CHAPITRE, II. DRYDEN
la scène ne fait que renouveler nos propres larmes ; nôtre intérêt n'est que de la sympathie, et le drame est comme une conscience extérieure qui nous avertit de ce que nous sommes, de ce que nous aimons et de ce que nous avons senti. De quoi le drame aurait-il averti des joueurs comme Saint- Albans, des ivrognes comme Rochester, des prostituées comme lady Castlemaine, de vieux enfants comme Charles II? Quels spectateurs que des épicuriens grossiers incapables même de décence feinte, amateurs de volupté brutale, barbares dans leurs jeux, orduriers dans leurs paroles, dépourvus d'honneur, d*hurinanité, de politesse, et qui faisaient de la cour un mauvais lieu I Des décorations splendides, des changements à vue, le tapage des grands vers et des sentiments forcés, l'apparence de quelques règles apportées de Paris, voilà la pâture naturelle de leur vanité et de- leur sottise, et voilà le théâtre de la Restauration anglaise.
Je prends Tune de ces tragédies, fort célèbre alors, r Amour tyranîiique ou la Royale Martyre. Beau titre et propre à faire fracas. La royale martyre est sainte Catherine, princesse royale à ce qu'il paraît, amenée au tyran Maximin. Elle confesse sa foi, et on lui lâche un philosophe païen, Apollonius, pour la réfuter. « Prêtre, lui dit Maximin, pourquoi restestu muet? Tu vis du ciel, tu dois disputer*. » Encou-
War is my province; Priest, why stand you mute? You gain by Heav'n and therefore should dispute....