‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 160 sur 534 · GOTTSCHED ET BODMER · texte numérisé non relu

GOTTSCHED ET BODMER

gine et né à Judithenkirch, près de Kænigsberg, en l'an 47 haute taille lui ayant fait craindre d’être incorporé de for l'armée de Frédéric-Guillaume Ie", il s'enfuit à Leipzig, où il pendant près d’un demi-siècle des leçons très suivies sur quence et la poésie; il mourut en 1766. C'était un esprit É analytique, tenace dans ses conclusions, parce qu ‘il ne ” jamais qu'un côté des choses, faussant tout en voulant plifier, construisant la théorie des belles-lettres avec une mathématique, et n’oubliant dans ses combinaisons qu'u facteur, ce sentiment intime du beau qui est la première tion de l’art et la vraie sauvegarde du génie. Gottsche

donner à l'Allemagne cette unité de langue et d'esprit qui rait en France, et il crut qu'il suffisait pour cela d'imp écrivains la correction comme règle unique et absolue. I successivement une Rhétorique, une Poétique et une maire 1. Toute sa théorie dérive de ce principe, vague en lu etqu'il ne sut pas préciser, que la poésie est, l'imitatio nature. C’est la raison qui détermine la méthode de

1. Redekunst, Hanovre, 1798. — Versuch einer Critischen Dichtkunst, — Grundlegung einer Deutschen Sprachkunst, Leïpzig, 1748. ë x

y c'est à elle qu'il appartient de fixer-les lois de chaque nre. L'artiste ayant quelque connaissance du monde n'aura Wa faire choix d’un sujet : il sera sûr, en observant les règles éscrites, de faire un bon ouvrage. Le procédé était trop simple dun emploi trop facile pour que Gottsched n’en fit pas luiême l'essai. Après avoir traduit l’Iphigénie de Racine, comme iurse faire la main, il écrivit la pastorale d’Atalante et plusieurs igédies : Agis, les Noces sanglantes de Paris, surtout le Caton mou- (1732), dont il datait l’âge classique du théâtre allemand. Ses ésies légères sont fades et prosaïques, sauf peut-être quelques

iductions d’'Anacréon. Quant au genre épique, il l’'abandonna à

ndisciple Schænaïch, qui publia un Arminius, avec une préface bmaître. Gottsched compromit, par ses vues étroites, même la rte utile de son œuvre. Il bannit définitivement l’enflure silé- ‘ne ; mais il voulut élever aussi une barrière infranchissable te la langue littéraire, telle qu'il la comprenait, et les patois. délimita exactement, au centre de l'Allemagne, une région ivilégiée qui comprenait la Misnie avec Leipzig, la Thuringe, Basse-Silésie et les confins de la Prusse. La bonne laugue était le que parlaient, dans cette région, les savants et les gens de ur; et c’est de là que la lumière devait se répandre sur le Nord

Surle Midi. Mais, par un étrange coup du sort, ce fut sur une-

‘re lointaine, et mêmé hors de l'Allemagne, que s’éleva l’école mit d'abord la poésie allemande dans ses véritables voies 1. beschef de-l’école nouvelle, Jean-Jacques Bodmer, n'avait rien Jsuffisance hautaine de -Gottsched. C'était un esprit sincère naïf, qui avait par moments des vues profondes. Né à Greiisée, près de Zurich, en 4698, Bodmer fut d'abord destiné à l’état lastique ; mais il n’osa jamais monter en chaire. Il se mit à | , " CT E: 4 , C idier les antiquités de la Suisse, et fut chargé d'enseigner la ütique et l’histoire à l’université de Zurich. Plus tard, il se retira 1Sune propriété aux environs de la ville, où il reçut Klopstock, eland et d'autres écrivains illustres; c’est là qu'il mourut, en SsLhorizon littéraire de Bodmer est plus étendu que celui de f À consulter : Danzel, Gottsched und seine Zeit, Leipzig, 1848; — E, Wolf, sc. eds Stellung im deutschen Bildungsleben, ? vol., Kiel, 1895-1897; — Waniek, d und die drutsche Litteralur seiner Zeit, Leipzig, 1897; — . Grucker, des doctrines littéraires et esthétiques en Allemagne, 1, Paris et Nancy, Une Gottsched-Gesellschaft, qui a son siège à Berlin, s'occupe depuis 1902

lier les œuvres complètes et la correspondance de Gottsched et de rasles documents pour sa biographie. ‘

bu

ses prédécesseurs. L'un des premiers, il ramena attente

/ Ja poésie du moyen âge; il publia la seconde partie des N lungen et la riche collection de Minnesinger qu'on attribuait à à sc __ ” compatriote Manesse, Dans son Traité du merveilleux *, il défei Milton contre les attaques de Voltaire; ce fut même à ce pr que la guerre éclata entre les critiques saxons etsuisses. Bodm bien qu'il connût la France, préférait la littérature anglaiseæl secret instinct lui faisait déconne sans doute une conformi

de génie entre l'Angleterre et l'Allemagne. Sur l'essence mêmes me l’art, Bodmer a des idées saines, mêlées de préventions. Comn # __v Gottsched, il ne voit dans la poésie qu’une imitation dé la natur mais l’imitation est, pour lui, quelque chose de plus original, plus personnel. Il y a, selon lui, dans le poète, une force cré dinies, analogue à à celle qui se manifeste dans la naines C ‘est lim

LA LITTÉRATURE } CLASSIQUE. | Fee

0, ren de lui donner des lois. Les règles de la poésie se t ne des Éranss pets de ceux qui ont RE au

/ assimilée à une peinture : les deux arts ne différent a moyens d'exécution, l’un se servant de mots et l’autre d leurs : une erreur que Lessing signalera plus tard. Enfin, hi

” subordonné à la morale; le poète est réduit au rôle d'un

gogue. Bodmer n'estimait réellement que la poésie religie

quand la Messiade parut, il pensa qu'Homère était surpa

composa lui-même une Noachide en douze chants?, et d'

poèmes bibliques, que les contemporains appelèrent des

cades. Bref, pour lui comme pour Gottsched, l'application fu de justifier la règle : ce fut le côté faible des deux écoles.

Les théories des Suisses furent exposées ( d’une manièr plète par un ami de Bodmer, Jean-Jacques Breitinger, chano | la cathédrale de Zurich, auteur d'une Poétique qu'on oppos celle de Gottsched®. Elles furent répandues en Allemag

1. Critische Abhandlung von dem Wunderbaren in der Poesie und dessen dung mit dem Wahrscheinlichen, Zurich, 1740.

9. Noah, chants I-IT, Francfort ct Leipzig, 1790; né aplét en 12 ch., Zurik édition définitive : Die Noachide, Bâle, 1781. — A consulter, sur Bédmie groupe : Bæchtold, Geschichte der deuischen Litteratur in der Schweiz, feld, 1892; et J. J. Bodmer, Denkschrift zum 200. Geburtstag, Zurich, 190 3. Critische Dichtkunst, Zurich, 1740. — Un choix de Gottsched, de de Breitinger a été publié par J. Crüger, en un vol. de la GONE National-Litteratur, de Kürschner. Eè

ss Là

igarten, qui les enseigna à l’université de flalle et les mit en onie avec la philosophie de Wolff !. Baumgarten avait écrit tm; son disciple George-Frédéric Meier publia en allemand féments des belles-lettres, enrichis d'un grand nombre mples tirés de la littérature contemporaine ?. Enfin Sulzer, taire de Winterthur, et que la faveur de Frédéric I fixa à donna une Théorie générale des beaux-arts3, dernière inaison des idées de Bodmer avec celles de ses successeurs : ge qui, malheureusement, était déjà dépassé au moment où ut, car Lessing venait d'écrire le Laocoon.

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