CHAPITRE IX
CHRONIQUES EN VERS à
Caractère fabuleux de l’histoire. — Le DE 4e l'histoire universellt d’après la Chronique des Empereurs. — La Chronique du Monde ei l'Histoire des ducs d'Autriche de Jans Enikel; la Chronique di Monde de Rodolphe d’Ems. N “À
Aux époques où la science n’est pas encore venue féconder le champ littéraire, l'historien ne peut parler avec sûreté que des événements dont il a été témoin, ou dont il n’est pas séparé pa un trop long intervalle. Tout le passé est couvert, pour lui, d’un voile épais; il ne l’entrevoit qu'à travers les préjugés de SOI temps, et il ne peut le reconstruire que d’après des idées précon: çues. Ge qui préoccupe surtout les historiens allemands du moyer âge, si on peut les appeler du nom d’historiens, c'est de montre comment le moderne Empire romain se rattache à l’ancien, e comment l'un et l’autre n’ont été institués qu’en, vue de l’Empire spirituel, qui finira par englober tous les royaumes terrestres:
L'invasion germanique avait jeté un abîme entre. l'antiquité el
les temps nouveaux : c’est cetabîme qu'ils s'efforcent de combler; et l’on pourrait croire, en les lisant, que, depuis César jusqu'à Charlemagne, rien n’interrompit la marche régulière et presque paisible de la civilisation. |
Le type de l’histoire universelle, telle qu’on la concevait en Allemagne au moyen âge, c’est la Chronique des Empereurs, qui commence à Jules César, et qui s'arrête, dans sa première rédac tion, à l’empereur Conrad IX: Elle fut continuée plus tard jusqu'à Frédéric IT, et enfin jusqu’à Rodolphe de Habsbourg. Elle dérive elle-même d’une chronique Pi ancienne, comme nous l'apprennent les premiers vers : « Il existe un livre allemand,
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appelé Chronica, qui nous renseigne sur les papes et sur les cempereurs, Les bons et les mauvais, qui ont vécu avant nous. » Mais l’auteur puise également dans des poèmes ; certains passages montrent une analogie frappante avec la Chanson d'Annon. L'emreinte du livre est ecclésiastique; le but est de réagir contre la Jopularité des récits profanes. « Une coutume funeste, » est-il dit, ca prévalu de nos jours. Des poètes inventent des mensonges, et cemploient leur art à les faire accroire aux hommes. Je crains bien que, pour ce péché, leur âme ne brûle un jour dans l'enfer ; écar ce n’est pas l'amour de Dieu qui les inspire. Les enfants éapprennent ainsi des erreurs, et les répètent à leurtour, jusqu'à èce que l’erreur passe enfin-pour vérité !. »
La Chronique des Empereurs fut une mine féconde où puisèrent Wl'envi les historiens du moyen âge. Parmi ceux dont la réputaion se maintint le plus longtemps, il suffit de citer l’Autrichien ans Enikel ?, auteur d’une Chronique du Monde et d’une Histoire des lucs d'Autriche, l'une et l’autre écrites en vers; la seconde, bien juelle s’étende jusqu'au milieu du x siècle, est presque aussi
âbuleuse que la première. Le fertile écrivain Rodolphe d'Ems,
[ue nous avons cité pour ses légendes, avait commencé aussi une äste compilation historique, sous le titre de Chronique du Monde; ne put la mener que jusqu'au règne de Salomon. Tous ces luvrages, par les récits merveilleux qu'ils contiennent, confinent le près aux poèmes chevaleresques et légendaires; leur principal ntérêt est dans FE EURE du plan et dans la grâce naïve de cerains détails ?.
DE
| 4. Der keiser und der kunige Buoch, oder die sogenannte Kaiïiserchronik, édition de
fassmann, 3 vol., Quedlinburg, 1849-1854. — Nouvelle édition, par Edw. Schræder, ans les Monumenta Germaniæ historica : Deutsche Chronikcen, I, Hanovre, 1892.