‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 182 sur 271 · CHAPITRE m. LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. LA REVOLUTION

A peine a-t-il échappé aux guerres de religion et à risolement féodal, il fait la révérence et dit son mot. Avec l'hôtel de Rambouillet, les salons s'ouvrent; le bel entretien qui va durer deux siècles commence; Allemands, Anglais, toute l'Europe novice ou balourde Técoute, bouche béante, et de temps en temps essaye maladroitement de l'imiter. Qu'ils sont aimables, nos causeurs! Quels ménagements! quel tact inné 1 Avec quelle grâce et quelle dextérité ils savent persuader, intéresser, amuser, caresser la vanité malade, retenir l'attention distraite, insinuer la vérité dangereuse, et voler toujours à cent pieds au-dessus de l'ennui où leurs rivaux barbotent de tout leur poids natif! Mais surtout comme ils se sont déliés vite! D'instinct et sans effort, ils ont rencontré le geste aisé, la parole facile, l'élégance soutenue, le trait piquant, la clarté parfaite. Leurs phrases, encore compassées sous Balzac, se dégagent, s'allègent, s'élancent, courent, et sous Voltaire ont pris des ailes. Vit-on jamais pareil désir et pareil art de plaire? Les sciences pédantes, l'économie politique, la théologie, les habitantes renfrognées de TAcadé • mie et de la Sorbonne, ne parlent qu'en épigrammes. L'Esprit des Lois de Montesquieu est aussi « l'esprit sur les lois. » Les périodes de Rousseau, qui enfan teront une révolution, ont été, dix-huit heures durant,

and Ihe good manners and politeness of the people. Such is the state of manners, that you appear almost to hâve quilted a land of barbafians. — I iiave not seen a cobbler wlio is not betler bred Uian an English gentleman.

^72 LIVRE lir. L'ÂGE CLASSIQUE.

tournéeî?, polies, balancées dans sa tête. Laphilosopliîe de Voltaire pétille en millions d'étincelles.*Toute idée doit devenir un bon mot; on ne pense plus qu'en saillies; il faut que toute vérité, la plus épineuse ou la plus sainte, devienne un joli jouet de salon, lancé, puis relancé comme un volant doré par les mains mignonnes des dames, sans faire tache sur les sabots de dentelle d'où pendent languissamment leurs bras fluets, sur les guirlandes que déroulent dans les panneaux les Amours roses. Tout doit reluire, scintiller ou sourire. On atténue les passions, on affadit Tamouf , on multiplie les bienséances, on outre le sa- voir-vivre. L'homme raffiné devient «sensible. » De sa douillette de taffetas, il tireincessamment le mouchoir brodé dont il essuiera le commencement d'une larme; il pose la main sur son cœur, il s'attendrit, il est devenu si délicat et si correct que les Anglais le prennent tour à tour pour une femmelette ou pour un maître de danse*. Regardez de plus près cependant ce freluquet enrubanné qui roucoule les chansons de Plorian dans un habit vert tendre. L'esprit de société qui l'a conduit dans ces fadaises Ta aussi conduit aiî-

1. Eveîina, par miss Burney; voyez le personnage du pauvre et gentil Français, M. Dubois, qu'on fait tomber dans le ruisseau. — Ces jeunes filles si correctes vont voir jouer Love for Love de Congreve; les parents ne craignent pas de leur donner miss Prue en spectacle. — Voyez aussi par contraste le personnage du capitaine angliis, si rustre; il est l'hôt'ede Mme Duval, et la jette deux fois dans la boue; il dit à sa fille : « Molly, je vous conseille, si vous faites quelque cas de mes bonnes grâces, de ne plus avoir un goût à vous, en ma présence. » — Le changement est surprenant, depuis soixante ans.

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