LESSING
œuités comme ra et sil exprimait son à avec moins de chaleur, il n’y mettait pas moins de © Mais, plus curieux que Winckelmann, il s'intéressai monde moderne. L'art, la littérature, la philoso hie tour à tour et le retenaient avec une égale puissant: mann ne concevait qu'un idéal : il l'avait atteint, 6 trait de loin aux rares esprits capables de le suivre: L chait le sien, et il conviait ses contemporains à le ch lui; mais il marchait devant eux, frayant la voie, écueils. La littérature alemanse étbit un hs in ne
d'y porter la lumière, et l’on s’élonnait seulement q esprit pût He à la fois aussi pénétrant et: A m0
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Ÿ LESSING ET SON GROUPE. 331 nlier à l'objet présent de ses études, il y montrait toute la itence de l'homme spécial; mais chaque objet n’était pour un détail dans un ensemble de recherches où il embrassait les questions de son temps. Au reste, rien n’était acces- Pour lui,-car il ramenait tout aux principes. Lessing ne fut
ulement un conseiller, un auxiliaire, pour les écrivains de
ent d'exemple. Il fonda définitivement la littérature sur la
ïuon littéraire et de réflexion philosophique !.
qui se porta d’abord sur les livres, en attendant qu'elle lsatisfaire dans le spectacle du monde. Né à Kamenz, dans ule-Lusace, le 22 janvier 1729, fils d'un pasteur, il fut , à l’âge de douze ans, à l’Afraneum de Meissen, école : autrefois par l'électeur Maurice de Saxe dans les bâtidu couvent de Sainte-Afre. Les langues anciennes y for-
Mes heures de récréation à la lecture. Plaute, Térence, hraste, furent ses auteurs favoris. Le stage des études com- “Six années : cinq ans lui suffirent, et le directeur, en le liant, lui donna ce témoignage : « Nous ne pouvons plus re aucun service à cet élève ; les leçons que ses camarades Nent trop difficiles sont un jeu pour lui : c’est un cheval lemande double ration d'avoine. » Il avait dix-sept ans. Ilse à Leipzig pour étudier la théologie. Ce fut son second appren- | celui de la vie, après celui des livres. « Les livres, » dit-il
(| à AIT
‘ions des œuvres. — Les œuvres de Lessing ont été: l'objet d'un travail cri- |Pæété inauguré par Lachmann dans sa première édition de 1838, et qui s'est depuis. Sämtliche Schriften, 3° éd. de Lachmann, revue et augmentée Muncker, 22 vol., Stuttgart, 1886-1909. — Werke, 20 parties en 23 vol., | Tlempel), 1868-1877; Auswahl, 12 vol., 1879; Lngere Auswahl, 7 vol., 1879. » par Muncker, avec des introductions de Gæœdeke, 12 vol., Stuttgart, 1890. » par Boxberger et Blümner, 14 parties (dans la collection : Deutsche Litteratur, de Kürschner).
ulter. — Danzel et Guhrauer, Gotthold Ephraim Lessing, sein Leben und rke, 2 vol., Leipzig, 1850-1853 ; 9 éd., par Maltzahn et Boxberger, 2 vol., 1380-1881. — Kuno Fischer, Lessing als Reformator der deutschen Litteratur, |atigart, 1881, —-- Erich Schmidt, Lessing, Geschichte seines Lebens und seiner I1%2,vol., Berlin, 1884-1891] ; 2 éd., 1899. — K. Borinski, Lessing, ? vol., 00 (dans la collection : Geisteshelden). — É. Grucker, Lessing, Paris, 1896. uliez, Etudes de Littérature et d'art, Paris, 1873.
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ération suivante ; sa vie même, son caractère et sa méthode .
te; et il fit de la poésie allemande ce qu'elle est restée entre äns de ses successeurs, un mélange particulier d'art pur,
première passion de Lessing fut une soif immodérée de,
IMla base de l’enseignement. Le jeune Lessing employait,
dans une lettre à à sa mère, « avaient fai de moi ‘un s
«former. » Il as la thélagie. Mylius, son parent, qui d successivement plusieurs revues, l'introduisit au théâtre. | publia ses premières comédies, qu ‘une actrice célèbre, Car Neuher, fit réussir; il écrivit aussi des articles de critique.
: dramatique parut être pendant quelques années sa seule voca
Néanmoins ses premiers essais ne dénotent encoren q faible originalité; ses comédies ne s’écartent pas des. n convenus: ses jugements littéraires sont déterminés par. Je /français. Il n’élève encore aucun doute sur les trois “unité traduit même les discours de Corneille sur la poésie dramat Il recommande seulement aux auteurs allemands déne borner leur attention au xvue siècle, mais de comprend leurs études les tentatives nouvelles faites par les écrivail çais. Enfin {et ce fut sa première hardiesse) il veut qu'on « aussi les ue et les Espagnols, et il prononce déjà cette p remarquable : « Si les Allemands voulaient suivre leur na! « leur théâtre A plutôt à celui des Anglais « des Français. » C'était une vue prophétique!.
En 1750, Lessing se rendit avec Mylius à Berlin, et, fixer d'une manière définitive, 1l y porta, pour une séri le centre de son activité littéraire. Il fit de courts, Wiltemberg, à Potsdam, même un voyage en Holland 4760 à 1765, il fut attaché comme secrétaire au général qui administrait pour le compte de Frédéric IT la Si ASH emERS conquise. Mais Berlin fut, jusqu’en 1767, St
‘appui, et c'est dans cette ville, alors complètement l'esprit français, et où Voltaire venait de faire reco personne sa royauté intellectuelle, que Lessing tenta revivre le génie national. La noblesse lui échappait; chait une langue et une littérature de bon ton, et elll l'une etl’autre en France. Lessing s’adressa donc à la bo
matiques.
[1 groupa autour de lui quelques écrivains, tels q } et Mendelssohn, avec lesquels il publia les Lettres con
1. Voir les Contributions: à l'histoire et aux progrès du théâtre, avec Mylius (Beïträge zur Historie und URSS des Theaters,
En
re comtemporaine. C’est dans ces lettres qu'il se sépara
tivement de Gottsched et de ce qu'on appelait le goût fran- ”
@L'ambition de Gottsched ne fut pas tant, » dit-il, « de corr notre ancien théâtre que d’être le créateur db théâtre veau. Et quél dévait être ce théâtre nouveau? Un théâtre émi français. Mais Gottsched ne se demanda pas si un théâtre convenait au caractère allemand. Cependant nos iénnes pièces, qu'il s’efforça de bannir, auraient pu lui
féndre que nous penchons plutôt vers le goût anglais qué
“le goût français, que nous voulons voir et penser plus que Cène française ne nous le permet, que ce qui est grand, ible, mélancolique a plus d’empire sur nous que ce .qui
aimable, tendre et amoureux, enfin que l’excès de la sim-
té nous fatigue plus vite que l'excès de la complication. isched aurait dû suivre cette trace, qui l’aurait mené direcent au théâtre anglais !. »
ne fut point Shakespeare qui attira d'abord Lessing vers leterre. Il le-citait encore à côté de Dryden et de Wicherley, ï@plus tard il mettra sur la même ligne Molière et Desess Lessing se guidait par des raisonnements plutôt que meoût naturel et instinctif. En réfléchissant aux lois du ‘een considérant surtout le caractère du public allemand,
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ane le genre tragique devait s’abaisser d’un degré vers la ét que la comédie, de son côté, se rapprocherait de la ven excitant tour à tour le rire et les larmes. Deux genres faux devaient désormais se partager la scène : la tragédie
omplications de la politique et de l’histoire, et la comédie vante, qu'on cherche vainement, dit un Hièle de Nicolaï, :réditer en l'appelant Ééhosantet, 2, Lessing trouva un allié ndu dans Diderot, « l'esprit le plus philosophique qui sé occupé qu théâtre depuis Aristote »; et il traduisit aussitôt
rièfe dieneueste Litteratur betreffend ; 24 séries, Berlin, 1759-1765. — L'idée nouvelle revue, s'inspirant d'une entière liberté d'appréciation, venait de g4Nicolaï indiqua la forme épistolaire. La collaboration de Lessing cesse : fin de l'année 1760, lorsqu'il se rendit à Breslau. Le plus important des rateurs, après Lessing, Nicolaï et Mendelssohn, fut Thomas Abbt. — Tra- (rase choix, par G. Cottler, Paris, 1876.
nige, was seine Anhänger das rührende Lustspiel Gui seine Widersacher liche nennen (Theatralische Bibliothek, Berlin, 1754-1758).
ifarrivé à penser que la tragédie héroïque avait fait son /
jéoise, où le simple jeu des passions humaines tient lieu
de Lillo fut représenté la même année à Leipzig. Lessin, en 1755, à Potsdam, Miss Sara Sampson, dont le sujet rapp Clarisse de Richardson; et si [a pièce péchait par le vagu sentiments et des caractères, elle servit du moins à. rom} monotonie des déclamations tragiques par Aa on, wi égaler Corneille. :
Lessing poursuivit sa réforme, combinant la théorie, passant de Diderot à ShaLespe de Sophocle. à Ari Si ses projets avaient pu être exécutés aussi vite qu ils 6 conçus, s'il n'avait été sans cesse détourné par d’autres tra l'Allemagne se serait enrichie en peu de temps d’un répe considérable. Il écrit jour et nuit, dit-il dans une lettre à6 en 1758, et son moindre rêve est d'être aussi fécond. q de Vega. Mais Lope de Vega n'avait qu'à suivre les i impu son facile génie : Lessing devait renouveler la forme fond ; il lui fallait créer le moule, avant d'y couler sa” petit nombre d'ouvrages qu'il termina ne donne qu idée des conceptions multiples qui s’agitaient dans sat variété de ses tentalives, quelques principes se dégage en plus nettement : c’est qu'il faut bannir du théâtre étrangères, les tirades ambitieuses, les développement et, par suite, augmenter l'effet dramatique en. resse rue l'action. Philotas, terminé, au commencer l’année 1759, est. une Éae. étude sur antique, de. -Sophocle : une seule situation est résumée en un. d'un prince royal prisonnier, qui se donne la mort po consentir à une négociation onéreuse pour son pa Emilia Galotti, dont les origines remontent à la mêm quoiqu'elle ne fût publiée qu’en 1772, la concision est ] loin que, malgré tout l’art de la COS O ES certains l'intrigue restent obscurs. Dans une lettre à Nicolaï, vier 1758, Lessing parle d'un jeune auteur, qui n'est ai lui-même, occupé à une tragédie dont le sujet sera,: Virginie bourgeoise : « Il a dépouillé l’histoire de la « romaine de tout intérêt politique et général; il a pen
1. L'étude biographique et critique sur Sophocle parut l'année s ivan:
tin d’une fille immolée par un père, à qui sa vertu est plus 1e que Sa vie, est assez tragique par lui-même et suffit à er l'âme dans ses profondeurs. Le plan n’est calculé que M irois actes, et l’auteur prendra sans scrupule toutes les rtés de la scène anglaise. » La pièce eut définitivement aêtes, sans sortir de son cadre étroit. Mais n'y avait-il pas ue parti pris à effacer ainsi tout l'arrière-plan du sujet? La ie romaine, livrée sans défense à un ordre tyrannique, ut être soustraite au déshonneur que par le poignard. Mais 1g se voit réduit à des artifices pour rendre le dénouement imblable. Il laisse même une tache sur le caractère de son ne: « Ce qu’on appelle violence, » dit Emilia, « n’est rien :la eviolence c'est la séduction. J'ai du sang, mon père, un aussi juvénile, aussi chaud que toute autre. J'ai des sens is Je ne garantis rien, je ne réponds de rien. Je connais naison des Grimaldi : cest la maison de la joie. Je n’y ai équ'une heure, sous l'œil de ma mère, et maint tumulte ‘élevé dans mon âme. Donnez-moi ce poignard, mon père! » “pensait qu'Emilia aimait secrètement son séducteur ; mais éandique, etelle vient de donner librement sa main au | Appiani. Les théories sont faites pour être poussées à l’ex-
et Lessing n'a pas échappé à ce danger. Emilia Galotti
Mb pas moins un immense retentissement. Pour la prefois en Allemagne, à propos d'un écrivain dramatique, et quelque apparence de raison, l'on prononça le nom de Speare. La première scène seule, avec son style énergique pé, est un chef-d'œuvre d'exposition.
Minna de Barnhelm, » dit Lessing dans une lettre à Ramler du ÆA764, « n'est pas meilleure que toutes mes pièces précées, je renonce pour toujours au théâtre. » Elle l’est en effet, me considère que la vérité des sentiments et des carac- Ici; Lessing ne s'inspire plus ni de Diderot ni de Sophocle,
e la vie et des mœurs de son pays : c'était la vraie source,
écouvrit le premier. L'inspiration est si franche et si immé- JW'on a cru retrouver jusqu'aux détails de l’intrigue dans ‘chronique du temps. Peu nous importe qu'une aventure ble à celle du major de Tellheim se soit passée dans une rie de Breslau; qu'un oflicier prussien ait réellement payé deniers une contribution de guerre imposée par Frédéric II ville de la Lusace: que le général Werner soit le type ee.
: brave sergent qui se ÉB de nie sa | carrières | chef d'armée; que Lessing enfin seysoit peint lui-même ait peint son ami le poète Ewald de Kleist dans son per
” principal : les mœurs sont vraies, les caractères vivants; tor “naturel et pris sur le fait. Ge fut, dit Gœthe, la première
importante empruntée à des événements contemporains, la tion la plus vraie de la guerre de Sept Ans !;et, depuis plus siècle que la pie se joue, ce jugement à été confirmé p public. F id
En même temps que Lessing terminait Minna de. Bdrnhe écrivait le Laocoon, qui peut être considéré comme.une son conclusion générale de ses études dramatiques. Le point di
s'élève, l'horizon s'agrandit. Il ne s’agit plus du théâtre seul,
‘ de la poésie avec tous ses procédés d'invention et ses
d'expression; il s’agit enfin de la place qu’elle occupe dans semble des arts. Dans ses derniers travaux pour la scène,Le
< avait rompu avec Gottsched et le goût français : dans le Lac
Ja confusion, avait convié tous les arts à la reproducti
il se sépare de l’école suisse, en même temps qu'il réfute erreur de Winckelmann. Les Suisses avaient appelé la poési peinture muette : ut pictura poesis. Winckelmann, maint
seul idéal, composé de grandeur et de calme: « Comme « fondeur des mers, » disait- til, « reste tranquille, quand m « surface s'agite avec fureur, ainsi les figures des Gr
« ment, jusqu'au sein des passions, une âme grande e « d'elle-même. Une telle âme se peint sur le visage de” « dans tous ses membres, au milieu des plus vives souffr Winckelmann semblait blâmer Virgile d’avoir cong autrement que le sculpteur, en laissant: pousser au prêt « des cris horribles? ». Lessing montre que la poésie: particulières, comme la sculpture a les siennes; quela nous fait assister au complet développement d'une actio que la seconde ne peut produire à nos yeux qu'un mor de celte action, lequel ne sauraït dès lors être choisi ave soin; que la sculpture est condamnée à l’immobilitéd | tandis que la poésie vit de mouvement et de contrast clusion dernière, que Lessing n'eut pas le temps de