CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION
grâce, à rimpuissance et au mépris*. Vient enfin WalpolCj chassé de la chambre comme concussionnaire, premier ministre pendant vingt ans, et qui se vantait de savoir le tarif de chaque conscience. « Il y a des membres écossais, disait Montesquieu en 1729*, qui n'ont que 200 livres sterling, et se vendent à ce prix. Les Anglais ne sont plus dignes de leur liberté. Us la vendent au roi, et si le roi la leur redonnait ils la lui vendraient encore. » Il faut voir dans le journal de Dodington, espèce de Figaro malhonnête, la façon ingénieuse et les jolies tournures de ce grand commerce. « Un jour de vote difficile, dit le docteur King, Walpole, passant dans la cour des requêtes, aperçut un menàbre du parti contraire : il le tira à part et lui dit : « Donnez-moi votre voix, voici un billet de ban- « que de deux mille livres sterling. » Le membre lui fit cette réponse : « Sir Robert, vous avez dernière- « ment rendu service à quelques-uns de mes amis « intimes, et la dernière fois que ma femme est venue « à la cour, le roi Ta reçue très-gracieusement, ce « qui certainement est arrivé par votre influence. Je « me considérerais donc comme très-ingrat (et il mit * le billet de banque dans sa poche) si je vous refu- « sais la faveur que vous voulez bien me demander au- « jourd'hui. »• Voilà de quel air un homme dégoût faisait ses affaires. La corruption était si bien dans les mœurs publiques et dans l'état politique qu'après la