‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 191 sur 271 · CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION

dification mutuelle, soumettait la vie spirituelle à une discipline méthodique, bâtissait des temples, choisis-

[ sait des prédicateurs, fondait des écoles, organisait Tenthousiasme.. Aujourd'hui encore ses disciples dé-

' pensent trois millions par an en missions dans touto* les parties du monde, et, sur les bords du Mississipi et de rOhio, les shoiuings répètent le délire et les conversions de l'inspiration primitive. Le même instinct se révèle encore parles mêmes signes; la doctrine de la grâce subsiste toujours vivante, et la race, comme au seizième siècle, met sa poésie-dans l'exaltation du sens moral.

Une sorte de fumée théologique couvre et ca:he ce foyer ardent qui brûle en silence. Un étranger qui en ce moment visiterait le pays ne verrait dans cette religion qu'une vapeur suffocante de raisonnements, de controverses et de sermons. Tous ces docteurs et prédicateurs célèbres, Barrow, Tillotson, South, StlUingfleet, Sh rlock, Burnet, Baxter, Barclay, prêchent, dit Addison, comme des automates, du même ton, sans remuer les bras. Pour un Français, pour Voltiire, qui leslit, car il lit tout, quelle étrange lecture' ! Voici d'abord Tillotson, le plus autorisé de tous, sorte de Père de l'Église, tellement admiré que Dryden déclare avoir appris de lui Tart de bien écrire, et que SCS sermons, seule propriété qu'il laisse à sa veuve, sont achetés par un libraire deux mille cinq cents

S8Ô LÎVRE m. L'AGE CLASSIQUE

livres sterling. En effet, l'ouvrage est de poids ; il y en a trois volumes in-folio, chacun de sept cents pages. Pour les ouvrir, il faut être critique de profession ou vouloir absolument faire son salut Enfin nous les ouvrons. Qu'il y a de la sagesse à être religieux^ : c'est là son premier sermon, fort célèbre de son temps et qui commença sa fortune. « Cette phrase, dit-il, « comprend deux termes qui ne sont point différents « de sens, tellement qu'ils ne diffèrent que comme la « cause et l'effet, lesquels, par une métonymie em- « ployée par tous lés genres d'auteurs, sont souvent f mis l'un pour l'autre*. » Ce début inquiète; est-ce que par hasardée grand écrivain serait un grammairien d'école? Poursuivons pourtant: « Ayant ainsi ex- « pliqué les mots, j'arrive maintenant à la proposition « qu'ils forment, à savoir que la religion est le meil- « leur des savoirs et la meilleure des sagesses. Et je « m'efforcerai d'établir cette vérité de trois façons : « premièrement par une preuve directe; seconde- « ment en montrant par contraste la folie et l'ignore rance de l'irréligion et du vice ; troisièmement en « défendant la religion contre les accusations ordi- € naires qui semblent la taxer d'ignorance ou de déî raison. Je commence par la preuve directe *. » Là-

Page 1