CHAPITRE IV. ADDISON
féconde. — Sir Roger de Coterîey. — Le sentiment religieux et poétique. — Fiston de Mirza, — Comment le fonds germanique subsiste sous la culture latine.
Dans cette vaste transforination des esprits qui occupe tout le dix-huitième siècle et donne à l'Angleterre son assiette politique et morale, deux hommes paraissent, supérieurs dans la politique et la morale, tous deux écrivains accomplis, les plus accomplis qu'on ait vus en Angleterre ; tous deux organes accré* dites d'un parti, maîtres dans l'art de persuader ou de convaincre ; tous deux bornés dans la philosophie et dans l'art, incapables de considérer les sentiments d'une façon désintéressée, toujours appliqués à voir dans les choses des motifs d'approbation ou de blâme; du reste différents jusqu'au contraste, l'un heureux, bienveillant, aimé, l'autre haï, haineux et le plus infortuné des hommes ; l'un partisan de la liberté et des plus nobles espérances de l'homme, l'autre avocat du parti rétrograde et détracteur acharné de la nature humaine ; l'un mesuré, délicat, ayant fourni le modèle des plus solides qualités anglaises, perfectionnées par la culture continentale; l'autre effréné et terrible, ayant donné Texemple des plus âpres instincts anglais, déployés sans limite ni règle, par tous les ravages et à travers tous les désespoirs. Pour pénétrer dans l'intérieur de cette civilisation et de ce peuple, il n'y a pas de meilleur moyen que de s'arrêter avec insistance sur Swift et sur Addison.
â56 LIVRE m, I/ÂGE CLASSIQUE,
« Après une soirée passée avec Addîson, dit Steele, « j'ai souvent réfléchi que j'avais eu le plaisir de « causer avec un proche parent de Térence ou de « Catulle, qui avait tout leur esprit et tout leur na- « turel, et par-dessus eux une invention et un agré- « ment* plus exquis et plus délicieux qu'on ne vit « jamais en personne. » Et Pope, rival d'Addison, et rival aigri, ajoutait : « Sa conversation a quelque « chose de plus charmant que tout ce que j'ai jamais « vu en aucun homme. » Ces mots expriment tout le talent d'Addison ; ses écrits sont des causeries, chefsd'œuvre de Turbanité et de la raison anglaises; presque tous les détails de son caractère et de sa vie ont contribué à nourrir cette urbanité et cette raison.
Dès dix-sept ans, on le rencontre à l'Université '; d'Oxford, studieux et calme, jimateur de promenades ['solitaires sous les rangées d'ormes et parmi les belles " prairies qui bordent la rive de la Cherwell. Dans le f. fagot épineux de l'éducation scolaire, il choisit la seule fleur, bien fanée sans doute, la versification latine, mais qui, comparée à l'érudition, à la théologie, à la logique du temps, est encore une fleur. Il célèbre en strophes ou en hexamètres la paix de Byswick ou le