L'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE
L'éloquence sacrée suivit le progrès général de la littérature, du moins quant à la forme ; mais, au fond, elle changea de carac tère, le jour où elle n’eut plus aucun intérêt immédiat à débattre: elle se calma, se tempéra, se refroidit. Mosheim, Spalding, Zol likofer, prêchèrent avec succès, mais sans éclat. On. regrette cependant, en lisant les sermons de Mosheim, que son Histoire
1. Justus Mæser était un esprit littéraire. Il prit la défense d'Arlequin contre Gottsched (Harlekin, oder Verteidigung des Groteske-Komischen, 1161) et cellede la littérature allemande contre Frédéric II (Schreiben an einen Freund über die deutsche Sprache und Litteratur, 1781). : ke
Frédéric-Charles de Moser. — Ce serait ici le cas de parler du seigneur Frédéric- Charles de Moser; mais Moser fut à peine un écrivain. Né à Stuttgart en 1723; 4 se forma sous la direction de son père, jurisconsulte distingué. Il fut attac successivement aux gouvernements de Hesse-Hombourg, de Hesse-Casselet. Hesse-Darmstadt. L'empereur Joseph II l’apprécia également, et lui confia d fonctions importantes. Après la mort de la landgrave Caroline de Hesse-Darmsta qui l'avait protégé, il fut accusé de concussion, et ses propriétés furent.co
dix ans. Moser vécut ensuite dans la retraite à Ludwigsbourg, jusqu'à sa m en 1798. Son ouvrage le plus important est le Maître et le Serviteur (Der Herr une der Diener, Francfort, 1759), où, sous prétexte de donner les règles d'un bon gouve nement, il fait la satire des gouvernements qui existent. C'est aussi la peintu
politiques (Politische Wahrheiten, 2 vol., Zurich, 1796). Moser insiste sur la né sité de fortifier le sentiment national, d'appeler le contrôle de l'opinion pu sur les actes du pouvoir : c'est l'objet d’un de ses meilleurs écrits, De national allemand (Von dem deutschen Nationalgeiste, Francfort, 1765). Malheu sement, comme disait Herder, il aurait fallu un seeond Moser pour donner
serait chargé de ce travail aurait rendu un réel service à l'Allemagne (Frag sur deutschen Litteratur). | LEE
de l'Église soit écrite en latin! il parle une langue aisée, abondante, élevée. Spalding était très versé dans la philosophie anglaise et française; il-traduisit la Morale de Shaftesbury. Ses Considérations sur la destinée de l'homme et ses Pensées sur la valeur des sentiments dans le christianisme sont dirigées contre le piétisme 2: les deux ouvrages ont pour but de faire dans la religion tout à la, fois la part du sentiment et celle de:la réflexion. Quant à Zollkofer, il est trop didactique; ses sermons sont des traités de philosophie religieuse ou de morale : ce fut, du reste, en Allemagne, la marque presque générale du genre ?.
La suite des sujets nous amène à Franz-Volkmar Reinhard, bien qu’il appartienne à une époque un peu postérieure et qu'il aitressenti plutôt l'influence de Herder que celle de Klopstock. Reinhard à prêché longtemps à Wittemberg et à Dresde, et il est considéré comme le plus grand des orateurs sacrés de l'Allemagne au xviue siècle. Ses discours sont bien ordonnés; il s'exprime dans une langue correcte, châtiée, très littéraire. Mais on cherchérait vainement chez lui, aussi bien que chez la plupart des sermonnaires allemands, ces grands mouvements oratoires qui frappent dans un Bossuet ou dans un Bourdaloue. Les Allemands se défient trop de la rhétorique pour être très sensibles à l’éloquence, et, quant à l'éloquence sacrée, ils la comprennent surtout comme un instrument de polémique ou de propagande, Le sermon, en tant que sermon, c'est-à-dire comme morceau de grand style débité devant une assemblée toute persuadée, comme développement d'une vérité que personne ne conteste, leur paraît presque une anomalie; et Herder exprime bien l'opinion déses compatriotes, lorsqu'il affirme que le sermon doit être une simple conversation, sans nulle prétention littéraire, et que le premicr devoir du prédicateur ést d'oublier Démosthène et Cicéron.
ul Mstitutiones historiæ ecclesiasticæ, Helmstedt, 1755. — Mosheim (1694-1755) : a été professeur de théologie à Helmstedt (1723) et à Gœttingue (1747).
2 Belrachtung über die Bestimmung des Menschen, Greifswald, 1748; Gedanken iber den Wert der Gefühle in dem Christentum, Leipzig, 1761. — Spalding (1714- 1804} a été prédicateur à l'église Saint-Nicolas de Berlin, de 1764 à 1788. 3Wollikofer (1730-1788), originaire de Saint-Gall en Suisse, a été pasteur de l'église réformée de Leipzig depuis 1758; ses sermons, en dernière édition, ne remplissent pas moins de quinze volumes (Leipzig, 1789-1884). ; MAMReïinhard, né en 1%3 dans un village du Palatinat, enseigna la philosophie xt la théologie à l'université de Wittemberg, et devint, en 1892, prédicateur de la tour à Dresde, où il mourut en 1812. On a de lui 35 volumes de sermons (Sulzbach, 193-1813), et des Confessions (Geständnisse, Sulzbach, 1810), où il raconte son iducation oratoire et doune les règles de l’art.
- « mann soit issu de lui-même, dans la pleine originalité des
.« point nourri par les influences du temps et du lieu; sa voca