LE THÉATRE
L'impuissance de l’école saxonne se montre surtout poésie dramatique. Gottsched voulut donner dela dignitéa etil ne réussit qu’à en chasser complètement le naturel” tout à la fois la farce populaire, reste des anciens Jeux de Cam et le drame, dont les origines serattachaïent aux représent des comédiens anglais. Il engagea uné lutte en form Hanswurst, l’Arlequin allemand, qu'il réussit à bannir mom nément de la scène, et il trouva une alliée dans Caroline N directrice d’une troupe qui donnait des représentations à La tragédie qu'il inaugura était un mélange de tirades à lées et de sentences prétentieuses. Racine était trop de mœurs allemandes du temps pour pouvoir être compris: la comédie française, elle n'inspirait pas mieux les im d’ outre- ARR Ils confondaient le comique avec le iviali,
que fussent parfois leurs a ils avaient ER tion d'instruire. Il faut rendre, du reste, cette justice à & que l’imitation française n’était, à ses yeux, qu'un appt AÉCESSURE ; il engageait ses disciples, une fois maître d
Fi se Goal aan sur le degré de perfection il croyait avoir amené la Httérature allemande, ee qu propre valeur, il se faisait illusion au point de se comp tragiques Fr Il avait tant insisté sur l'observation d que le génie, pour lui, ne consistait plus que dans la
Gottsched fut secondé dans son œuvre de réforme: ciples, Schwabe, Schœnaïch, Lange. Mais sa principale à
Le recueil de ses fablos est fort inégal; les unes sont tout à fait mé visent qu'à la leçon morale, que les personnages font valoir commel -les autres sont heureusos par l'invention et le style. Il fit l'épigramm quand Robespierre eut fait décréter la fête de l'Étre suprême : « Maini gneur Dieu, on te permot de nouveau d'être : ainsi le veut le bourreau Envoie donc vite une paire d'anges pour lui offrir tes remerciements: Parmi les contemporains de Gellert, plus ou moins dépendants de citer surtout Lichtwer et Willamow. Le premier se rattacha d’abord dont les éloges le firent connaître; ses fables sont de petits récits ph apologues; ce sont des scènes populaires, relevées ke une leçon mo
une ee bridveté le il écrivit aussi i des sr et des dith. traduisit la Batrachomyomachie en hexamètres allemands. &
L'ÉCOLE SAXONNE ET L'ÉCOLE SUISSE. 289 Ontemporains, plus d'esprit que lui, et même plus de bon ritique. Elle était disposée à suivre le mouvement de la littée; tandis que Son mari restait inébranlable dans ses préjugés. résulta entre eux quelque mésintelligence, comme Gottsched ême l’avoue dans la biographie qu'il ajouta aux œuvres de sa é#Victoire Gottsched traduisit Zaïre, Alzire, le Misanthrope, mes pièces de Destouches. Elle forma peu à peu son style; ébnières traductions sont les meilleures. Lessing, dans la ière édition de la Dramaturgie, louait sa comédie de Cénie, “original était de Mme de Graffigny. « Ceux-là seuls, » disait, nt rendre, même dans une traduction, des pensées déli- 8 qui auraient pu les avoir eux-mêmes. » Cependant Gottsched prêtait souvent aux personnages des comédies aises un langage lourd ct-pédantesque. Ses propres ouvrages fort inférieurs à ses traductions. Son auteur favori était uches; peut-être unsecret instinct l’avertissait-il que Molière d'un accès plus difficile {.
rai dire, la poésie dramatique ne pouvait aller fort loin lawoie où Gottsched S’efforçait de la maintenir. Le pathé- “dé la tragédie française était trop élevé, trop raffiné surpour le public allemand ; et la comédie de Molière et de ses
SSeurs lenait à des habitudes sociales que l'Allemagne ne *
: connaître que bien plus tard, si elle les connut jamais. ceque les auteurs allemands pouvaient apprendre à l’école France, c'ébait la partie mécanique de l’art, l’arrangement eur des scènes. Quelques poètes de talent se-révélèrent à igwers le milieu du siècle, mais, en somme, le théâtre resta enfance. Cronegk eut un succès momentané avec sa tragédie hus(1758), à laquelle fut attribué un prix de cinquante thalers iSépar Nicolaï. Un poète enlevé à l’âge de vingt ans, Brawe, “eux pièces, qui furent publiées par Karl Lessing, le frère and critique, et par Ramler; c’étaient une comédie bourun des premiers essais en ce génre, intitulée le Libre Penun Brutus, dans lequel commence à paraître le trimètre que, à la place de l'alexandrin français ?. L'esprit critique 1e de ses comédies, le Testament, se trouve dans le volume consacré par xer à Gottsched, Bodmer et Breitinger, dans la collection Kürschner. — ler: P.Schlenther, frau Gottsched und die bürgerliche Komüdie, Berlin, 1886.
>rlin, 1768. — Le Libre Penseur (Der Freigeist) avait déjà paru dans la der schünen MW issenschaften, en 1758.
lemme, Victoire Gottsched, née Culmus. Elle avait, au dire
se faisait j jour au milieu de ces tentatives. Sat oser encor chir tout à fait, on étendait du moins le cercle de li Jean-Élie Set commença, comme son maître Gottsché étudier les Français, mais il y ajouta les Grecs et même speare. Son Cunut resta longtemps au théâtre, et Lessingil encore, en 1768, une autre de ses pièces, le Trip des b
femmes, en l'appelant la meilleure des comédies alleman Schlegel exprimait, dans ses articles critiques, des idée: étaient fort nouvelles en Allemagne. Il disait que le théätrex nation devait être conforme à ses mœurs, que les poètes dev même choisir de préférence leurs sujets dans l’histoire natic Lui-même composa un Arminius, mais C “est un de ses ouv les plus faibles.
Les pièces de Schlegel, aussi bien que celles de Braté Cronegk, étaient avant tout des compositions littéraires auteurs travaillaient avec leur Racine d’un côté et les El de l'abbé Batteux de l’autre. Christian-Félix Weisse donna de vraies pièces de thé âtre, quelque imparfaites qu elles fu encore. Il avait été en rapport, dans sa jeunesse, avec la à de Neuber, qui jouait à Leipzig, et il avait commencé pàr des traductions et des remaniements. Il se rendait bien de la sûreté de coup d'œil et de l’habileté de main qu il de la connaissance de la scène. « Il est certain, » dit-il danse face de sa Contribution au thédtre allemand, « qu'il est tout « difficile de devenir un bon auteur dramatique avec la seule « naissance des règles, que de devenir un bon danseur à l'aic « seuls principes de la chorégraphie. Les règles ne font con « ni le grand ni le petit monde, ni la cour ni la bourgeoisie « langue de la conversation ni oil des passions ?, » [l'ex dans la même préface, comment il entend limitation: ai mieux étudier, dit-il, qu'imiter : limitation est toujours ri st tandis que le champ de l'étude est immense. On comm n opposer l'Angleterre à la France : Weisse conseille de n tenir exclusivement ni à l’une ni à l’autre, mais ve pre
1. Der Triumph der guten Fous 1748. — Jean-Élie Schlegel (1719 | frère aîné de Jean-Adolphe. — Monographie de E. Wolf, Berlin, 18
2. Beytrag zum deulschen Theater, 5 vol., Leipzig, 1759-1768. 5 vol., Leipzig, 1776-1780. — Lustspicle, 3 Vol. Leipzig, 1783. — “Ch Weisse naquit à Annaberg en Saxe, en 1726; il mourut à Leipzig, € . consulter : J. Minor, Christian Felix Weisse und seine Beziehungen sui Litteratur des X VIII. Jahrhunderts, Innsbruck, 1880. 6
> intermédiaire, en apprenant des Français l’art de la com: )sition, et des Anglais les grands effets tragiques. C'étaient là svues très justes; mais il aurait fallu un certain génie pour jmbiner deux genres de beauté littéraire dont chacun était difcile à atteindre en lui-même. Weisse avait, du reste, un défaut rémédiable : c'était son extrême facilité. Lessing lui disait : « Si jé pouvais seulement vous rendre le travail très ardu, vous seriez un grand écrivain. » Weisse produisait beaucoup et vite, engouement du public, qui accueillait avec enthousiasme Ja oindre feuille tombée de sa main, n’était pas fait pour le découiger. Sur la fin de sa carrière, il se rapprocha de plus en plus »lAngleterre, préparant ainsi les voies à la critique de Lessing. abandonna l’alexandrin pour le trimètre iambique. Au reste, il Mfaisait illusion, aussi bien que Gottsched, sur les progrès qu'il ait fait faire au théâtre. Il croyait, dans Roméo et Juliette, avoir jalé, peut-être surpassé Shakespeare. Son Richard IIT est sa meilure pièce. Lessing n’a pas de peine, il est vrai, à montrer qu’elle ‘est pas comparable au chef-d'œuvre anglais; mais on y remarque ne certaine habileté à ménager les effets, et l'intérêt croît d’une
ène à l’autre. Weisse est moins heureux dans des sujets anti:
es, comme La Délivrance de Thèbes, Atrée-et Thyeste. Ses comées ont de la gaieté. Ses opéras ont laissé quelques chansons ins la mémoire du peuple.
Ledéveloppement du théâtre allemand depuis Gottsched jusqu’à leisse n'offre, en réalité, qu'un seul genre d'intérêt : c'est de ontrer comment ours se révèle peu à peu et entre dans sésprits. Schlegel le connaît, l’étudie et le loue; Weisse l’imite "croit le surpasser. La critique est encore toute française; nul esdoute de la vérité des principes énoncés par Boileau; mais iakespeare s'impose par une certaine conformité de génie. Son gne sera définitif, le jour où la critique elle-même se sera rangée 25s0n côté. On l’admire d'abord par instinct : Lessing montrera d'on a eu raison de l’admirer1.
LA Dsditer : G. Bélouin, De Goltsched à Lessing, Études sur les commenc-ents du théâtre moderne en Allemagne, Päris, 1909.
non