‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 20 sur 271 · CHAPITRE I. LA RESTAURATION. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LA RESTAURATION. J

seil, pendant qu'on eiposait les affaires, il jouait avec son chien. Rochester et Buckingham rinjuriaientde reparties insolentes ou d'épigrammes dévergondées ; il s'emportait et les laissait faire. Il se prenait de gros mots avec sa maltresse publiquement; elle l'appelait imbécile, et il l'appelait rosse. Il revenait de chez elle le matin, « si bien que les sentinelles elles-mêmes en parlaient*. » Il se laissait tromper par elle aux yeux de tous; une fois elle prit deux acteurs, dont un saltimbanque. Au besoin, elle lui chantait pouille. « Le roi a déclaré qu'il n'était pas le père de l'enfant dont elle est grosse en ce moment; mais elle lui a dit : < Le « diable m'emporte î vous le reconnaîtrez. » Là-dessus, il reconnaissait l'enfant, et prenait pour se consoler deux actrices. Quand arriva sa nouvelle épouse, Catherine de Bragance, il la séquestra, chassa ses domestiques, la brutalisa pour lui imposer la familiarité de sa drôlesse, et unit par la dégrader jusqu'à cette amitié. Le bon Pepys, en dépit de son cœur monarchique, finit par dire : « Ayant entendu le duc et « le roi parler, et voyant et observant leurs façons de f s'entretenir, Dieu me pardonne, quoique je les « admire avec toute l'obéissance possible, pourtant « plus on les considère et on les observe, moins on « trouve de différence entre eux et les autres hommes, < quoique, grâce en soit rendue à Dieu, ils soient « tous les deux des princes d'une grande noblesse et « d'un beau naturel I » Il avait vu, un jour de fête,

U f epys.

28 LIVRE ni. L'ÂGE CLASSIQUE.

Charles II conduire miss Stewart dans une embrasure de croisée *, « et la dévorer de baisers une demi-heure « durant, à la vue de tous. » Un autre jour, « le capitaine Ferrers lui dit qu'un mois auparavant dans un bal de la cour, une dame en dansant laissa tomber un enfant. » On l'emporta dans un mouchoir ; « le roi Tout dans son cabinet environ une semaine, et le disséqua, faisant à son endroit de grandes plaisanteries. » Ces gaietés de carabin par-dessus ces aventures de mauvais lieu donnent la nausée. Les courtisans suivaient Tèlan. Miss Jennings, qui devint duchesse de Tyrconnel, se déguisa un jour en vendeuse d'oranges, et cria sa marchandise dans les rues. Pepys raconte des fêtes où les seigneurs et les dames se barbouillaient l'un à l'autre le visage avec de la graisse de chandelle et de la suie, « tellement que la plupart d'entre eux ressemblaient à des diables. » La mode était de jurer, de raconter des scandales, de s'enivrer, de déblatérer contre les prêtres et l'Écriture, de jouer. Lady Castlemaine en une nuit perdit 25 000 livres sterling. Le duc de Saint- Albans, aveugle, à quatre-vingts ans, allait au tripot, avec un domestique à côté de lui qui lui nommait chaque carte. Sedley et Buckhurst se déshabillaient pour courir les rues après minuit. L'n autre, en plein jour, se mettait nu à la fenêtre pour iiaranguer la multitude. Je laisse

1. «Je ne sais où ce fou de Crofts avait pris que les Moscovites avaient tous de belles femmes, et que leurs femmes avaient toutes la Jambe belle. Le roi soutint qu'il n'y en avait point de si belle que celle de Mlle Stewart. Elle, pour soutenir la gageure, se mit à la montrer jusqu'au-dessus du genou. » (Grammont.)

dans Grammont les accouchements des filles d'honneur et les goûts contre la nature : il faut les montrer ou les cacher, et je n'ai pas le courage de les insinuer joliment à sa manière. Je finis par un récit de Pepys qui donnera la mesure. « Harry Killigrew m'a fait

• comprendre ce que c'est que celte société dont on

• a tant parlé récemment, et qui est désignée sous le « nom de balleurs {ballers). Elle s'est formée de quelt ques jeunes fous, au nombre desquels il figurait, et « de lady Bennett (comtesse d'Arlington), avec ses « dames de compagnie et ses femmes. On s'y livrait « à tous les débordements imaginables; on y dansait » à l'état de pure nature. » L'inconcevable, c'est que cette kermesse n'est point gaie : ils sont misanthropes et deviennent moroses ; ils citent le lugubre Hobbes et l'ont pour maître. En effet, c'est la philosophie de Hobbes qui va donner de ce monde le dernier mot et le dernier trait

Celui-ci est un de ces esprits puissants et limités qu'on nomme positifs, si fréquents en Angleterre, de la famille de Swift et de Bentham, efficaces et brutaux comme une machine d'acier. De là chez lui une méthode et un style d'une sécheresse et d'une vigueur extraordinaires, les plus capables de construire et de détruire; de là une philosophie qui, par raudace de ses dogmes, a mis dans une lumière immortelle une des faces indestructibles de l'esprit humain. Dans

chaque objet, dans chaque événement, il y a quelque fait primitif et constant qui en est comme le noyau solide, autour duquel viennent se grouper les riches développements qui Tachèvent. L'esprit positif s'abat du premier coup sur ce noyau, écrase l'éclatante végétation qui le recouvre, la disperse, l'anéantit, puis, concentrant sur lui tout l'effort de sa prise véhémente, le dégage, le soulève, le taille, et Térige en un lieu visible d'où il brillera désormais à tous et pour toujours comme un cristal. Tous les ornements, toutes les émotions sont exclus du style de Hobbes ; ce n'est qu'un amas de raisons et de faits serrés dans un petit espace, attachés entre eux par la déduction comme par des crampons de fer. Point de nuances, nul mot fin ou recherché. Il ne prend que les plus familiers de l'usage commun et durable; depuis deux cents ans, il n'y en a pas douze chez lui qui aient vieilli ; il perce jusqu'au centre du sens radical, écarte l'écorce passagère et brillante, circonscrit la portion solide qui est la matière permanente de toute pensée et l'objet propre du sens commun. Partout, pour affermir, il retranche; il atteint la solidité par les suppressions. De tous les liens qui unissent les idées, il n'en garde qu'un, le plus stable; son style n'est qu'un raisonnement continu et de l'espèce la plus tenace, tout composé d'additions et de soustractions, réduit à la combinaison de quelques notions simples qui, s' ajoutant les unes aux autres ou se retranchant les unes de^ autres, forment sous des noms divers des totaux ou des différences dont on suit toujours la génération et dont

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