V. 11970 et suiv
60 LA LITTÉRATURE FÉODALE DU MOYEN AGE. ie à
— Le pied du tilleul — était entouré de gazon fleuri; — AS banc: sous un tilleul — ne fut plus verdoyant.
Là ils s ’asseyaient — et faisaient leur discours — de ceux qui jadis — avaient péri par l’amour. — Ils rappelaient, — ils plaignaient — les, malheurs de Phyllis — et de la pauvre Canacé, — de Byblis, à qui le regret de son frère — brisa le cœur, — de la reine de Tyr, — la triste Didon; — et ces récits — remplissaient leurs loisirs}. 2
Un jour, le roi Mark, chassant dans la forêt, et lancé à la. poursuite d’un cerf, arrive jusqu’à la montagne où était creusée la fossure. Il regarde par une ouverture qui était percée dans la, voûte et qui laissait passer le jour; il voit Tristan et Iseult cou chés l'un à côté de l’autre, une épée nue entre eux, en signe de,
respect. Aussitôt, tous ses soupçons s’évanouissent.
‘L'amour aux apparences dorées, — l’amour qui fait croire à l’innocence, — enlaça son esprit, — et attira ses yeux — là où était couché. — le printemps de sa vie. — Il regarda Iseult, — autrefois sa joie, — en ce moment plus belle — qu’elle n’avait jamais été. — L'aventure
dit — qu’elle avait le teint animé — par la peine qu’elle avait prise. — Son gracieux visage, — comme une rose bigarrée, — rayonnait vers je haut de la grotte, — et sa bouche brillait et reluisait — comme un charbon ardent. — Je sais quelle à pu être — cette peine dont parle l'aventure : — le matin, dans la rosée, — elle était allée à la prairie; c’est ce qui avait animé son teint. — Un rayon de soleil — descendait
aussi dans la grotte, — et tombait sur sa joue, — sur sa bouche et
sur son menton. — Deux lumières se jouaient ainsi — et se rencon+ traient, — un soleil et un soleil; — deux splendeurs s’unissaient — et se confondaient — sur la face d'Iseult, — et l’embellissaient à l’envi. — Sa bouche, son front, tous ses traits — étaient si remplis de CRUE — que Mark fut séduit, — et que, pris de désir, il aurait volontiers, — sur ce visage, mis un baiser. — L'amour lui lança ses flammes, — à la vue de ce beau corps; — la beauté de cette femme — charma ses sens — et le captiva complètement : — il ne pouvait en détacher ses yeux.
- Il observa comme, avec grâce, — le vêtement laissait paraitre — a
his © « Und einhalp was ein plänje, F « da flôz ein funtâänje, MR de « ein frischer küeler brunne, + « durchlûter als diu sunne. .
dà stuonden ouch driî linden obe
schôn’ und ze lobelichem lobe, 5150
die schermeten den brunnen |
vor regene und vor sunnen.
liehte bluomen, grüene gras,
« mit den diu plânje erliuhtet was,
« die kriegeten vil suoze enein.
« ietwederez daz schein : “
« Gaz ander an enwiderstrit... » (Tristan, v. 16741 et suiv.)
EE
POÈMES CHÉVALERESQUES. + AE cou et les épaules, — les bras et les mains. — Une couronne de trèfle — était tressée dans les cheveux dénoués. — Jamais Iseult n’avait
semblé à son seigneur — si pleine de volupté.
Lorsqu'il vit que le soleil, — d’en haut par la fente du rocher,, — laissait tomber un rayon sur le visage d’Iseult, — il craignit que le teint de ce visage — ne fût flétri. — Il prit des herbes, des fleurs et du feuillage, — avec lesquels il ferma l’ouverture; — puis, bénissant la ‘dame, — il la recommanda à Dieu, — et s’éloigna en pleurant 1.
Iseult rentre en grâce. Quant à Tristan, il se fait chevalier errant. Il parcourt la Normandie, la Bretagne, se met au service
du Saint-Empire romain. Dans tous les lieux où il passe, il use
moblement son épée, et prête secours aux seigneurs opprimés par leurs voisins. C’est ainsi qu'il rétablit un duc d’Arundel dans ses domaines. Le duc avait une fille, de même nom que la reine de Cornouailles; on l’appelait Iseult aux Blanches Mains. Tristan Pépouse, à cause du nom qu'elle porte, et pour donner le change à ses souvenirs. Mais il ne peut oublier la première Iseult..… L'ouvrage de Gotfrit s’interrompt brusquement, et c’est à son modèle, Thomas de Bretagne, qu'il faut demander la conclusion Pristan à été blessé mortellement dans un combat, et il envoie un de ses compagnons d'armes chercher Iseult; car, d’après une Vieille tradition, elle possédait, ainsi que sa mère, l’art de guérir.
Si elle consent à venir, elle fera dresser une voile blanche sur le :
mât; une voile noire sera le signe de son refus. Iseult accourt, et, lorsqu'elle approche du port : « Qu'on tire très haut la voile @blanche, » s’écrie-t-elle, « pour qu'elle brille au loin! » Tristan est couché sur son lit; l'autre Iseult, jalouse, lui annonce l'entrée d'un navire aux voiles noires. Il retombe sur son lit; la reine, en débarquant, entend les plaintes du peuple et le son des cloches; elle se précipite au palais.
Dejuste lui va dunc gésir, Embrace li e si s’estent, Sun espirit aïtant rent 2.