CHAPITRE n. DRYDEN. 2S
gnent la forme déflnitive qui les transmet à l'avenir et les propage dans le genre humain. Tel est le mérite de ces poèmes : ils plaisent par leurs bonnes expressions K Sur un tissu plein et solide se détachent des fils habilement noués ou éclatants. Ici Dryden a rassemblé en un vers un long raisonnement; là une métaphore heureuse a ouvert sous l'idée principale une perspective nouvelle *; plus loin deux mots semblables collés l'un contre l'autre ont frappé l'esprit d'une preuve imprévue et victorieuse; ailleurs une comparaison cachée a jeté une teinte de gloire ou de honte sur le personnage qui ne s'y attendait pas*. Ce sont toutes les adresses et les réussites du style calculé, qui rend l'esprit attentif et le laisse persuadé ou convaincu.
1. Strong were our sires, and as they fought they writ, Contju'ring wilh force of arms and dint of wit. Theirs was the giant race, before the flood.
And thus, when Charles return'd, our empire stood, Like James, he the stubborn soil manur'd.
With rules of husbandry the rankness cur d, Tam'd us to manners, when the sta^e was rude And boisterous English wit with art indu'd.... But what we gain'd in ski 11 we lost in strength, Our builders were wilh want of genius curs'd, The second temple was not like the first.
2. Held up the buckler of the peopîe's cause Against the crown and skulk'd against the laws.... Désire of power, on Earih a vicions weed
Yct sprung from high is of celestial seed I
{Absalon et Àchito kd.)
Why ihen should I, encouraging the bad Turn rebel, and run opularly mad ?
240 LIVRE m. L'ÂGE CLASSIQUE.
A la vérité, il n'y a guère ici d'autre mérite litté- «aire. Si Dryden est un politique expérimenté, un oontroversiste instruit, bien muni d'arguments, sachant tous les tournants de la discussion, versé dans riiistoire des hommes et des partis, cette habileté de pamphlétaire, toute pratique et anglaise, le retient dans la basse région des combats journaliers et personnels, bien loin de la haute philosophie et de la liberté spéculative, qui impriment au style classique des contemporains français la durée et la grandeur. Au fond, dans ce siècle en Angleterre, toutes les discussions restent étroites. Excepté le terrible Hobbes, ils manquent tous de la grande invention. Dryden, comme les autres, reste confiné dans des raisonnements et des insultes de secte et de faction. Les idées alors sont aussi petites que les haines sont fortes; nulle doctrine générale n'ouvre au-dessus du tumulte de la bataille des perspectives poétiques': des textes, des traditions, une triste escorte de raisonnements rigides, voilà les armes ; les préjugés et les passions se valent dans les deux partis. C'est pourquoi la matière manque à Tart d'écrire. Dryden n'a point de philosophie personnelle qu'il puisse développer; il ne fait que versifier des thèmes qui lui sont donnés par autrui. Dans cette stérilité, l'art se réduit bientôt à revêtir des pensées étrangères et l'écrivain se fait