CHRONIQUEURS
Les chroniques rimées que nous avons trouvées dans là précédent forment un genre intermédiaire entre le poème d’ave ture et le récit historique. À mesure que l’histoire se rapproc de la réalité, elle tend à s'exprimer en prose. Dès la secon moitié du xre siècle, les chroniqueurs ont presque généraleme renoncé à l'emploi du vers. Mais ils conservent encore la métho de leurs devanciers; ils ne font aucune différence entre l'histoi et la légende, et ils ne peuvent guère être consultés que pour faits dont ils ont été fémoins. Peu à peu, cependant, l’habitu d'observer ce qui se passe autour d'eux les porte à soumet! aussi les traditions du passé à un contrôle plus rigoureux ; © par l'histoire contemporaine qu'ils apprennent à traiter l’histoi générale.
La chronique versifiée apparaît une dernière fois avec un € tain éclat, vers la fin du xm° siècle, dans l'ouvrage où mail Gottfried Hagen, greffier de la ville de Cologne, retrace les luti de ses concitoyens contre l’épiscopat. Le célèbre Annon, le hér d’un des plus beaux poèmes religieux du moyen âge, avait. d essayé de restreindre les franchises de la ville. Des tentalir semblables furent faites par quelques- -uns de ses successeu entre autres par Conrad de Hochstetten, qui posa, en 1248, fondements du dôme, et par Engelbert de Falkenburg. Ils $ ‘all rent aux familles patriciennes; mais Engelbert, ayant été f prisonnier par les bourgeois en 1270, dut consentir à un tra qui confirmait la charte municipale et Consacrait solennelleme la défaite de l’épiscopat. Le traité fut rédigé par Gottfried Hagc et ce fut Albert le Grand qui servit d’intermédiaire entre. | deux partis. Bien que les sympathies de Hagen soient pour patriciat, il nous donne un tableau assez fidèle de l'antique 1 où les Romains apportèrent les premiers germes de la vie
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le, et où le travail des métiers créa plus tard une bourisie riche et puissante. La chronique de Hagen, qui contient nombreuses allusions aux poèmes héroïques et chevaleques, est comme un dernier écho de l’ancienne histoire ndaire; elle servit de base à la chronique en prose, rédigée un auteur inconnu, et qui fut imprimée dans la dernière ée du xv® siècle t.
és chroniques en prose du xiv® et du xv® siècle, de valeur très le quant au style, et pour la plupart complètement dépours d'art, sont du plus haut intérêt pour l’histoire des institu: Is et des mœurs; ce sont les vraies archives municipales du jen âge. L'historien politique ne saurait assez les consulter; torien des lettres leur doit au moins une mention rapide. A oque où les communes eurent à défendre leurs libertés naises, tantôt contre les anciens privilèges de la noblesse, tantôt tre les envahissements du clergé, chaque province, chaque mimportante avait ses historiographes. Les derniers venus itaient du travail de leurs prédécesseurs; des chroniques ères passaient dans d'autres chroniques où elles étaient tinuées. La ville de Limbourg eut ainsi plusieurs chroniurs, dont on sait à peine les noms, et qui poursuivirent emment leur tâche commune, sans autre mobile que leur iotisme local. Jean Rothe fit la chronique de la province de ringe, Pierre Eschenloor celle de la ville de Breslau. L'Alsace va son historien dans Jacques Twinger de Kœænigshoven, chae.de la cathédrale de Strasbourg, mort en 1420. Kœænigshoven l'abord entrer dans son ouvrage celui de son prédécesseur ener, puis il le compléta par le récit des événements plus nis et par une vaste introduction où il remontait jusqu’à la tion du monde. Mais le pays le plus fécond en chroniqueurs Suisse. Conrad Justinger, Diebold Schilling, Thüring Frid, Melchior Russ, Petermann Etterlin, ne sont que les noms lus importants d’une longue série, qui se prolonge, à travers Ve siècle, jusqu’à Egidius Tschudi ; les trois premiers apparnent à la ville de Berne, les deux derniers à Lucerne. L’hoa politique des chroniqueurs suisses ne s’étend guère au delà montagnes qui enserrent leur patrie; ils racontent avec un
ditions. — La chrontfque rimée a été publiée d’abord par Groote ; Cologne, 1834. uv: éd., par Cardauns (Chroniken der deutschen Städte, XII), Leipzig, 1875,
de quelques poèmes allemands qui furent transcrits en P
vif sentiment patriotique Le luttes uses de leurs ancê mais ils nous montrent aussi la rivalité des cantons, les d sions intérieures des villes. Frickard rappelle parfois, sinon style, du moins le mouvement oratoire de Tite-Live, lorsq nous fait assister aux discussions entre bourgeois et seigné au sein du sénat de Berne; c’est déjà un vrai historien. Quand modèles anciens seront plus généralement connus, et qu'ona
. pris l'habitude d'appliquer une critique sérieuse aux témoigna
du passé, la chronique cédera définitivement la place à à. l'hisié proprement dite.