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CHAPITRE m. LA RÉVOLUTION

— La théorie du droit personnel est appliquée. — Comment les élections, les journaux, les tribunaux la mettent en pratique.

VIII. La tribune. — Énergie et rudesse de cette éloquence. — Lord Chatam. — Junius. — Fox. — Sheridan. — Pitt. — Burke.

IX. Issue du travail du siècle. — Transformation économique et morale. — Comparaison des portraits de Reynold et de ceux de Lely. — Doctrines et tendances contraires en France et en Angleterre. — Les révolutionnaires et les conservateurs. — Jugement de Burke et du peuple anglais sur la Révolution française.

Avec rétablissement de 1688, un nouvel esprit apparaît en Angleterre. Lentement, par degrés, la révolution morale accompagne la révolution sociale : riiomme. change en même temps que TËtat, dans le même sens et par les mêmes causes ; le caractère s'accommode à la situation, et Ton voit peu à peu dominer dans les mœurs et dans les lettres l'esprit sérieux, réfléchi, moral, capable de discipline et d'indépendance, qui seul peut soutenir et achever une constitution.

Ce ne fut pas sans peine, et au premier regnrd il semble qu'à cette révolution, dont elle est si fiôrc, l'Angleterre n'ait rien gagné. L'aspect des choses sous Guillaume, Anne et les deux premiers Georges, est repoussant; on est tenté de juger comme Swift: on se dit que s'il a peint le Yahou, c'est qu'il l'a vu ; nu ou ïiraîné en carrosse, le Yahou n'est pas plus beau. On ne voit que corruption en haut, et brutalités en bas ; une troupe d'intrigants mène une populace de brutes.

256 LIVRE m. L'AGE CLASSIQUE.

La bête humaine, enflammée par les passions politiques, éclate en cris, en violences, brûle l'amiral Byng en effigie, exige sa mort, veut détruire sa maison et son parc, oscille tour à tour sous la main de chaque parti, et de son élan aveugle semble prête à démolir la société civile. Quand le docteur Sacheverell est mis en jugement, les garçons bouchers, les boueurs, les balayeurs de cheminée, les marchands de pommes, les lilles de joie et toute la canaille, s'imaginant que l'Église est en danger, raccompagnent avec des hurlements de colère et d'enthousiasme, et le soir se mettent à brûler et à piller les temples des dissidents. Quand lord Bute, en dépit de l'opinion populaire, est mis à la place dePitt, il est assailli de pierres et obligé d'entourer sa voiture d'une forte garde de boxeurs. A chaque accident politique, on entend un grondement d'émeute, on voit des bousculades, des coups de poing, des tètes cassées. C'est pis lorsque l'intérêt personnel du peuple est enjeu. Le gin avait été inventé en 1684, et un demi-siècle après* l'Angleterre en consommait sept millions de gallons. Les marchands, sur leurs enseignes, invitaient les gens à venir s'enivrer pour deux sous; pour quatre sous, on avait de quoi tomber mort ivre ; de plus, la paille gratis ; le marchand traînait ceux qui tombaient dans un cellier où ils cuvaient leur eau-de-vie. On ne traversait pas les rues de Londres sans rencontrer des misérables inertes, insensibles, gisant sur le pavé,

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