‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 254 sur 534 · HEBEL ET LES DIALECTES · texte numérisé non relu

HEBEL ET LES DIALECTES

La poésie dialectique, si elle veut être vraiment de la poési est une œuvre délicate; elle marche entre deux écueils. Si. elle borne à suivre l’homme du peuple, paysan ou artisan, dans “| occupations journalières, elle n’est qu'un document sans intéri Si elle veut franchir ce cercle monotone, elle risque de’dire 1 patois ce pu a été pensé en langue littéraire ; elle n’est plus, da: ce cas, qu'une traducrion toujours affaiblie, de baroqu Le vrai poète dialectique est celui qui fait sortir la pos dialecte même, qui, avec les tours et les images que ce. dialec lui offre, trouve moyen de rendre, simplement et. directemer les pensées qui l’agitent et les sentiments qu'il éprouve. Ia. Jui tout à la fois l'âme d’un poète et l’âme d’un paysan. balai qu'il parle lui est innée, il ne saurait en parler d'autre, Mai aussi en lui un fonds assez riche pour varier, a

3e éd, Saint-Gall, 1841. — Poésies, choix, 2 on. , Leipzig, ‘1897: Stuttgar ; 2 Mahlmann parodia assez spirituellement, dans Hérode EDÈNE Bethléher

le drame larmoyant de Kotzebue, les Hussites devant Naumbourg. = &

plètes, 8 vol., Leipzig, 1839-1840. — Poésies, 4° éd., Halle, 1847.

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MOËÊTES ET ROMANCIERS, | BTE

Avant lui et à côté de lui, dans toutes les régions de l’Allernagne, des hommes de talent ont essayé de parler au peuple dans sa | ngue. Mais ils ne l’ont entretenu le plus souvent que de ce quil y avait de plus banal dans sa vie; ils ont rarement pénétré jusqu'à ses émotions intimes, jusqu'à ses pensées secrètes, pour lesquelles lui-même, avec les ressources ordinaires de son intelligence, n'avait pas trouvé d'expression. Ils n'ont pas su extraire de l'âme Populaire la poésie qu’elle contenait.

Dans la seconde moitié du xvure siècle, un bénédictin nommé Lindemayr Composa des, comédies dans le dialecte de la Haute- Autriche, qui furent très répandues avant d’être imprimées; ce

sont des farces grossières 1. Vers la même époque, un chanoine

des environs d'Ulm, Sébastien Sailer, faisait jouer des drames et des Jeux de carnaval en dialecte souabe; les sujets étaient choisis quelquefois dans la Bible, mais le ton n'était pas pour cela plus sérieux ?. La ville de Nuremberg eut un faible successeur de Hans Sachs dans le ferblantier Grübel, qui publia, de 1798 à 1812, quatre ecueils de vers, sans parler de sa Correspondance en patois 3, srübel manquait d'imagination et d'art, quoiqu'il fût membre de Ordre de la Fleur ou des Bergers de la Pegnitz. A l’autre extrénité de l'Allemagne, le classique Voss faisait une tentative intéèssante, mais quelque peu arbficielle; il écrivait des idylles dans me langue formée de Plusieurs dialectes fondus ensemble. L'essai serait heureux », dit-il, « si un Poméranien et un Brêmois, Ssistant à la lecture d'une de ces poésies, comprenaient tous les deux à peu près tout, et si en outre un Holsteinois pouvait S'imaginer qu'à quelques lieues de son village on parle ainsi #, » Uéreste-t-1l à faire au lecteur de ces idylles? C’est de les dépouiller e leur costume d'emprunt, fait de pièces diverses, et de les remet- ‘esous leur vêtement naturel, c’est-à-dire en haut-allemand. Voss est pourtant le seul écrivain de son temps avec lequel Hebel sente une certaine parenté, En général, Hebel est en dehors 1 mouvement littéraire; il n’est d'aucune école. L’éclat qui Yonnait autour de Weimar ne l’a jamais ébloui. Gæœthe et Schiller

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pleine in obderensischer Mundart ton Maurus Lindemayr; Linz, 1829, — L élle édition, avec introduction et vocabulaire, par Pius Schneider, Linz, 1875. PSchriften im schwäbischen Dialekte, Buchau, 1819. — Nouvelle édition, avec roduction et vocabulaire, far Hassler, Ulm, 1850. 1. Nouvee édition complète, avec grammaire et vocabulaire, 3 vol., Nurem- 1857-1858.

es sur l'idylle De Winterawend,

sont à peine cités dans sa correspondance. Il fait un jour cel remarque : «J'apprends par madame Voss que Gœthe doit rendre «compte des Poésies aléèmanniques dans la Gazette d'Iéna; c'est beau- «coup d'honneur pour moi, mais j'aimerais mieux que l’article fût «fait par Voss.» Gœthe loua beaucoup Hebel, et, à la fin, il l'engagea à traduire dans son dialecte quelques poésies écrites en haut-allemand classique. Hebel se garda de suivre le conseil du - grand poète qui était ordinairement meilleur critique. Virgile et

Théocrite, le dernier surtout, étaient ses auteurs favoris, et c'était à peu près tout son horizon littéraire. Un vers des Bucoliques sert d’épigraphe à ses poésies !. Quant aux romantiques, il ne les comprenait pas, et ils ne le comprenaient pas davantage. Le monde politique ne le-laissait pas moins indifférent. Pendant les guerres de l'Empire, il ne demande qu'une chose, la paix. De quelque côté qu’elle vienne, qu’elle consacre le triomplie de Napoléon ou l’affranchissement de lAllemagne, peu Jui importe. Il est mauvais patriote, et, en cela encore, il reflète fidèlement la conscience du paysan, De l'histoire d'André Hofer q ri raconte, il ne tire que cette conclusion, qu'il faut réfléchir avant d'agir, ou, comme dit La Fontaine, qu’en toute chose al faut con- Sidérer la fin. Un faiseur d’almanachs, dit-il expressément, est toujours du parti vainqueur. D :

Pour comprendre Hebel, il faut l’isoler dans sa petite province, comme il s’estisolé lui-même. Il définit, dans sa préface la région pour laanelle il a écrit, et tout porte à croire qu'il n pérait pas, du moins dans l’origine, être beaucoup lu ailleur C’est « l'angle formé par le Rhin, entre le Frickthal ou la pañt « séptentrionale du canton d’Argovie, et l'ancien Sundgauu « Haute-Alsace ». Le père de Hebel était tisserand dans le de Hausen, situé en face de Bâle, et, en été, il se transporté vent dans la ville pour y exercer son métier. Il mourut en un an après la naissance de Jean-Pierre, le futur poète: grandit dans la pauvreté; il aïda sa mère, le plus tôt qu en fravaillant tantôt dans une fonderie, tantôt dans une Tous les matins, il se rendait au bourg de Schopfheim, lieue de Hausen, pour prendre une leçon de latin. Sa mère morte aussi, en 1773, des amis s’intéressèrent à lui et l'en au gymnase de Carlsruhe, d’où il passa à la faculté de théok

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