‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 252 sur 534 · HOŒLDERLIN · texte numérisé non relu

HOŒLDERLIN

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‘est le propre des disciples de ne prendre qu'un côté de la isée du maître, en l’exagérant. Hælderlin reprit l’hellénisme Gæthe et de Schiller, en le poussant à l'extrême. Gæœthe, penit son voyage en Italie, Schiller, au temps de ses études grec- 5, avaient conçu un idéal de beauté morale, une sorte d’harnie de toutes les facultés, dernier degré du perfectionnement iSles âmes d'élite. Mais, dans la trinité du bien, du beau et Wrai, ils se seraient gardés de supprimer péremptoirement termes au profit du troisième. Hælderlin franchit ce der-

lement une dans la variété infinie de ses apparitions ; elle est

Hypérion, dans lequel Hælderlin s’est personnifié, «le premier nfant de la beauté humaine, de la beauté divine, c’est l’art. n Jui l'homme divin se rajeunit et se rétouvelie: L'homme sut avoir conscience de lui-même: alors il donne à sa propre

eauté une existence en dehors de lui. C’est ainsi que l'homme créé ses dieux. Hu dans l’origine, l'homme et ses dieux ne

Bpas. La beauté est, pour lui, la chose suprême; elle est éter-

Ha fois divine et humaine. « Le premier enfant de la beauté, »

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« faisaient qu’un; l'éternelle bent inconnue à he même, €

« tait seule. — Ce que.je dis est un mystère, mais ce ne. | : « est une réalité. — Le second enfant de la beauté est la religion « La religion est l'amour de la beauté. Le sage aime la beau « elle-même, la beauté infinie, et qui embrasse tout; le peup «aime les enfants de la beauté, les dieux, qui lui apparaisse « sous des formes multiples. — Il en était ainsi chez les Ath: « niens. Sans cet amour de la beauté, sans cêtte religion, un Ët « n’est qu’un squelette desséché, sans vie et sans âme, et tou « pensée et toute action n’est qu’un arbre dont on a coupé | « cime, une colonne dont on a abattu le faîte 1. » ù

On aime à trouver de telles idées chez un jeune poète; on e sûr que celui qui a écrit ces lignes ne fera jamais rien de gaire. Que serait devenue la philosophie de, Hælderlin, si el avait subi l'épreuve de la réflexion et de l'expérience? On ne sai il n’a pu consacrer qu’une dizaine d'années de sa vie au traya littéraire; le reste a été pris par la folie.

Né à bauffen, dans le Wurtemberg, en 1770, Frédéric Hoslderl perdit de bonne heure son père; il grandit « comme une vign : sans appui ». Sa mère, personne pieuse et douce, cultiya surtot le côté tendre et\rêveur de sa nature. Un besoin d’être compri aimé, choyé, s’empara de lui, et Paccompagna toute sa vie: 50 ec se passa au village de Nürtingen, où sa mère s’étai remariée, et dont la situation gracieuse au bord du Neckar 1 toujours présente à son imagination. Quelques amitiés reuses, auxquelles il se livra avec enthousiasme, rempliré jeunesse. À Tubingue, où il. devait étudier la théologie, il soc surtout de philosophie et de musique. Il passait déjà pour un belléniste, et il cherchait à reproduire, dans des essais p ques, la beauté de la versification grecque. Parmi les M

1. « Das erste Kind der menschlichen, der gôttlichen Schôünheït ist. a -« Inihr verjängt und wiederholt der güttliche Mensch sich selbst. Er w « selber fühlen, darum stellt er seine Schônheit gegenüber sich: So « Mensch sich seine Gütter. Denn im Anfang waren der Mensch und seine « eins, da, sich selber unbekannt, die ewige Schünheit war. — Ich spreche « rien, aber sie sind. — Der Schônheit zweite Tochter ist Religion. R ig « Liebe der Schünheit. Der Weise licbt. sie selbst, die Unendliche, die All « sende; das Volk liebt ihre Kinder, die Gütter, die in mannigfaltigen Ges <ihm erscheinen. — Auch so war’s bei den Athenern. Und ohne solche Lie « Schôünheit, ohne solche Religion ist jeder Staat ein dürr Gerippe ohnt « und Gcist und alles Denken und Tun ein Baum ohne Gipfeh eine Fe F « die Krone herabgeschlagen ist. »

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| POÈTES ET ROMANCIERS. Le 499

nds, son. premier modèle fut Klopstock. Comme la plupart de s contemporains, ilne put échapper à la fascination d’Ossian. ais bientôt il s’attacha entièrement à son compatriote souabe, 1 Il Jui écrivait plus tard, après qu'il fut entré en relaüons personnelles avec lui : « Votre Don Carlos fut Ingtemips &.le nuage magique dans lequel le dieu de ma jeunesse m'’envecloppa pour m'empêcher de voir trop tôt la petitesse et la barbarie du monde. » Hælderlin était encore sous l'influence du Don Jarlos lorsqu’il conçut son roman d’Hypérion; le caractère du léros principal est”un composé de l'enthousiasme juvénile de infant d'Espagne et.de l'esprit chimérique du marquis de Posa. Ses études terminées, en 1793, Hælderlin avait été chargé, sur a recommandation de Schiller, de diriger l'éducation du fils de me de Kalb. Mais il paraît que son élève ne lui donna pas beauou p de satisfaction. Il quitta des fonctions dont le seul attrait jour lui était le voisinage d’Iéna, et il entra comme précepteur hez un banquier de Francfort, dont la femme, Suzanne Gontard,

ée Borkenstein, était d'une beauté EN ED « Mon sens artistique, » écrit-il, « ne risque plus désormais d’ ne dérouté ; il s'oriente einen sur celte tête de madone. — C'est une

Grecque, » dit-il ailleurs !. Il la chanta sous le nom de Diotima. fais bientôt il jugea prudent de s'éloigner. Le premier volume 'Hypérion, qui avait paru en 1797, et quelques poésies publiées ans les Heures et dans les bte des Muses de Schiller, avaient fait connaître. Ses amis s’occupèrent de lui. Il vécut SUCessivement à Hambourg, à Stuttgart, puis à Nürtingen, chez sa ière. Sa santé s’altéra par les privations, ses accès de Habote évi nrent plus fréquents. Il sentit plus douloureusement le con- ‘aste entre le monde qu il rêvait et celui où il était réduit à vivre, il sen plaint dans ses lettres. « Ce climat, » dit-il un jour, west pas fait pour des poètes, et voilà pourquoi, de dix plantes de cette espèce, c'est à peine si une seule peut pousser. » Il éhgagea encore une fois comme précepteur, au mois de

‘cembre 1801, chez le consul de Hambourg, à Bordeaux. Mais, Li »

Dir ses lettres à son ami Neuffer, dans : Carl Leres Hülderlins Leben

Briefen von und an Hôlderlin, Stuttgart, 1890. — Œuvres : Gesammelle Dichngen, par Berthold Litzmann, 2 vol., Stuttoart, 1897, — Gesammelte W, erke, un choix de Jottres, par W. Bœhm, 3 vol., léna, 1905, — A consulter :

Milbrandt, Ariedrich LHolderiin (dans la Collection: Geisteshelden), 2e éd., n, 1896, |

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F. LITTÉRATURE. CLASSIQU

dès le printemps suivant, les siens n ’eurent plus de renseignéments sur lui. Enfin il rentra à la maison paternelle (juin 4802), dans un état d'égarement complet; il avait fait la route à pied. Sa mère le soigna; il eut encore des moments lucides, et il publia, en 1804, une traduction de l’OŒdipe Roi et de l'Antigone de Sophocle. Sa folie étant devenue incurable, on le logea chez un menuisier de Tubingue, qui le prit en amitié, et qui le garda durant sa longue agonie, jusqu’en 18435.

Ce qui frappe le plus dans l’œuvre de Hæœlderlin, ce qui étoñne même si l’on considère l’état habituellement inquiet de son esprit, ! c'est la tranquille plasticité de la forme, Le sens de la beauté étai

inné en lui. Il est le premier qui se soit trouvé à l'aise dans les mètres antiques. Klopstock les avait introduits de gré ou de force, et les avait imposés à une langue rebelle. Hælderlin les acclimata définitivement; mais il montra en même tete pa son exemple, quel art souple et délicat il fallait pour s'en servir La strophe rythmée, où il évite toute consonance dure, tout. lourdeur d'expression, est le vêtement naturel de sa poésie; S phrase se déroule en plis simples et harmonieux, comme 5 pensée. à

Le roman d'Hypérion, où il s’est révélé tout ciéièe. fut remani! deux fois, avant de trouver sa forme actuelle. Un premier frag ment, dont il ne reste à peu près rien dañs l'édition définitive € l 1797-1799 ?, parut déjà dans la Nouvelle Thalie de 1194. Le secon volume date de l'époque où Hælderlin, après son départ-de Franc fort, souffrait de son abandon et commençait à douter de même. Le plan général est resté vague, ce qui tient en pa * ce que la rédaction fut plusieurs fois interrompue, en p aussi à la forme épistolaire, que l'auteur avait choisie parce q se prêtait à ses effusions lyriques. Hypérion, le héros princip porte le nom du dieu de la lumière; C'est un Grec moderne, nai il a l'âme antique; il était digne de vivre à Athènes, au temps o les pompes solennelles montaient au Parthénon. Il rougit d son pays asservi à des barbares, de voir ses compatriotes de des barbares eux-mêmes. Mais peut-on ranimer une cendre m Re rencontre Diotimä, qui le tire de sa contes

1. La cause de sa folie ne fut pas, comme on l'a dit, la mort de Diotima Gontard ne mourut que le 22 juin 1802.

2. Hyperion oder der Eremit in Griechenland, ? vol., TRE io7-17,

POÈTES ET ROMANCIERS, 501

M0, que la Russie a déclaré la guerre à la Turquie, et qu’elle a ipelé les Grecs à concourir à l'œuvre de leur délivrance, Hypéon réunit une troupe de volontaires; ils pénètrent ensemble ns le Péloponnèse; ils prennent d'assaut ce qui reste de

mcienne Sparte. Mais ils déshonorent leur triomphe par

massacre et le pillage. Hypérion reconnaît avec désespoir ie les hommes avec lesquels il voulait fonder sa république né nt qu'une horde de brigands. II perd Diotima, « car l'idéal ne peut vivre sur la terre. » Il s'éloigne, parcourt l'Occident, n'y Juve pas plus de consolation que dans son pays, retourne en èce, et termine sa vie dans la solitude.

Ce n'est pas sans dessein que Hælderlin a conduit son héros en lemagne. Si les Grecs modernes sont déchus, est-ce chez les lemands que le culte de la beauté pourra renaître ?« Hélas! leur vue offense une âme bien née’, ils manquent d'harmonie, comme les tessons d’un vase brisé. » Hypérion a laissé en Allemagne Mami, Bellarmin, à qui il adresse la plupart de ses lettres. Bes Allemands! » lui écrit-il un jour, « je ne connais pas de

race plus abâtardie. On voit chez eux des artisans, des pen-

seurs, des prêtres, des maîtres et des valets, des jeunes gens ébdes gens d'âge mûr, mais non des hommes... Je te le dis, n’est rien de sacré que ce peuple ne profane, ne rabaisse à ses vues intéressées. Ce qui, chez les sauvages mêmes, reste diinement pur, ces barbares, qui calculent tout, en font métier marchandise. Quel spectacle déchirant de voir vos poètes, "OS artistes, ceux qui estiment encore le génie, qui ont gardé

lesculte du beau! Ils vivent comme des étrangers dans leur :

Propre demeure, semblables à Ulysse mendiant au seuil de

Son palais, traité de vagabond par une horde bruyante de parasites. Le cœur plein de joie et d'espérance, ces nourrissons desMuses prennent leur élan. Voyez-les sept ans plus tard : ils érrent, silencieux et froids, comme les ombres du Tartare… Malheur à l'étranger qui arrive chez ce peuple avec une âme irdente! Trois fois malheureux celui qui, comme moi, poussé Par une grande douleur, vient lui demander un asile! »

Ich kann kein Volk mir denken, das zerrissner wäre, wie die Deutschen.

landwerker siehst Du, aber keine Menschen, Denker, aber keine Menschen, riéSter, aber keine Menschen, Herrn und Knechte, Jungen und gesetzte Leute ber keine Menschen.… Ich sage Dir : es ist nichts Heiliges, was nicht entheigt,nicht zum ärmlichen Behelf herabgewürdigt ist bei diesem Volk, und was res unter Wilden gôttlich rein sich meist erhält, das treiben diese allberech-

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