BALTHASAR SCHUPP, — ABRAHAM. A SANTA CLARA
On peut ranger à la suite de ces satiriques quelques moraliste populaires, animés du même bon sens patriotique, et professar le même dédain pour le pédantisme littéraire. Sans descendr jusqu'aux noms tout à fait secondaires, il faut mentionner deu hommes qui ont aussi leur place dans l’histoire de l’éloquenc sacrée : ce sont Balthasar Schupp et Abraham a Santa Clara.
Ce fut Balthasar Schupp qui prononça, en 1648, le Sermo pour la paix devant l'assemblée des plénipotentiaires délégu Munster. Il publia une série de dissertations morales et de dis cours, où l’on trouve, sous une forme parfois triviale, d’ lentes remarques sur le gouvernement, sur l'éducation, st mœurs. Une des causes de l’infériorité littéraire des Allen lui paraît être la mauvaise organisation des écoles, @h « qu'on passe, » dit-il, « devant une maison où l’un de nos tyr
« n'entend que des gémissements : on dirait la cour de Phalé « l’antre des Furies, plutôt que le temple des Arts. » Il regr la vieille et bonne langue du peuple, que l’on sacrifie à un!
‘1. Joachim Rachel, né en 1618 à Lunden dans le pays des Dithmarses, m à Schleswig en 1669. Ses T'eutsche satirische Gedichte p»rsvent à Franc 1664. — Éditions modernes de H. Schrœder (Altona, 16z8) et de K,. Dres (Halle, 1903). — Monographie de A. Sach; Schleswig, 1869. He
MORALISTES ET SATIRIQUES. 259
ibare. « Celui qui veut apprendre à bien parler », dit-il, «qu'il lise la Bible de Luther! » Schupp voudrait faire de l'allemand la ngue scientifique et universitaire. Il cite l'exemple de la France, 3Mtalie, et il ajoute spirituellement que même en Italie on peut re cardinal sans savoir le latin !.
Abraham a Santa Clara est un esprit moins sérieux que Bal- | Schupp. Son mérite le moins contestable est l'originalité. est lui que Schiller a pris pour modèle dans la fameuse capunade du Camp de Wallenstein. Son vrai nom était Ulric Megerle. &@lans un village de la Souabe méridionale, en 1644, il entra de 3 ÿnne heure au couvent des Augustins déchaussés de Mariarunn, et il prêcha avec succès en Autriche et en Bavière. II wint prédicateur de la cour, sous l’empereur Léopold Ier, et il ourut à Vienne, en 4709. Abraham a Santa Clara fait quelque it cette remarque, que le public s’'empresse autour d'un orauraussi longtemps qu'il entremêle son discours de sentences, de bles, d'anecdotes. Mais que le même orateur se borne à gourander les vices, et l'église ne sera plus que le quartier des vieilles mmes. Lui-même ne vise que le succès, et celui qu'il obtient le us souvent n'est pas un succès de larmes. Ses discours et ses aités, écrits en style burlesque, offrent une incroyable accumution de jeux de mots. Mais on y trouve des portraits qui feraient vie à un auteur comique. Au reste, nul ordre dans la compotion. Qu'une idée, une allusion, une plaisanterie se présente à il la suivra jusqu'au bout. Il arrive souvent, après une série D sons, à la conclusion la plus inattendue. Veut-il ‘ouver, par exemple, que les parents doivent corriger leurs ifants, voici comment il procède :
Tous les saints anges me plaisent, à l’exception dun seul. L’hôte linourrissait Daniel dans la fosse était un ange, et il me plait. Le édecin de Tobie était un ange, et il me plait. Le messager qui fut iputé auprès de la Sainte Vierge était un ange, et il me plait. Celui apporta son sauf-conduit à Loth était un ange, et il me plait, La ntinelle placée à l'entrée du paradis est un ange, et cet ange me plaît. ais il y à un ange qui ne me plaît guère : c’est celui qui retint le bre d'Abraham, le patriarche obéissant, et qui lui cria : Non.ertende 'anum Luarm super puerum! N’étends pas La main sur ton enfant, et ne i fais point de mal! — Je sais bien que c'était l’ordre du Très-Haut.
1 Un recueil des écrits de Balthasar Schupp fut publié, après sa mort, par son Sn Doct. Joh. Balih. Schuppii Schriften, Hanau, 1663. — Le traité : Der Freund der Not a été republié par W. Braune; Halle, 1878,
L *IMITATION FRANÇAISE
Mais lorsqu’ un père, une mère, portera la verge sur son enfant, je bien sûr qu'aucun ange ne retiendra le coup. Au contraire, to anges l’'encourageront par des paroles sévères : Exiende manum super puerum! Étends ta main sur ton enfant!
La terre est stérile et ne produit que des chardons, aussi longtem que le soc tranchant ne l’a RSR traversée : la jeunesse ne prospè que sous un régime tranchant. d
Le fer qui sort de la’ mine a “besoin d’être amolli sous le marteat la jeunesse se gâte lorsqu'on lui ménage les coups.
Comment Clémént d'Alexandrie appelle-t-il les enfants? Fiores mat mont, les fleurs du mariage. Mais il faut entourer les fleurs d'u cloison ee de bâtons et de verges : autrement les porcs marche dessus. Fe
Il faut s'arrêter, quoique la verve de frère Abraham soit lo d’être épuisée. Mais quand on réfléchit que c'était là le gen d'éloquence qui plaisait à la cour de Léopold If, à une épo où Bossuet, Fénelon et Bourdaloue prêchaient dant Louis XT on est frappé de la distance qui séparait, au point de vue e de civilisation et du goût, l'Allemagne de la France.
I. « Alle heilige Engel gefallen mir wol, einen aussgenommen. Der Kosthe des Daniel war ein Engel, der gefallt mir wol. Der Artzt des Tobiæ wape Engel, der gefallt mir wol. Der Abgesandte der Mutter Gottes war ein Enge , d gefallt mir wol. Dess Loths sein Salvo-Conduct war ein Engel, der gefa wol. Die Schildwacht vor dem Paradiess ist ein Engel, der gefallt mir wol einer wil mir schier nit gefallen, der jenige, welcher dem gehorsamen P chen Abraham in den Säbel gefallen und auffgeschryen : Non extende.. Ce passage est tiré «u plus important des romans didactiques d'Abral Santa Clara, intitulé Judas le maître-coquin (Judas der Ertz-Schelm, 4 vol., Sa 1686-1695). Un choix de ce roman a été donné par F. Bobertag, dans la col Kiürschner. — Œuvres complètes, 21 vol., Passau et Lindau, 1835-1854. Choix Hans Strigl, 6 vol., Vienne, 1901-1905 — s consulter : Karajan, Abraham a ; ‘Clara, Vienne, 1867. ;
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