CHAPITRE V
-" LA PROSE SOUS L'INFLUENCE DE KLOPSTOCK… 1. L’idylle d’après la définition de Gottsched ; les idylles mythologiques de Gessner. Lävater; ingénuité dé son caractère : sa théologie; sa Physiognomonie. L'Autobiographie de Jung Sblling. — 2. Progrès du sens historique. Les Congectures philosophiques. d’Iselin. Le trait De lOrgueil nalional de Zimmermann. Justus Mœæser; ses Fanlaisies patrioliques; son Histoire d'Osnabrücr. — 3. Transformation de l’éloquence sacrée; caractère des sermonnaires ‘allemans Reinhard. : 2
æ-* PELTA À. — GESSNER. — LAVATER. — JUNG-STILLING. ,
imprimé une direction précise, vivait surtout d'aspiration oi Les Pei ioles ess du morcelleinent de leur pa
le défaut d’être D chimérique ; es. âmes’ end € plaisaient dans le commerce d’une race innocente et pure; n'avait jamais vécu sur la terre. A l'utopie politique s’ajo l'utopie morale; et, dans cette école littéraire où lon. ne que de nature et de vérité, on vit reparaitre tout à coup.
sous sa forme la plus apprêtée et la plus conventionnelle,
Les ouvrages de Salomon Gessner répondent parfaite
- l'idée qu'on se faisait de lPidylle en Allemagne, au mili 1
SV siècle, Êe n “était la x que KoR y cherchait
Sr à
Je d' historien, des mœurs patriarcales qui avaient régné immédiatement avant et après le déluge. Aussi, selon Gottsched, aucun poète n'avait atteint la perfection du genre, pas même Théocrile et Virgilè. Les mêmes idées se retrouvent dans les Appendices que Jean-Adolphe Schlegel joignit à sa traduction de l'ouvrage de Batteux, les Beaux-Arts réduits à un méme principe. L'idylle, selon lui, n’a rien de commun avec les mœurs champêtres: elle est absolument distincte’el indépendante de la réalité; elle décrit les. impressions d'une vie bienheureuse, résultat de He et but idéal de notre existence terrestre. Schlegel ajoute seulement que le poète doit se rapprocher de son siècle, autant que lelui permet la condition essentielle du genre.
Gette condition est de fuir la vérité, comme d’autres genres poétiques la cherchent, Nulle trace, dans les œuvres de Gessner, de sa vie et, de son temps, de ce qu'il a vu et connu. Né à Zurich en 1730, il y demeura presque sans interruption, se par tageant entre la littérature et la peinture de paysage. Il ne fit guère qu'un voyage de deux ans en Allemagne, où il se lia surtout avec Ramler et avec Hagedorn, Ce fut le premier, dit-on, qui lui conseilla d'écrire dans ce style ‘bâtard qui n’est ni de la poésie ni de latprose, et qu'on appelle la prose poétique. Tout est artificiel chez Gessner, la forme et le fond. En présence du sol le plus pittoresque qu'ait jamais foulé un peuple libre, il nous montre des Daphnis et des Palémons se promenant coquettement dans un paysage mythologique, Les nymphes murmurent dans l'eau :. des : sources, et les dryades parlent sous l'écorce des arbres, tandis ue les papillons sont portés par le souffle des zéphyrs. ei nature É st. qu'une métaphore apprise par cœur; et quand le poète F ye de voir par ses yeux, il ne trouve que des détails insifiants à aligner. Le manque d'observation frappe surtout dans là peinture des personnages. Ils sont moralement parfaits, par conséquent peu variés. Quel que soit leur nom ou leur âge, disai. déjà Herder, c’est toujours le même berger. La monotonie dan: le “aux, telle est l’exacte définition de ce genre que Gestuet posa pendant un demi-siècle à toute l'Europe !
: grand €<ompatriote de Gessner, Jean- -Gaspard Lavater, fut un
e premier ouvrasé de Gessner, un potit poème en proso intitulé {4 Nuit mfut peu remarqué. Daphnis, une imitation de Daphnis et Chloé, en 1754, ença sa réputation, Deux ans après, il publia son premier recneil d' idylles. es poèmes et de nouvelles idylles suivirent; {a Mort d'Abel, en 1758; le
nn.
LA LITTÉRATU E CLASSIQU
caractère idyllique comme lui, avec dd en plus, avec le zèle de la propagande. Né en 1741, il fut successivement diacre, pasteur et premier prédicateur à Zurich. Il fit deux voyages en Allemagne; le premier, dans sa jeunesse, le mit em rapport avec Klopstock, avec le philosophe Moïse Mendelssohn, avec le théologien Spalding; le second, en 1774, a été l’objet d'un récit intéressant dans les Mémoires de Gœthe. Lavater, après avoir applaudi aux débuts de la Révolution française, se rattacha au parti conservateur et lutta courageusement contre le Directoire de Berne. Pendant la longue lutte que l’armée française eut à soutenir à Zurich, en 1799, il fut blessé d’un coup de fusil tiré par un soldat vaudois, et il mourüt, deux ans Su des suites de sa blessure.
Lavater mettait la même ingénuité dans tous ses actes, dans toutes ses paroles, dans toutes ses croyances. Il pensait que le ministère sacré dont il était revêtu lui imposait le devoir de signaler partout l'injustice. Tout jeune, il publia une brochure contre un bailli concussionnaire, et il émut à tel point l'opinion publique, qu'il arracha au Conseil un arrêt sévère contre le cous pable. Pour Lavater, tout événement de ce monde était le résultat d’une disposition spéciale ct instantanée de la Providence, dont. il se croyait lui-même l'instrument privilégié. Il était naturellement éloquent et communicatif; et, dans les moments où ses pensée secrètes venaient sur ses lèvres, il se donnait comme une incar- - nation de Dieu, comme un préphbte chargé de compléter l'œuvre
du Christ. Il Jai alors que l’apôtre saint Jean reviendrait au monde pour lui donner des instructions verbales : « J'espères « j'attends, » écrivait-il au philosophe Jacobi (le 19 mars 1784), « l'imposition des mains d’un homme dont jene suis pas dignede « délier la sandale, que je ne connais pas encore, que Dieu « connaît. Je ne l'appelle point, je ne.vais point au-devant « Jui, mais je sais qu'il m'apparaîtra ; et, en attendant u'il « vienne, je ne m'estime qu'un pauvre travailleur à la jour
Premier Navigateur, en 1762. — Gessne: mourut à Zurich en 1788. Ses æ® complètes avaient paru, dans la même ville, en 1777-1778, en deux volumes. E furent souvent réimprimées, et traduites dans toutes les langues de l'Eur en français par Huber (Paris, 1786). — Nouvelle édition des œuvres, parJ. L à vol., Zurich, 1841. — Choix par Ad. Frey (avec Haller, dans la coll Kürschner). — A consulter : Hottinger, Salomon Gessner, Zurich, 1796 ; = Salomon Gessner, Frauenfeld, 1889; — J. Baechtold, (Geschichte de deut Litteratur in der Schweiz, Érauenteid. 1892.
« Ce qui est en moi est plus grand que le monde : si la Divinité & n’est pas là, elle n’est nulle part. »
. Les ouvrages de théologie de Lavater témoignent d’un esprit qui se complaît dans ses rêves, et qui n’a Jamais éprouvé le besoin de vivre à la clarté du jour. Sa Physiognomonie, à laquelle ôn attribue d'ordinaire une portée scientifique, n’est elle-même qu'une déduction de sa métaphysique religieuse. La première ligne en indique le contenu : « Dieu créa l’homme à son <image. » Mais l'image de Dieu s’est pervertie dans le péché. Le but du physionomiste, son bonheur le plus pur, est d’en retrouver les traits épars sur la face humaine. La fin de l'histoire du monde est de ramener l'homme à la ressemblance parfaite de Dieu : c fut la plus noble des utopies, ou, disons mieux, des rances de Lavater!.
Lavater fut dépassé, dans la hardiesse de ses conceptions mystiques, par Jean-Henri Jung, surnommé Stilling. Né en 1740, dans un village du duché de Nassau, fils d'un tailleur qui dirigeait en même temps une école, Jung-Stilling mena longtemps lPexistence la plus pénible, dans laquell par sa confiance inébranlable en la Providence divine. A trente ans, il vint étudier la médecine à Strasbourg, où il connut G&the et Herder. Il s'établit ensuite Comme médecin oculiste à Elberfeld. Il fut plus tard'professeur à Heidelberg, 21817. Sur la fin de sa vie, il devint le centre
e pieuses espé-
où il mourut d’un groupe
1: Le premier ouvrage qui étendit la réputation de Lavater, ce furent ses Perpéclives dans l'éternité, sous forme de lettres adressées à Zimmermann (Aussichten n die Evwigkeit, 4 vol., Zurich, 1768-1778). L'un des plus étranges est Ponce-Pilate, u l'Homme sous toutes ses formes, ou ie Haut et le Bas de l'humanité, ou la Bible n petit et l'Homme en grand, ou l'Ecce-Homo universel, ou Tout en un seul (Ponlus Pilatus oder der Mensch in allen Gestalten, etc., 4 vol., Zurich, 1782-1785). Le lus intéressant pour la connaissance de l’auteur est le Journal secret d'un obseralèur de soi-même (Geheimes Tagebuch von einem Beobachter seiner selbst, 2 vol., @ipzig, 1771-1773), dont la première partie fut publiée à son insu par Zollikofer, tqui montre combien il était sincère au milieu de ses plus étranges visions. Les Fragments physiognomoniques pour l'avancement de la connaissance de Vide la charité universelle (Physiognomische Fragmente zur fenschenkenntniss und Menschenliebe) parurent en 4 volumes ( 75-1778). Gœthe s'y intéressa vivement lume pour l'impression (voir E. von de lySiognomischen Fragmenten, Francfort-sur-le-Mein, 1888). — Traduction franüse de Moreau (de la Sarthe; 10 vol., Paris, 1895) et de Bacharach (Paris, 1845). :* À consulter : Bodemann, Lavater nach seinem Leben, Lehren und Wirken dargeelltiGotha, 1856 ; 2° édit., 9 vol.; 1877; — Fr. Muncker, Lavater, eine Skizze seines cbens und Wirkens, Stutigard, 1883. — Voir aussi : Johann Kaspar Lavater, \Enkschrift zur hundertsten Wiederkehr seines Todestages, Zurich, 1902.
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Leipzig et Winter: |
; c’est lui qui prépara le premier
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