‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 213 sur 271 · CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION

intérêts engagés et la grandeur des récompenses offertes dussent provoquer sa croissance ; mais elle avortait, encroûtée dans la pédanterie théologique, ou restreinte dans les préoccupations locales, et le secret des séances parlementaires lui ôtait la moitié de sa force en lui ôtant la plénitude du jour. Voici qu'enfin la lumière se fait; une publicité d'abord incomplète, puis entière, donne au Parlement la nation pour auditoire. Le discours s'élève et s'élargit en même temps que le public se dégrossit et se multiplie. L'art classique, devenu parfait, fournit la méthode et les développements. La culture moderne fait entrer dans le raisonnement technique la liberté des entretiens et l'ampleur des idées générales. Au lieu d'argumenter, ils conversent; de procureurs ils deviennent orateurs. Avec Addison, avec Steele et Swift, le goût et le génie font irruption dans la polémique. Voltaire ne sait « si les harangues méditées « qu'on prononçait autrefois dans Athènes et dans « Rome l'emportent sur les discours non préparés « du chevalier Windham, de lord Garteret » et de leurs rivaux. Enfin le discours achève de percer la sécheresse des questions spéciales et la froideur de l'action compassée* qui Font comprimé si longtemps; il déploie audacieusement et irrégulièrement sa force tt son luxe, et l'on voit paraître, en face des jolis abbés de salon qui arrangent en France des compliments d'académie, la mâle éloquence de Junius, de

L Ju^epien^ d'Àddison.

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lord Chatam , de Fox , de Pitt , de Burke et de Sheridan.

Je n'ai point à raconter leurs vies, ni à développer leurs caractères ; il faudrait entrer dans le détail politique. Trois d'entre eux, lord Chatam, Fox et Pitt, ont été ministres', et leur éloquence est une portion de leur pouvoir et de leur action. Elle appartient à ceux qui raconteront les affaires qu'ils ont conduites; je ne puis qu'en marquer le ton et l'accent.

Un souffle extraordinaire, une sorte de frémissement de volonté tendue, court à travers toutes ces harangues. Ce sont des hommes qui parlent, et ils parlent comme s'ils combattaient. Ni ménagements, ni politesse, ni retenue. Ils sont déchaînés, ils se livrent, ils se lancent, et s'ils se contiennent, ce n'est que pour frapper plus impitoyablement et plus fort. Lorsque Pitt remplit pour la première fois la ehambre des communes de sa voix vibrante, il avait déjà son indomptable audace. En vain Walpole essaya « de le « museler, » puis de l'accabler; son sarcasme lui fut renvoyé avec une prodigalité d'outrages, et le toutpuissant ministre plia, soufileté sous la vérité de la poignante insulte que le jeune homme lui infligeait. Une hauteur d'orgueil qui ne fut surpassée que par celle de son fils, une arrogance qui réduisait ses collègues à l'état de subalternes, un patriotisme romain

1. Junius a écrit sous Tanonyme et les critiques n'ont pu encore démêler avec certitude son véritable nom. — Pour Sheridan, voyet tome U, p. 85, et tome m, p. 408. ~ Pour Burke, tome III, p. 88.

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