CHAPITRE IV. ADDISON
Lucien ; il y a de jolis tours d'adresse oratoire imités d'Ovide; les canons sont désignés par des périphrases poétiques comme plus tard dans Delille*. Le po(3me est une amplification officielle et décorative semblable à celle que Voltaire arrangea plus tard sur la victoire de Fontenoy. Addison fit mieux encore : il composa un opéra, une comédie, une tragédie fort admirée sur la mort de Caton. Ces exercices furent partout, au siècle dernier, un brevet d'entrée dans le beau style et dans le beau monde. Au sortir du collège, un jeune homme, du temps de Voltaire, devait faire sa tragédie, comme aujourd'hui il doit écrire un article d'économie politique ; c'était la preuve alors qu'il pouvait causer avec les dames, comme c'est la preuve aujourd'hui qu'il peut raisonner avec les hommes. Il apprenait l'art d'égayer, de toucher, de parler d'amour; il sortait ainsi des études arides ou spéciales; il savait choisir parmi Tes événements et les sentiments ceux qui peuvent intéresser ou plaire ; il était capable de tenir sa place dans la bonne compagnie, d'y être quelquefois agréable, de n'y être jamais choquant. Telle est la culture que ces ouvrages ont donnée à Addison ; peu importe qu'ils soient médiocres. Il y a manié
With floods of gore.... Ihe riversswell..^ Mountains of dead.
Rows of hoUow brass Tube behind tube ihe dreadful entrance keep, Whilst in their wombs ten tbcusand thunders skep.,.. .... Hère sbattered walls, like broken rocks, from ur Rise up in bideous views, tbe guilt of war; Whilst hère tbe vine o'er hills of ruin climbs ludustrious to conceal great Bourbon's crimes.
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les passions, le comique ; il a trouvé dans son opéra quelques peintures vives et riantes, dans sa tragédie quelques accents nobles ou attendrissants ; il est sorti du raisonnement et de la dissertation pure ; jl s'est acquis l'art de rendre la morale sensible et la vérité parlante ; il a su donner une physionomie aux idées, et une physionomie attachante. Ainsi s'est formé l'écrivain achevé, au contact de l'urbanité antique et moderne, étrangère et nationale, par le spectacle des beaux-arts, la pratique du monde et l'étude du style, par le choix continu et délicat de tout ce qu'il y a d'agréable dans les choses et dans les hommes, dans *a vie et dans l'art.
Sa politesse a reçu de son caractère un tour et un charmé singulier. Elle n'était pas extérieure, simplement voulue et officielle ; elle venait du fond même. Il était doux et bon, d'une sensibilité fine, timide même jusqu'à rester muet et paraître lourd en nombreuse compagnie ou devant des étrangers, ne retrouvant sa verve que devant des amis intimes, et disant même qu'on ne peut bien causer, sinon à deux. Il ne pouvait souffrir la discussion âpre ; quand l'adversaire était intraitable, il faisait semblant de l'approuver, et, pour toute punition, l'enfonçait discrètement dans sa sottise. II s'écartait volontiers des contestations politiques; invité à les aborder dans son Speptatory il s'enfermait dans les matières inoffensives et générales qui peuvent intéresser tout le monde sans choquer personne. Il eût souffert de faire souffrir autrui. Quoique whig très-décidé ettrès-fidèle,