‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 96 sur 534 · CHAPITRE PREMIER LA RÉFORME AU POINT DE VUE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA RÉFORME AU POINT DE VUE LITTÉRAIRE

position entre l’esprit germanique et la culture latine. — La Réforme avantet après Luther. — Constitution du dogme; la nouvelle scolasque. — La Renaissance littéraire retardée de deux siècles.

A quelque point de vue que l’on considère la Réforme, la änière la plus étroite de la juger serait de n° y voir qu'un Are

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müment de doctrine. Elle à été l’accomplissement d’un fait à

se préparait depuis des siècles. L'influence que l'Italie exerca

moyen âge sur toutes les contrées de l’Europe, et qui fut ur, elles un puissant moyen de civilisation, n’a jamais été

inchement acceptée par l'Allemagne. La culture latine, sur

quelle s'était greffé le christianisme, trouva dans le Midi el ms l'Occident un sol préparé pour la recevoir: mais au delà

BRhin et du Danube elle se heurta contre le vieil esprit ger-

anique, que la conquête romaine n'avait pu entamer, et qui ISista au milieu de toutes les révolutions politiques et relieuses. Il est inutile, pour expliquer l’animosité des Allemands

mire Rome, de rappeler les impôts réguliers que les papes fai- "4

ient lever pour la guerre sainte, ou les longs troubles qu’en-

ina la lutte du sacerdoce et de l'Empire : c'étaient des griefs *

Ssagers, qui ne pouvaient qu'entretenir un sentiment permaont d'hostilité et de méfiance, mais qui auraient été impuissants créer. Le poète Freidank exprimait, dès le commencement

puissance de sa foi. Mais la Réforme n’était pas son pures

LA RÉFORME

du xue siècle, l'opinion d’un grand nombre de ses hat lorsqu'il s crie « Ce serait la mort de l’Empire, si Rome « située en Allemagne. » Et, vers la fin du moyen âge, ce fut dans la noblesse comme dans la bourgeoisie, une conviction de plus en plus arrêtée, que l'Allemagne n'avait qu'à rompre. ses liens avec Rome, si elle voulait se donner une constitution définitive et prendre un développement conforme à son génie. Luther n’était pas ce qu’on appelle un novateur; c'était peutêtre l’homme le moins révolutionnaire de son temps. Il avait déjà trente-cinq ans lorsqu'il attira l’attention publique; il avait vécu jusque-là dans les méditations pieuses et dans les pratiques ascétiques. Le jour où, sans l'avoir voulu, il se-mit en désaccord avec l’Église, il trouva tout un parti derrière lui. Déjà mêmelda Réforme commençait spontanément sur divers points de PAlle: magne. Zwingle écrivait, en 1523 : « J’ai prêché l’évangile long- « temps avant d’avoir entendu prononcer le nom de LutherJe « me suis mis, il y a dix ans, à étudier le grec, pour pouvoir puiser « la doctrine chrétienne à sa source. Ai-je réussi? c'est ce que

.« d’autres DOUPERTES dire. Mais ce n’est point Luther qui a été mon

« maître. Je n’avais d'autre guide que la Bible. Les papistes mac « cablent du nom de Luther, par ignorance : « Il faut que tu sois « luthérien, » disent-ils, « car tu prêches ce que Luther écrit. » « Qu'ai-je à leur Da Je prêche aussi ce que saint Paul a « écrit : pourquoi ne m’appelez-vous pas paulinien ? Bien plus, K «.prêche la parole du Christ : pourquoi ne m'appelez-vous. pas « chrétien? » Zwingle ajoute modestement : « Luther prêchèdk « parole du Christ, et moi je ne fais pas autre chose. Mais Le | « a amené vers Dieu un plus grand nombre d'hommes que moi.

« Dieu fait à chacun la mesure qu'il veut !. » Luther N

mesure plus large, à cause de l'énergie de sa volonté et de le

n’en fut que le plus ardent promoteur. 3 L'Allemagne creusa, par la Réforme, un abime entre elle et à nations du Midi. Elle se priva du bénéfice de cette lente et labo: rieuse éducation que l’Europe barbare avait reçue sous la tuti de l’Église. Elle eut à recommencer, pour ainsi dire, et à ref | pour son propre compte tout le travail de la civilisation modes

Uslegen und gründ der schlussreden oder artikel, 1523; au 1° vol. des œu au publiées par Schuler et Schulthcss (8 vol., Zurich, 1828-1842).

PMR à a MU EU VEN A St RE. SAR É LA RÉFORME AU POINT DE VUE LITTÉRAIRE. 171 a vie intellectuelle d'un peuple repose sur un certain nombre de obecplions générales qui constituent sa religion. L'Allemagne, yant rompu avec la tradition romaine, dut s'appliquer à créer ne forme nouvelle du christianisme. Ses théologiens tracèrent abord, la Bible à la main, les grandes lignes du dogme; puis n discuta les moindres détails, avec une conscience louable, ais parfois aussi avec une minutie qui n'était pas exempte de matisme. À l'âge fécond et original de la Réforme, marqué par s noms de Luther, de Zwingle et de Mélanchthon, succéda une solastique nouvelle, aussi desséchante que la première, et qui nassa une seconde fois toute vraie science et toute poésie. Le Y ût, à peine formé par les études antiques, se gâta de nouveau.

a langue même, que Luther avait dégagée du latin et du patois, # qu'il avait animée d'un souffle d'éloquence, retomba dans la wbarie. Bref, l’avénement d’une littérature classique en Alleagne fut retardé de deux siècles. Dans la vie d’une nation, laque progrès a son heure. La chaîne des temps fut renouée iand le plus grand poète de l'Allemagne, se sentant mal à use sous le ciel de Weimar, alla chercher sur la terre italienne devant les monuments de l’art antique le secret de l’éternelle “auté.

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