CHAPITRE II. DRYDEN
lîcisme bigot du prince et par les craintes justifiées de la nation. Le poëte, qui, dans la Religion d'un laïque, était encore anglican tiède et demi-douteur, entraîné peu à peu par ses inclinations absolutistes, s'était converti à la religion catholique, et, dans son poëme de la Biche et la Panthère, il combattit pour sa nouvelle foi. « La nation, dit-il en commençant, est t dans une trop grande fermentation pour que je t puisse attendre guerre loyale ou même simplement « quartier des lecteurs du parti contraire*. » Et làdessus, empruntant les allégories du moyen âge, il représente toutes les sectes hérétiques comme des bêtes de proie acharnées contre une biche blanche d*origuie céleste; il n'épargne ni les comparaisons brutales, ni les sarcasmes grossiers, ni les injures ouvertes. La discussion est toute serrée et théologique. Ses auditeurs ne sont pas de beaux esprits occupés à voir comment on peut orner une matière sèche, théologiens par occasion et pour un moment, avec défiance et réserve, comme Boileau dans son amour de Dieu. Ce sont des opprimés, à peine soulagés depuis un instant d'une persécution séculaire, attachés à leur foi pav leurs souffrances, respirant à demi parmi les menaces visibles et les haines grondantes de leurs ennemis contenus. Il faut que leur poëte soit dialecticien comme un docteur d'école ; il a besoin de toute la rigueur de la logique; il s'y accroche en nouveau con-
\, The nation is in too high a ferment for me to expect either fair war, or even so much a.s fair quarter, from a reader of the opposite party.
vertiy tout imbu des preuves qui l'ont arraché à la foi nationale et qui le soutiennent contre la défaveur publique, fécond en distinctions, marquant dudoigl le défaut des arguments, divisant les réponses, ra menant l'adversaire à la question, épineux et déplaisant pour un lecteur moderne, mais d'autant plus loué et aimé de son temps. II y a dans tous ces esprits anglais un fonds de sérieux et de véhémence ; la haine s'y soulève , toute tragique , avec un éclat sombre comme la houle d'une mer du Nord. Au milieu de ses combats publics, Dryden s'abattit sur un ennemi privé, Shadwell, et l'accabla d'un immortel mépris *. Le grand style épique et la rime solennelle vinrent assener le sarcasme, et le malheureux rimeur, par un triomphe dérisoire, fut traîné sur le char poétique où la Muse assied les héros et lès dieux. Dryden peignit l'Irlandais Pleknoë, antique roi de la sottise, délibérant pour trouver un successeur digne de lui, et choisissant Shadwell, héritier de son bavardage, propagateur de la niaiserie, glorieux vainqueur du sens commun. De toutes parts, à travers les rues jonchées de paperasses, les nations s'assemblent pour contempler le jeune héros, debout auprès du trône paternel, le front ceint de brouillards mornes, laissant errer ?ur son visage le fade sourire de rimbécillité contente •. Son père lé bénit : « Règne, mon (ils, depuii