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LE CHANT POPULAIRE

Le chant populaire, ou le lied, dérive de la même source que mpoésie des maîtres chanteurs, bien qu'il n'ait pas attendu, our se produire, la révolution communale du ximne siècle. On eut suivre ses traces jusqu'au temps des premières croisades. [Il êle déjà ses refrains naïfs aux strophes savantes des Minnenger; mais il est hors de doute que ses commencements datent À une époque encore plus reculée, où nos renseignements ne / 2uvent atteindre. La poésie populaire traduit les premiers mouments de la conscience nationale; elle respire dans les preiers bégaiements de la langue. Du jour où il y a des âmes qui mtent, elle fait entendre ses accents, qui le plus souvent meumt sans laisser d’écho, mais qui, d’autres fois, résonnent d'âge âge jusqu'au milieu des littératures classiques.

Le xive et le xve siècle marquent une des époques les plus »issantes de la poésie populaire. Rien ne fait mieux connaître ” société de ce temps que les strophes anonymes où chaque asseexprimait tour à tour ses plaintes ou ses désirs. Les métiers ‘oSpéraient dans l'intérieur des villes, mais les campagnes étaient rées au pillage. En vain le paysan criait au seigneur qui le mçonnait : « C’est moi qui ensemence la terre; j'apporte plus | de bienfaits que toi; ta noblesse serait de courte durée, si Je ne î iraïnais la charrue. » Le seigneur lui répondait : « Il faut que leme couvre de gloire, car le sang des héros coule dans mes veines. Je me plais dans la compagnie des dames; elles ont droit à mes hommages ; mais pour que je puisse les servir, il faut que tu travailles pour moi. » Le paysan aurait bien consenti nourrir l’oisiveté du seigneur, si du moins il avait pu trouver

Ces 25 RES AS RENTE

En 1833, l'école d'Ulm comptait encore quatre maîtres chanteurs; elle tint sa

‘’ière séance le 21 octobre de cette année, et se fondit dans une société cho- 4 onde la ville. — Voir J. Grimm, Ueber den altdeutschen Meistergesang, Gœt- \? gue, 1811. — Un choix de chants de maître a été donné par Bartsch : Meister-

ler der Kolmarer Handschrift, Stuttgart, 1862

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sé lard dans le fameux Eppelin de Geilingen, dont les actions

défense du faible, mais pour accabler l’homme sans armes; il st

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130 LA LITTÉRATURE DOURGHOISE pu MOYEN acte

chez lui aide et protection; mais le code “enovalorées éta changé depuis l'interrègne. Le chevalier ne s’armait plus pour

vait la ligne de conduite que lui trace une chanson du xiv° sièc

Si tu veux mener une vie prospère, — jeune gentilhomme, — tu ns qu’à suivre mes enseignements. — Monte à cheval! Réponds à l'appel

de ton seigneur! — Tiens-toi sous l'abri des vertes forêts; — et st tu vois approcher le paysan, — attaque-le avee vigueur. Fe Mets-lui la main au collet, — prends-lui tout ce qu’il possède, —

tout ce qui peut réjouir ton cœur. — Enlève-lui les chevaux de. s8 voiture. — Nes-tu pas fort et intrépide? — Serre-lui la gorge, — bi: lui tirer son dernier liard 1.

Cette chanson, dont le langage contraste singulièrement avec l'ancienne courtoisie, était sans doute l’œuvre d'un soudard d basse origine, encore plus impitoyable que le chef dont il suivai l'ensciune. Ainsi la poésie retraçait tour à tour la misère d Core et la cruauté de ses maîtres ; mais elle était surtout lo

euliers, sue dirai sort de la patrie commune. L’ Allemagn entière aurait pu s'appliquer alors cette chanson mélancolique T se répétait dans une de ses plus riches provinces : « O Thuringe « tu serais un beau pays, si tu étais gouvernée sagement. Tun « donnes le blé, tu nous donnes le vin, et tu pourrais nou « facilement un seigneur, quelque petite que tu sois. Mais quan «le vautour perche sur la haie, il est rare que les poussi « deviennent gras. » |

La poésie populaire nous a conservé le he du chevalier

Àe « Wiliu dich erneren, > « du junger edelman,

« folg du miner lere.

« sitz uf, drab zum ban!

« halt dich zuo dem grücnen walcs « wann der bur ins holz fert,

« So renn in freislich an!

« Derwüsch in bi dem kragen, « erfrew das herze din, « nim im was er habe,

« span usz die pferdelin sin!

« bis frisch und darzuo unverzagt:

«“ wann er nummen pfenning hat, « so risz im dgurgel ab!...»

£lorieuses sont esquissées dans une ballade anonyme de la fin du

xiv® siècle :

Il y avait un jour un hardi chevalier : — on le nommait Eppelin de Geilingen.

» 11 entrait souvent à Nuremberg; — il était l'ennemi juré des habitants de cette ville.

Il s'arrêta un jour devant la demeure d’un forgeron. — « Bon forgeron, » lui dit:il, « sors de ta boutique.

« Bon forgeron, écoute-moi : — il faut que tu mettes quatre fers à « mon cheval.

« Que les fers soient solides et bien appliqués, — et je te donnerai

« une belle récompense. »

]l porta la main à son gousset, — et en tira une poignée de florins.

« Forgeron, » dit-il, « épargne tes remerciements : — ceux qui te « gouyernent me Séndront demain ce que je te donne aujourd’hui1. »

Eppelin de Geilingen aimait à surprendre les marchands attardés qui revenaient de la foire. Mais un jour il tomba lui-même dans une embuscade, et il fut livré aux bourgeois de Nuremberg, qui le pendirent, sans égard pour sa noblesse.

Une variété intéressante de la poésie populaire, et qui a quelque

ressemblance avec la ballade, c'est la chanson historique, faite *

pour perpétuer le souvenir d un grand événement. Elle a quelqjuefois l'étendue d’un petit poème, mais la forme est toujours lyrique. La Suisse à créé ce genre de poésie, au milieu de ses luttes pour l'indépendance. Un poèle nommé Halbsuter, qui vivait à Lucerne, a décrit la journée de Sempach, où les troupes confédérées vainquirent, en 1386, la chevalerie du duc d'Autriche,

1, « Es was ein frisch freier reutersman, « der Epple von Geilingen ist ers genant,

« Er reit zuo Nürnberg ausz und ein, « ist der von Nürnberg abgsagter feind.

« Er reit zuo Nürnberg fürs schmids haus :

« Hür, lieber schmid, trit zuo mir herausz!

« Hôr, lieber schmid, nu lasz dir sagen :

« du solt mir meim rosz vier eisen aufschlagent

« Beschlag mirs wol und bschlag mirs eben!

« ich will dir'ein guoten lon drumb geben. »

« Da greif er in die taschen sein, gab im vil der roten gülden fein.

Schmid, du solt nit vil davon sagen :

dein herren müeszen mirs wol bezalen..… »

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mais le récit est plein de vie. Aucun Minnesinger n'a jamais su

Halbsuter ne se borne pas à louer le courage des vainqueurs; insulte à la détresse des vaincus; il se rit de la douleur des veuv de l'abandon des orphelins : la poésie populaire n'avait pas seu” lément emprunté au peuple la franche naïveté de son langage, mais aussi la rudesse de ses mœurs et la crudité de ses sentiments. Du reste, la chanson de Halbsuter sé distingue par des qualités de premier ordre : le vers peut être irrégulier, la rime imparfaite,

peindre une bataille comme le soldat de Sempach : car le poète

avait lui-même combattu dans les rangs des confédérés. Un siècle.

plus tard, Veit Weber, de Fribourg en Brisgau, célébra la victoire À des Se sur Charles le Téméraire. Il était chanteur ambulant,

et en même temps poète attitré de certaines villes, dont il portait, les armoiries sur ses vêtements. Le chroniqueur suisse Diebold

Schilling nous a gardé de lui cinq chansons, dont la plus remarquable est celle qui raconte la bataille de Morat. À la fin du siècle,

une chanson anonyme rappelle encore la victoire de Dorneck, remportée par un corps confédéré sur une armée autrichienne.

Toutes ces poésies témoignent sinon d’un grand art, du moins d’une inspiration très vraie et d’un ardent patriotisme. 4

En général, ce n’est point par l’art qué là poésie populaire se recommande. L'union de la nature et de l’art, c’est la perfec-

tion, qui ne se rencontre qu'à l'apogée des littératures; mais, à

défaût d'une union si rare, c’est encore la nature, c'est-à-dire la vérité, qui est le plus nécessaire à la poésie. Le chant populaire est l'expression immédiate et presque inconsciente d'un senti. ment naturel. Il n'admet que les formes les plus simples. Üne certaine négligence ne le dépare point; il ne fuit que l’ affectation et le pédantisme, Quant aux sujets, il embrasse toutes les relations de la vie publique et privée, tous les: aspects du monde physique et moral. Sa fécondité est prodigieuse. Une gran le partie des chansons populaires du moyen âge ont » péri, après avoir vécu que temps dans la tradition orale; celles qui so

parvenues jusqu’à nous ont été conservées bre des contemporaines, ou dans des recueils du xVIe et du xvne sièclei

1. Recueils. — Un des recueils les plus anciens ét les plus précieux est celui a été fait, à la fin du xvi° siècle, par une religiéuse nommée Clara Hætzler; été republié par C. Haltaus (Quedlinburg et Leipzig, 1840). — Dédaignée pend tout le xvirt siècle et pendant la première moitié du xvure, la poésie popula roprit faveur au début de la période classique, Herder en recommanda l'ét

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