DERNIÈRES RAMIFICATIONS DE LA POÉSIE HÉROÏQUE
offensive. Le poème de la Butaille de Ravenne, de la fin du ne siècle, retrace ses revers passagers et son triomphe définitif. Mais il est évident qu'au point de vue de la légende, le secours dont il a besoin ne peut lui être donné que par Attila, l'arbitre souverain du monde héroïque, quoique, d’après l'histoire, Attila fût mort depuis une quarantaine d'années à l'époque de la prise de Ravenne par Théodoric. Par un autre anachronisme, Sifrit, ancien héros mythique, figure parmi les ennemis du roi des Goths; il est même vaincu par lui en combat singulier.
… Théodoric et ses vassaux, dont le plus célèbre est Hildebrant, paraissent encore dans une sorte de poème héroï-comique du XIV siècle, le Jardin des roses. Douze chevaliers partent de Vérone pour relever le défi qui leur est porté au nom de douze des meilleurs combattants de la cour de Worms; douze fois ils triomphent et reçoivent la récompense convenue, une couronne de roses, un baiser de la bouche de Krimhilt, et un riche domaine. Ici encore Sifrit cède la victoire à Théodoric. Le plus exigeant parmi les Yäinqueurs est le moine Ilsan, que ses anciens compagnons d'armes avaient retiré de son monastère, et qui portait toujours une cuirasse cachée sous son froc : une figure connue dans les romans du moyen âge, le type de ce frère Jean des Entommeures Pour lequel Rabelais a construit l'abbaye de Thélème 2.