KLOPSTOCK
Ramler avait enseigné le mérite d’une phrase correcte et har monieuse ; Gleim et Hagedorn avaient mis de la vivacité et dela grâce dans l'expression des sentiments; Haller et Kleist avaien! su peindre la nature. À côté d'eux, des esprits distingués avaien réussi à être éloquents et vrais, en se passant des modèles qu avaient tour à tour soutenu et égaré leurs devanciers. Le 1 vement littéraire était commencé quand Klopstock débuta : ilen prit aussitôt la direction d’une main puissante. Il fut à la fois grammairien et poète, mais, avant tout, chef d'école et novateu en tous sens. Toutes les aspirations qui s'étaient fait jour dan: tel ou tel groupe isolé se trouvèrent tout d'un coup réunies 6 concentrées dans un seul homme. Klopstock apparut comme k
4 représentant complet de l’époque, de ses nobles ambitions comm
de ses illusrons et de ses erreurs : ce fut le secret de sa force de son succès.
L'époque demandait avant tout de l'originalité. Être original
e’était ne plus dépendre des Français. Bodmer s'était déjà sépa
de la France; Klopstock consomma la rupture et la proc hautement. Etre original, être national, fut désormais le.
croyait l'être, et l’on était encouragé par cette croyance. Bo avait recommandé l'étude des Anglais; Klopstock le suivit.
:. LA RÉFORME LITTÉRAIRE DE KLOPSTOCK. 305 cette voie. À Milton il ajouta Richardson et Young. La tendresse maladive de l’un, la vague mélancolie de l’autre, convenaient à une société pleine d'incertitude et de malaise; elles convenaient aussi à la nature élégiaque de Klopstock. Sous ce rapport encore, il y avait accord intime entre l'écrivain etson temps 1.
Né à Quedlinburg, au pied des montagnes du Harz, le 2 juillet 1724, Frédéric-Gottlieb Klopstock fit ses premières études à Schulpforta. Déjà se trahissait son penchant pour la poésie épique. Son discours de sortie, qu'il prononça en latin, fut une comparaison entre Homère, Virgile et Milton?. Il avait songé d'abord à chanter le bienfaiteur de sa ville natale, l'empereur Henri l'Oiseleur. Mais il s'arrêta bientôt à l’idée du Messie; et il se confirma dans le choix de ce sujet lorsqu'il commença ses
études de théologie à Iéna, en. 1745. Nous le trouvons l’année sui- ”
vante à Leipzig, en relation avec les écrivains des Contributions de Brême, les animant par les grandes espérances qu’il nourrissait, etleur communiquant la confiance dont il était plein. Il a gardé le souvenir de ces jours d'ivresse féconde dans une de ses premières et de ses meilleures odes, intitulée À mes amis. Il les cite Pun après l’autre, leur assigne à chacun sa place dans le Temple dela Gloire. 11 les convie à « s’embrasser sous l'aile de la Joie, «comme les héros immortels dans les Champs-Elysées ». Et, à la fin, il appelle l’Age d’or qui doit luire sur l’Allemagne. Il mit en hexamètres les trois premiers chants du Messie, qu'il avait écrits en prose à léna, et il les publia dans les Contributions de 1748. La forme inusitée, ce vers antique appliqué à un long poème, causa d'abord quelque surprise ; mais le mouvement lyrique et oratoire, par lequel certaines parties se détachaient de la monotonie de Pensemble, gagna bientôt le public. Bodmer, dans des lettres que ses amis firent connaître, vint en aide aux lecteurs non préparés; trouvait ses théories confirmées tout d’un coup par un exemple éclatant, et il appela auprès de lui le jeune poète, qui, dans l'in- 1 Éditions des œuvres. — ÆXlopstocks Werke, par Boxberger, 6 vol., Berlin Hempel), 1879. — Ælopstocks Werke, par R. Hamel, 4 vol., Stuttgart, 1884(Deutsche Vational-Litteratur, de Kürschner). — Ælopstocks gesammelte Werke, par Fr. Muoken, 4 vol., Stuttgart (Cofta’sche Bibliotek der Weltlitteratur). A consulter. — Fr. Muncker, Fr. G. Ælopstock, Geschichte seines Lebens und |: 4 Schriften. Stuttgart, 1888. — E. Bailly, Étude sur la vieet les œuvres de =G. Klopstock, Paris, 1888. — David-Frédéric Strauss, Klopstock und der Mark- Wa/Kurl Friedrich von Baden, et Klopstocks Jugendgeschichte (au 10° vol, des Œuvres complètes, Bonn, 1878).
2: Declamatio qua poetas epopæiæ auctores recenscit F. G. Klopstockius scholæ aledicturus.
FE
tervalle, avait dû accepter de modestes fonctions de préceptet à Langensalza. 5 Klopstock se rattachait momentanément à l’école suisse. ll trouvait néanmoins le point de vue de cette école trop borné On se le figurait, à Zurich, selon sa propre expression, comme un saint Jean-Baptiste, mangeant des sauterelles et du miel saw ; vage. Lui-même, tout poète sacré qu'il était, n’entendait point s fermer l'oreille aux suggestions mondaines. Sa Iyre avait plus d'une corde; les joies de la vie la faisaient vibrer aussi bien que
ÿ/ l'émotion religieuse. A peine arrivé|à Zurich, il écrivit une ode en souvenir d’une promenade sur le lac, où s’exprimait, au milieu
de l’incohérence des images, un enthousiasme réel!. La Joie, -« sœur de l'Humanité », qu'il invoquait, n'était point l'inspira-
; trice des poèmes bibliques de Bodmer. Celui-ci témoignait de l'humeur, sans que .son admiration pour le Messie fût refroidie. Klopstock quitta Zurich, ayant reçu du roi de Danemark En déric V, par l'intermédiaire du comte de Bernstorff, l'offre d’une pension annuelle de 400 thalers. En passant par Hambourg pour se rendre à Copenhague, il fit la connaissance de Méta (ou Margaretha) Moller, qu'il a chantée sous le nom de. Cidli. J l’'épousa en 1754, mais il la perdit quatre ans après, et il publia ses œuvres posthumes. Lui-même vécut, entouré de respect
1. « Elle est belle, Ô Nature notre mère, la splendeur 1 merveilles que « génie créateur a semées sur les campagnes : plus beau encore est un visage « radieux qui reflète la grande pensée de la création.
« Détache-toi des rives chargées de pampres du lac ee ou, Si tu as « déjà repris ton vol vers les cieux, descends avec le rayon de pourpre sur les « ailes de la brise du soir; ra
« Viens pénétrer mon chant de la sérénité. juvénile qui est son partage, Ô douce « Joie! Qu'il soit comme le cri enthousiaste et ému du jeune homme! Qù il $ 50 « doux comme le visage de la tendre Fanny!
| « Déjà se trouvait loin derrière nous Uto, au pied duquel pNEieR nourrit ed « libres habitants dans sa tranquille vallée. Déjà maint coteau cotes de vignobles 6 « avait fui devant nous. ee
» En ce moment se déchira le voile de nuages qui Caacie au loin les. « argentées des Alpes; et déjà le cœur des jeunes.gens battait d'une émo « plus forte ; déjà il se révélait avec plus d'éloquence à la gracieuse compagne
Klopstock a chanté sous le nom de Fanny la sœur de son ami Schmidt, de sensalza, l'un des collaborateurs les moins importants des Contributions de B: L'ode se termine par ces deux strophes :
« Que n’êtes-vous avec nous, vous qui m'aimez au Join, qui vivez isolé épars, loin de moi, dans le sein de la patrie; vous que, dans Sr momen céleste béatitude, mon âme chercha et trouva! « Nous dresserions ici des tentes à notre amitié, et nous y deseoretien nellement. La forêt ombreuse se transformerait Pour RORS en hs vallon deviendrait un autre Élysée. »
‘e 307 qu'à la fin du siècle ; et lorsqu'il mourut, le 14 mars 1803, la e de Hambourg honora par de magnifiques funérailles celui on appelait le premier poète national de l'Allemagne. Yéux grands courants de poésie traversent la vie de Klopstock. Messie se compléta peu à peu, dans un espace de vingt-cinq et le recueil des Odes s'augmenta sans interruption. Mais, fond, ces deux œuvres, quelque différentes qu'elles soient par orme extérieure,.procèdent de la même inspiration; elles sont roduit des mêmes facultés poétiques. Klopstock est une nature ./ imémment sensible. Il n’a qu'une seule sorte d'imagination, le qui engendre les images. L’attention qui les fixe et les coorine, et qui nest elle-même qu'un côté de l'imagination, lui : nque. On sent que, chez lui, l'impression première a été rte: mais le tableau final reste confus. Les métaphores “ee heurtent obscurcissent l'idée, au lieu de la mettré en ère. Gœthe reprochait à Klopstock de n'avoir pas le sens ui stique, et Schiller l'appelait un poète musical!, En effet, une de Klopstock, une page du Messie, agissent sur l'esprit comme v. mélodie. Le sens est ému; mais quand la dernière note a 1 ti, Pinpression s'évapore. Il faut que le lecteur ressaisisse Stämment, par un effort de la pensée, le lien qui échappe, et Lrétablisse l'unité absente. Il n’y a dans Klopstock que les éléat d’un grand poète, disjecti membra poetæ.
€ Messie, de principal titre de gloire de Klopstock aux yeux Contemporains, est aujourd'hui le moins lu de ses ouvrages. meet, les défauts de Klopstock devaient être particulière- & sensibles dans le genre épique. L'épopée est une œuvre tersonnelle; l’auteur disparaît ou du moins doit disparaître rière les événements qu'il raconte. Or Klopstock n’a Jamais su éwparler que son propre cœur. Ses effusions lyriques s'épan-t” dans de longs discours. Ses rêves métaphysiques flottent Ubdu sujet comme dés fantômes qui essayent de prendre, s, Ses personnages ne sont que des idées personnifiées, c’estredes abstractions; ce ne sont point des figures vivantes. On conçoit par l'esprit, on ne se les représente pas par l’imagina- Aux défauts du génie de Klopstock se Joignaient les inconais du sujet. Une épopée, d'après les idées du temps, avait
Se
pour Gœthe, les Conversations d'Eckermann (9 novembre 1824), et, ler, son traité De la Poésie naïve et de la Poésie de sentiment.
bison de merveilleux. Or, quel males sjéuier àuné ment qui est du domaine surnaturel? Aussi, le merveille x J Klopstock est vide et monotone. Il multiplie les anges, sans distinguer par le caractère, en diversifiant seulement les missi Fe qu'il leur confie. Ce merveilleux est même contradictoire et pres. déplacé. Klopstock parlait comme un croyant qui s'adresse à ee croyants; il assurait que c'était le zèle religieux qui le poussa écrire. Mais n’était-ce pas affaiblir soi-même l'autorité del toire évangélique que d'y mêler des fictions individuelles et prétendus ornements poétiques? Herder qui, en d’autres oirc stances, admirait le génie lyrique de Klopstock, imdique finem le défaut capital du Messie. Il compare le simple récit de l'Év gile avec les pompeuses allégories du poème : « Le Christ met « la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s « tr'ouvrent, le soleil s’obscurcit : cela est grand, celatest, di « Pourquoi? L'effet est ce qu'il doit être : de pauvres créatu. « confinées dans leurs faibles sens, sont ébranlées ; on frémit, « s'étonne. Mais qu’un ange se tienne prêt longtemps à l'avar « et attende le moment où une étoile doit se A « soleil, toute cette action si grande perd sa grandeur !.» Les Odes de Klopstock, aujourd'hui: moins ee qu Messie, sont restées sinon la lecture du. peuple allemanc moins un objet d'étude pour les lettrés et un moyen d’éd pour la jeunesse. Il faut, pour en apprécier le mérite, le Parér, non aux poésies de Gœthe et de Schiller qui. / suivies, mais aux productions lyriques qui les ont pré éd / L'école saxonne était timide dans Vinvention;-ellé s'en dans la peinture des sentiments, aux traits les plus g elle tombait aisément dans la banalité. see Ra + ! \
ser sentimental, dans le bo ce dans le mauvais € / mot. Il chantait la nature, la religion, la patrie, parce que la ne tion lui révélait le Croate et parce qu'il croyait son pay: “ à de hautes destinées. Mais il chantait aussi les rêveri S * cœur malade, la tristesse des ambitions mal définies, et c'ét
1. Herder, Briefe das Studium der Theologie betreffend. — Le Messie en cinq fois : chants I-IIT (Halle, 1749); ch. I-V (Halle, 1751); ch. Copenhague, 1755); ch. XI-XV (3° vol., Copenhague, 1768); ch. XVE Halle, 1773). — Édition définitive, 2 vol., Altons 1780. — Le poème se
ï de deux parties principales ; la première, terminée en 1755, finit à la ke Messie ; les dix derniers chants vont jusqu’à l’Ascension.
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être qu'il était le mieux compris des contemporains. Une de todes a pour titre La femme que j'aimerai un jour : « Pourquoi, » “il, « suis-je forcé d'aimer, lorsque je n'ai aucun être à qui @nfier mon amour? Toi qui m'aimeras un jour (si toutefois le lestin m'envoie jamais un être aimant pour essuyer mes armes), dis-moi où, en ce moment, loin de moi, s'égarent es pas. Sens-tu, comme moi, une attraction puissante? Me hérches-tu, sans me connaître? Oh! alors, ne me le cache as. : » Dans une autre ode, adressée à Ebert, il se représente milieu du cercle de ses amis; il les voit mourir successivement, ibreste seul à la fin pour les pleurer et les chanter ?. Il entremait parfois les sujets les plus rebelles à l'émotion lyrique, nme l'art de patiner, ou les mérites du vers spondaïque, de @sorte qu'on se demande si l’idée n'était pas un simple prétepour des strophes habilement cadencées.
Pyavait, en effet, dans Klopstock, à côté du poète, un artisan style et un versificateur, calculant la portée d'une expression, chute d’un hémistiche. Les remaniements qu’il fit subir à la gue allemande furent, malgré les excès, une des parties les Sutiles de son œuvre. Le premier il établit ce principe, que le melangage ne convient pas à la poésie et à la prose. Le mounent poétique amène des tours vifs et inattendus : Klopstock sentait, et il le démontra théoriquement. Deux caractères, Mmlui, déterminent l'expression poétique : la force et la nou-
uté, Il trouva des combinaisons de mots frappantes et Origi- “
es ilrenouvela heureusement des termes et des tours vieillis. Silne comprit pas qu’une langue, surtout une langue dans fance, est par elle-même une poésie, et qu'elle est assez riche son fonds naturel. Il croyait que le langage ordinaire, celui du ple, était essentiellement prosaïque et plat; Herder et Gæthe, Iques années plus tard, en jugèrent tout autrement. Pour pstock, le premier effet de l’art devait être d’étonner. Le üpour lui, se confondait presque avec l'inusité. Il torturait mots pour les détourner de leur acception commune, et il
Waib par de laborieux efforts à des constructions qui n’avaient
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Dit künftige Geliebte.
«Klopstock ist unser grüsster Dichter an Empfindung, » dit Herder dans
“dyments sur la littérature; et Lessing avait déjà dit de certaines. odes de
Si00K : « Sie sind so voller Empfindung, dass man dabei gar nichts empfindet. » “ur la littérature). Ces deux jugements indiquent la qualité et le défaut.
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l'Edda firent leur première apparition en Allemagne.
SLA LITTÉRAT RE C
. plus ni sens ni harmonie. Ce fut aussi la haine de la vulga
Ÿ Juifit rejeter la rime, qu'il appelle « un mauvais esprit ac
« pagné d’un lourd tapage de mots! ». Il appliqua courammer mètres anciens, oubliant que la langue allemande, avec les ser ressources de l’intonation, est incapable de reproduire la mé d'une phrase grecque. Néanmoins ses études de prosodie poursuivit longtemps, et qui étaient comme le commentaire ses odes, éveillèrent l'attention et DPONRANEE RE tout un ordre recherches nouvelles ?. :
Une idée heureuse gâtée par une faute de goût, ainsi se té ment la plupart des entreprises littéraires de Klopstock. Ia doté l'Allemagne d’une épopée, qu’on disait supérieure à P Lin il avait donné, à ce qu'il pensait, la forme moderne de l’ode aborda aussi la poésie dramatique. Ses premiers sujets sont de la Bible; la Mort d'Adam (1757) et Salomon (1764), auxq ajouta plus tard David (1772), ne sont que des idylles: pieu dialoguées. Mais les années 1764 et 1765 amenèrent un dou événement littéraire, dont les conséquences se prolonge èr jusqu'à la fin du siècle à l'Edda et les poèmes d'Ossian fu connus en Allemagne 3. Klopstock crut trouver dans les de l’'Edda un ensemble de traditions nationales comm toute la race germanique, et semblables aux légendes myt dont s'étaient inspirés les tragiques grecs. Quant à Ossia revendiquait pour l'Allemagne, ainsi qu'il le dit dans une Gleim, «comme Calédonien ». Tous les habitants de la Grar n'étaient-ils pas « les descendants 4 audacieux navigaie
Ed À ”
1. Ein bôser Geist mit plumpem Wéntecrepolte (Ode à Voss,. 1782). -
2. Les seules poésies rimées de Kilopstock sont ses cantiques rose elles n’en sont pas moins artificielles, et elles n’ont jamais été vraimer laires. — Les Odes de Klopstock circulèrent d'abord à l'état de man parurent isolées dans les revues. La première collection en fut faite pa grave Caroline de esse-Darmstadt, en 1771, et imprimée en 34 exemplaint und Elegien, vier und dreyssigmal gedrnakt} La même année, l'auteur recueil contenant trois livres d'odes et trois élégies (Oden, Hambourg. nouvelle réimpression fut faite à Leipzig en 1787, et enfin dans l'édition des œuvres de Klopstock, qui ne fut terminée qu'après sa mort (7 vol 1798-1809). — Édition critique, par Fr. Muncker et J. Pawel, 2 vol., Stuttg
3. La première traduction allemande d'Ossian, en prôse, parut à H 1764. L'année suivante, l'Histoire du Danèémark de Mallet fut traduite en elle contenait, dans l'introduction, une traduction française d'une partie de velle Edda, avec un ensemble de renseignements sur l’ancienne poésie C'est par cette traduction française, retraduite en allemand, que les
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wavait jadis portés la mer du Nord! »? Klopstock écrivit alors “qu'il appela des bardits, C'est-à-dire des drames patriotiques en fose avec des chœurs chantés par les bardes. Ce fut d'abord Bataille d'Arminius (1769), que Schiller essaya plus tard de Onter sur le théâtre de Weimar, et qu'il dut abandonner, n’y ouvant qu'une « production froide, insipide et grotesque, sans vie et sans vérité ? »; ensuite Arminius et les Princes (178#), alluon à la rivalité des cours allemandes, et la Mort d’Arminius (1787). étaient des tentatives malheureuses; mais ce n’est pas le seul lôpstock qu'il en faut accuser. Il aimait son-pays, et il aurait julu le chanter. Mais où était l'Allemagne de son temps#? Les ctoires de Frédéric Il étaient l'unique sujet d’orgueil des : atriotes allemands; mais Frédéric n’aimait que l'étranger, et la
bérté de ses sujets était le moindre de ses soucis. Klopstock se
iéa donc une Allemagne de fantaisie. Enjolivant le récit de Tacite
ec des oripeaux mythiques empruntés à l’Eddu et des tirades : nitées d'Ossian, il fit reculer l’histoire de plus de quinze siècles. rminius fut son héros, et il l’entoura d’une cour de bardes, dont sé prétendit le successeur. Il écrivit en même temps une nou- . lle série d'odes, où il essaya de rattacher l'Allemagne moderne ses vraies origines. La langue allemande fut déclarée pure de ut mélange étranger et supérieure aux langues classiques. Apollon grec baissait les yeux devant le Braga scandinave. Et était dans des rythmes empruntés à la Grèce que se déversait üte cette faconde patriotique. L Klopstock avait prédit, en 1773, dans une ode adressée aux omtes Christian et Frédéric-Léopold de Stolberg, que dans cent nsdAllemagne serait libre et que « le droit de la raison l’emportérait sur le droit du glaive ». En attendant, il salua avec enthouäsme la Révolution française, qui, pensait-il, devait tôt ou tard ” onuer la liberté à l'Europe entière : ce fut la dernière phase de
Lpoésic Iyrique. Quand Louis XVI convoqua les EÉtats-Généraux, DER: :
POde intitulée d'abord (1747) À mes amis, plus tard (1767) Wäingolf. Dans la
conde rédaction, Klopstock substitua la mythologie scandinave à la mythologie
‘ecque dont ils ‘était servi d'abord.
2 Correspondance avec Gœthe, 20 mai 1803.
32 « Citoyen, Patrie, Liberté! » disait le peintre suisse Füssli dans une lettre à
avater. « Si du moins Klopstock était Suisse! Mais où est la patrie d'un Alle-
man”? Est-elle en Souabe, dans le Brandebourg, en Autriche, ou en Saxe? Estelle dans les marais qui engloutirent les légions romaines de Varus?... De quoi un valet peut-il être fier, sinon de la livrée de son maître? » (Briefe an Merck, L de K, Wagner, Darmstadt, 1835).
VA. Bossenr. — Hist, de la littér. allemande, 11 1e
il déclara que les victoires de Frédérie « ont d être : | « grande action du siècle », etil engagea les Allemands à imiter Francs, « leurs frères ». nl dédia une ode au duc de La Roch foucauld; il lui écrivit que, « s’il avait des fils, il les conduire «en France et demanderait pour eux et pour lui le droit de cité Il se mit aussi en correspondance avec La Fayette. L'Assen blée législative lui décerna, le 26 août 1792, le titre de citoye français. Dans sa réponse au ministre Roland, il demanda, par donner une preuve de civisme à « sa nouvelle patrie », quel auteurs des massacres de septembre fussent punis. Ce fut, ch Jui, le commencement d’un revirement d'opinion. Plus tard, flétrit le règne des Jacobins, et il célébra l'acte héroïque « Charlotte Corday!. Mais il ne renvoya pas, comme d’autres, sc diplome de citoyen français, car, avec sa nature candide et porti aux illusions, il ne put jamais se détacher entièrement de & rêve de liberté, malgré les démentis continuels que les évén ments lui donnaient. Ses odes politiques ne sont pas d'une leetu facile. Mélange de passion inquiète et de réflexion naïve, ell s’embarrassent dans des tournures pénibles et obscures; ell disent le plus souvent avec des allégories cherchées ce qui se dire mieux en simple prose... 4
Un même sentiment patriotique et libéral, tantôt grand et gén
reux, tantôt naïf ou mesquin, anime toute prie de Klopstac
et en forme comme le lien et l'unité profonde. C’est ce sentime
qui l’a fait survivre. Klopstock est, de tous les classiques all mands, le moins connu en Europe et le moins lu en Allemagn
et néanmoins il sera toujours compté parmi les classiques. a donné une vive impulsion à l'esprit public, et, à toutes. 1 époques de renouvellement, on s’est souvenu de lui. IH aé l'inspirateur de la période Sturm-und-Drang et l’une des aut rités invoquées par le romantisme. Il a remué tout un ra /d'idées, vraies ou fausses, même contradictoires, quelque
neuves, toujours frappantes, un chaos que d'autres débroul ront plus tard ?, |
1. « Die erhabne Männin Corday », dans l’ode : Mein Zrrthum (1793).
2. Traductions. — La traduction la plus répandue du Messie, celle de M dé Carlowitz, n'est qu'une paraphrase du texte. Quatre autres avaient pré celle d’Antelmy Junker de Liebault (4 vol., Paris, 1769-1775), celle de F.-L. Pierre (Neuchâtel, 1795), celle de la chanoinesse de Kurzrock (3 vol., Aarau et. 1801), et celle de J. d'Horrer (3 vol., Paris, 1825). La troisième excitait parti ‘rement l'humeur de Klopstock, et il disait, faisant asion au nom de 1