LA POÈMES CHEVALERESQUES
ere
fragments du poète Thomas, formant un ensemble de près de 3800 vers, et se rapportant aux derniers épisodes du sujet; ces. fragments complètent heureusement l’ouvrage de Gotfrit, qui resta: inachevé, sans doute par la mort prématurée de l’auteur. Tristan, orphelin dès son énfance, et dépouillé de son héritagé par les vassaux de son père, arrive à la cour de son oncle, Le rot Mark de Cornouailles, qui le charge de demander pour lui Ja main d’Iseult, fille du roi d'Irlande. Celui-ci consent au mariagé;, et la reine prépare secrètement un philtre, qu’elle confie à une suivante, avec ordre de le verser à Mark et à Iseult dans la coupé nuptiale. Mais le philtre est mal gardé; Iseult en boit pendant la traversée d'Irlande en Cornouailles ; Tristan en boit après elle, ët les voilà condamnés à « avoir vie et mort communes ». Ils luttent encore, vaincus d'avance, et ne reconnaissent que peu à peu [a passion qui les envahit. « Tristan, comme un captif, cherche à se « délivrer. Il voudrait diriger son esprit d’un autre côté et changer « de désir; mais il est toujours retenu dans lés mêmes liens, et, « lorsqu'il rentre en lui-même et qu'il mterroge son cœur, iln'y « trouve que deux choses, l'amour et Iseult, insépärablés 2.» C est Iseult qui se trahit la première. « Qu'est-ce donc qui vous trouble « ainsi? » lui demande un jour Tristan. Elle répond : «Tout ce que «je vois me trouble et me fait mal. C’est le ciel, c’est la mer, c'est « mon propre Corps qui m'oppresse. » — «Elle sé pencha, » con tinue le poètes « et appuya son bras sur l'épaule de Tristan : ce fut ( 2 “ je || 1. Il existe également une imitation anglo-saxonne et une imitation norvégienne. du poème de Thomas; la première, à laquelle manque la fin, a été publiée et ter: minée par Walter Scott (Sir Tristrem, Édimbourg, 1833); toutes les deux ont été, éditées par E. Kœlbing (Die nordische und die englische Version der Tristan-Sage,
2 vol., Heilbronn, 1878-1883). — Les fragments de Thomas ont été publiés par J. Bédier (2 vol., Paris 1902-1905), une forme plus añcienne de la légende par
- E. Muret (Le Roman de Tristan par Béroul, Paris, 1903). — Le Tristan de Gotfrit,
de Strasbourg a été publié, avec les poésies lyriques qu'on lui attribue, les travaux de ses continuateurs, le Tristrem et d'autres morceaux, par Von der Hagen (Gottfrieds von Slrassburg Werke, 2 vol., Breslau, 1823). — J'ai essayé ailleurs dc déterminer les rapports qui existent. éntré les versions françaises, allemandes et anglaises du sujet (La Légende chevaleresque de Tristan et Iseult, Paris, 1909.) -— La légende à été reconstituée en français moderne par J. Bédier (Le Roman de Tristan et Iseult traduit et restauré, Paris, 1990). — À ER F. Piquet, L'originalité de Gottfried de Sirasboure Lille, 1905. ‘4
Des éditions critiques du Tristan de Gotfrit ont été publiées par R. Bechstein. (2 vol., Leipzig, 1869) et par W. Golther (2 vol. de la collection Kürschner). |
Traductions. — Le poème à été traduit en allemand moderne par Simrock (Leipzig a 2° éd., 18%), et plus librement par Hermann Kurtz (Stuttgart, 1844; neuy,
, 1877) et par W. Hertz (Stuttgart, 1877; 2° édit., 1894). 3 Fi Tristan, v. 11781 et suiv.
«sa première hardiesse. Ses yeux se remplirent de larmes con- « tenues; sa poitrine se gonfla; ses lèvres frémirent, et sa tête resta « inclinée. Son ami l’entoura de ses bras, discrètement, comme &il convient à un hôte, et lui demanda encore une fois à voix “« basse : «Douce dame, qu'est-ce donc qui vous trouble et vous fait « gémir? » Elle répondit : « Lameir, c'est ma peine; c’est PANERE a qui m'oppresse; lameir est mon FIGUR »
Elle joue sur un mot français que Gotfrit avait emprunté directement à son original, et qui pouvait se traduire indifféremment par la mer, l'amour ou l’amertume. Tristan et Iseult abordent en Gornounilles, et pendant quelque temps ils réussissent à déjouer les soupçons. Mais enfin Mark cite la reine devant l'assemblée de ses barons, et la répudie solennellement. Tristan part avec elle, et ils se réfugient dans une grotte solitaire, « œuvre des géants « qui régnaient sur le pays au temps du paganisme ».
Près de la grotte était une prairie; — là coulait une source, — une eau fraiche et pure, — plus claire que le soleil. — Trois beaux tilleuls
dominaient la source, — la couvraient d'ombre, — la préservaient de là pluie, — Les vives teintes des fleurs, — la verdure du,gazon, — paraient la prairie, — luttaient d'éclat, — croisaient leurs rayons, —
Les oiseaux y chantaient — en leur temps, — et-leur chant — y était plus beau qu'ailleurs. — Les yeux et les oreilles — trouvaient là-leur
Pâture et leur charme, — l'oreille son charme, —.l’œil sa pâture.. —
L'ombre coupait la lumière; — les vents étaient attiédis. — Autour de cette montagne et de cette grotte, — à une journée de marche, — S’étendaient des rochers nus — et un terrain sauvage. — On n’y arrivait = par aucun chemin frayé. — Mais quelque inabordable — que fût ce lieu, — Tristan et sa compagne le trouvèrent, — et ils prirent leur demeure — dans ce recoin de la montagne.
Le matin, dans la rosée, — ils se rendaient à la prairie. — L’herbe et es fleurs — étaient humides. — La fraiche prairie — les réjouissait. — lis s’y promenaient, — devisant entre eux, — et, tout en marchant, prètaient l'oreille — au doux chant des oiseaux. — Ils se dirigeaient du côté — où ils entendaient tomber l’eau de la source. — lis écoutaient son murmure, — suivaient ses détours le long de la pente. — Ils s’asseyaient ensuite : — l’onde coulait à leurs piéds — murmurant toujours, — et c'était pour eux un. nouveau plaisir.
Quand le clair soleil — commençait à s’élever, — et que la chaleur descendait, — ils allaient vers le tilleul, — au-devant des zéphirs; — et l'arbre, à son tour, — charmait leurs yeux, — charmait leurs cœurs. = L'ombre était plus douce, lair plus embaumé, — sous le feuillage du tilleul. — Les vents passaient sous la verdure, — frais et caressants.