‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 155 sur 534 · L'IMITATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L'IMITATION FRANÇAISE

9, — CANITZ. — CHRISTIAN WEISE.

Ce qui achevait de ruiner l’école de Silésie, c’est que les ‘an rités françaises qu'elle invoquait perdaient, en France. mêr de leur prestige. Ronsard avait été détrôné par Malherbe, Malherbe lui-même n'était plus considéré que commé un curseur de Boileau. Au temps d'Opitz, on imitait les auteurs la Pléiade; ce fut Boileau que l’on imita maintenant. Le ba Louis de Canitz, né à Berlin en 1654, donna l'exemple, et il un disciple dans Benjamin Neukirch. Homme du monde et dip mate, Canitz visita plusieurs cours de l’Europe et finit par ent au service du Grand Électeur Frédéric-Guillaume. 11 prit p aux négociations pour la paix de Ryswyk, et mourut, peu ap son retour à Berlin, en 1699. La mesure parfaite de l'esp français fut son idéal. Sa méthode fut d’allier le bon sens avec rime. Ses poésies légères sont écrites dans un style facile;n satires sont pleines de raison; mais les unes et les autres mi: quent de verve. Le plus grand éloge que l’on puisse faire Canitz, c'est de reconnaître qu'il sut éviter en effet, commeil voulait, les défauts des derniers poètes silésiens !. #.

La poésie allemande redescendait peu à peu des haute: nuageuses auxquelles l'avait élevée Lohenstein. Canitz lui fait abaisser son vol; Christian Weise la ramena jusqu'à terre, la faisant servir à ses desseins pédagogiques. Né à Zittau en Sa en 1642, fils d'un instituteur, Weise consacra sa vie à l’'enseigi ment; il dirigea longtemps le gymnase de sa ville natale, qi rendit très prospère; il mourut en 1708. Il avait débuté jeune, par un recueil de poésies légères, destinées à être ch dans les réunions d'étudiants : c'étaient les Pensées superflu lu verte jeunesse ?. Que fallait-il dans un pareil genre? Du nat

1. Ses poésies furent recueillies après sa mort (Berlin, 1700); lui-mê avait publié que des éditions partielles. — Le Silésien Benjamin Neukirch;® : 1665, mort à Anspach en 1729, a survécu par ses cantiques religieux; ses pot

lion en vers du Télémaque fut longtemps considérée comme un ouvrage Clas c'était une des lectures du jeune Gæthe. SAR 2. Ueberflüssige Gedanken der grünenden Jugend, Leipzig, 1668; seconde 1674. 11 donna plus tard, comme pendant, les Pensées nécessaires de l jeunesse (Notwendige Gedanken der grünenden Jugend, Leipzig, 1675), € des Pensées mures (Reiffe Gedanken, Leipzig, 1692), qui semblaient destinée in

les âges. à

Ma gaieté et un peu d'esprit. Ce furent les qualités que Weise ibitionna toujours. « Je fais peu de cas, » dit-il, «d’un ouvrage

emand qui nese comprend qu'à l’aide d’un commentaire latin.

Jeux qui veulent écrire ainsi, Dieu me garde de les en empêcher! fais qu'on me laisse ma simplicité (meine Simplicität) 1! » Weise oscrivait tout ce qui était affecté, surtout les mots forgés arbiürement. Il préférait, quand la langue faisait défaut, employer mot étranger. IL fait beaucoup d'emprunts au français : c’est ut-être le seul genre d’excès qu’on puisse lui reprocher. Malureusement, il n’avait pas une haute idée de la poésie; ilne la mprenait que comme un divertissement honnête, ou comme moyen d'inculquer une vérité morale. Ses ouvrages dramaques (il en composa une cinquantaine, qui ne sont pas tous nservés) furent joués par les écoliers de Zittau; ils étaient écialement écrits pour eux. Personne n’y cherchera le grand bjmais c'était déjà une heureuse nouveauté, après les parades Bohenstein, que de savoir nouer et dénouer une intrigue ns, effort. Lessing ne trouvait-il pas, dans le Masaniello, malgré la froideur pédantesque, çà et là une élincelle de Shakespeare »? Les comédies de Weise ont de la gaieté et de bservation, et quelques-unes ont pu être reprises avec succès. 3 pièces historiques et ses drames bibliques sont médiocres; Sujets ont dû être rapetissés d’abord, pour être mis à la portée sacteurs et des spectateurs. Ses romans enfin contiennent des sodes agréables, des portraits bien dessinés; mais l'intention lactique paraît trop : c’est le défaut de tous ses ouvrages ?. saréforme de Weise, de Canitz et de quelques sages esprits entrèrent dans la même voie peut être appelée un progrès, ant après les ambitieuses folies de la seconde école de Silésie.

iSelle n’aboutissait, au fond, qu'à une littérature d’écoliers

professeurs, de diplomates, qui ne pouvait prendre aucun réloppement, et qui, dès le premier jour, avait dit son dernier & On n'était revenu de l'emphase que pour tomber dans la beresse. On oscillait ainsi entre les extrêmes, et l’on tâtonnait

Li 1 Curieuse Gedanken von deutschen Versen, Leipzig, 1691. —- C'était un traité de sification allemande. Weise composa de même un manuel du style épisto- Curieuse Gedanken von deutschen Briefen, Leipzig, 1691.

ÆQiUon moderne. — Deux. comédies, avec une introduction, dans: Die Gegner der lien schlesischen Schule, par L. Fulda (collection Kürschner). — A consulter : Palm, Beiträge zur Geschichte der deutschen Litteratur des XVI. und XVII. rhunderts, Breslau, 1877. à

L "MUTATION FRANÇAISE

| V dans le vague, parce qu’on n’ävait aucun principe sûr, au: . , règle de goût fondée sur le caractère national. On regardait / loin, au lieu de s'interroger soi-même. On imitait d’abord po 7 s'exercer, ou plutôt l’on gâtait de beaux modèles; et lorsqt , croyait reprendre son indépendance, on imitait encore par hâl “ tude. Après un siècle d’hésitations, on se trouvait enfin rame /au point de départ, à ce type d’une littérature instructive, hurab

Y et correcte, qui avait été l'idéal d'Opitz.

Page 1