverts moi; — son cœur s’embrase pour moi d’une tendresse paternell Ne suis-je pas son enfant, confié à sa garde?

l. D'autres imitations avaient précédé celle de Gryphius. Lui-même

ses miracles éclatent, quand nous sommes à bout; — il montre sa issance, quand notre force est évanouie. — Il se découvre tout à up, quand nous croyons qu’il disparaît à nos yeux.

Le sonnet religieux était devenu, entre les mai le forme savante du Cantique. Mais le cantique proprement dit continuait soit au sein de l’école, soit à côté d'elle; c'est même seul genre de poésie dans lequel on puisse reconnaître un veloppement régulier depuis le xvi° jusqu'au xvur” siècle, c’estdire jusqu'au seuil de la période classique ?.

ns des Silésiens,

« « In meiner ersten Blüt, im Frühling zarter Tage . « Hat mich der grimme Tod verwaiset und die Nacht « Der Traurigkeit umhäüllt; mich hat die herbe Macht Der Seuchen ausgezehrt. Ich schmacht’ in steter Plage,

« Ich teilte meine Zeit in Seufzer, Not und Klage ; « Die Mittel, die ich oft für feste Pfeiler acht,

« Die haben, leider! all’ erzittert und gekracht :

« Ich trage nur allein den J ammer, den ich trage.

…« Doch nein! der treue Gott beut mir noch Aug’ und Hand « Sein Hertz ist gegen mir mit Vater-Treu entbrant ; « Er ist's, der jederzeit vor mich, sein Kind, muss sorgen.

« Wenn man kein Mittel find,.sieht man sein Wunderwerck ; « Wenn unsre Kraft vergeht, beweist er seine Stärck’; « Man schaut ihn, wenn man meint, er habe sich verborgen. »

“Gryphius fit un dernier recueil de ses œuvres, un an avant sa mort (Andre phü Freuden- und Trauer-Spiele auch Oden und Sonnette, Breslau, 1663). Une ion plus complète fut donnée par son fils Christian Gryphius, qui eut lui-même certaine réputation comme poète lyrique (2 vol., Breslau et Leipzig, 1698). — ion moderne de H. Palm : Lustspiele, Tubingue, 1878: Trauerspiele, Tubingue, 2 Lyrische Gedichte, Tubingue, 1884. — Un choix des œuvres de Gryphius a publié Par le même, dans la collection des classiques allemands de Kürschner:;

hoix du théâtre, par Tittmann (Leipzig, 1870). — A consulter : W phius et la Tragédie allemande au X V11° siècle, Paris, 1893. ‘Far

ysocki, Andreas

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