‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 52 sur 271 · M y passion with your beauly grew · texte numérisé non relu

M y passion with your beauly grew

84 LIVRE m. L'Age classique.

Il tf y a point du tout d'amour dans ces gentillesses; on les accepte comme on les offre, avec un sourire ; elles font partie du langage obligé, des petits soins que les cavaliers rendent aux dames : j'imagine qu'on les envoyait le matin avec le bouquet ou la boite de cédrats confits. Roscommon compose une pièce sur un petit chien mort, sur le rhume d'une jeune fille; ce méchant rhume Fempéche de chanter : maudit hiver î Et là-dessus il prend l'hiver à partie, rapostrophe longuement. Vous reconnaissez les amusements littéraires de la vie mondaine. On y prend tout légèrement, gaiement, l'amour d'abord, et aussi le danger. La veille d'une bataille navale, Dorset, en mer, au roulis du vaisseau, adresse aux dames une chanson célèbre. Rien n'y est sérieux, ni le sentiment ni l'esprit; ce sont des couplets qu'on fredonne en passant; il en part un éclair de gaieté; un instant après, on n'y pense plus. « Surtout, leur dit Dorset, pas d'inconstance ! Nous en avons assez ici en mer. » Et ailleurs : « Si les Hollandais savaient notre état, ils arriveraient bien vite , quelle résistance leur feraient des gens qui ont laissé leurs cœurs au logis? » Puis viennent des plaisanteries trop anglaises : « Ne nous croyez pas infidèles si nous ne vous écrivons point à chaque poste. Nos larmes prendront une voie

While Gupid at my heart, Still as his mother favcur*d you,

Threw a new flaming dart.

Each gloried in their wanlon part j

To make a lover , he Employ'd the utmost of hi& art -7

To make a beauty, she.

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plus courte; la marée vou3 les apportera deux fois par jour *. » Voilà des larmes qui ne sont guère tristes; la dame les regarde comme Tamant les verse, de bonne humeur; elle est dans sa loge (il s'en doute et récrit), offrant sa main blanche à un autre qui la baise, et se donnant une contenance avec le frou-frou de son éventail. Dorset ne s'en afflige guère, continue à jouer avec la poésie, sans excès ni assiduité, au courant de la plume, écrivant aujourd'hui un couplet contre Dorinda, demain une satire contre M. Howard,

1. Then, if we Write not by each post, Think not we are unkind ; Nor yet conclude our ships are lost

By Dutchmen or by wind :

Our tears we*ll send a speedier way; The tide shall brin g them Iwice a-day.

With a fa, etc.

To pass our tedious hours away;

We throw a merry main; Or else at serious ombre play;

But why should we in vain Each. olher's ruin thus pur.sue?

We were undone when we left you.

With a fa, etc.

But now our fears tempestuous grow , And cast our hopes away;

Whilst you, regardtess of our wo.

Bit careless at a play :

Perhaps permit some happier man

To kiss your hand, or flirt your fan.

With a fil, etc.

And now weVe told you ail our loves, And likewise alL our fears,

In hopes this déclaration moves Some pity for our tears;

Let*s hear df no inconstancy,

We hâve too much of that at sea.

With a âi la,. 1», ia, ^.

toujours facilement et sans étude, en véritable gentilhomme. 11 est comte, chambellan, riche; il pensionne et patronne les poètes comme il ferait des coquettes, c'est-à-dire pour se divertir sans s'attacher. Le duc de Buckingham fait la même chose et le contraire, caresse l'un, parodie l'autre, est adulé, moqué, et finit par attraper- son portrait, qui est un chefd'œuvre, mais point flatté, de la main de Dryden. On a vu en France ces passe-temps et ces tracasseries ; on trouve ici les mômes façons et la même littérature, parce qu'on y rencontre la même société et le même esprit.

Entre ces poètes , au premier rang, est EJmund Waller, qui vécut et écrivit ainsi jusqu'à quatre-vingtdeux ans : homme d'esprit et à la mode, bien élevé, familier dès l'abord avec les grands, ayant du tact et de la prévoyance, prompt aux reparties, difficile à décontenancer, du reirte personnel, de sensibilité médiocre, ayant changé plusieurs fois de parti, et portant fort bien le souvenir de ses volte-faces; bref, le véritable modèle du mondain et du courtisan. C'est lui qui, ayant loué Cromwell, puis Charles II, mais celui ci moins bien que l'autre, répondait pour s'excuser : « Les poètes, sire, réussissent mieux dans la fiction que dans la vérité. » Dans cette sorte de vie, les trois quarts des vers sont de circonstance : ils font , la menue monnaie de la conversation ou de la flatterie; ils ressemblent aux petits événements et aux petits sentiments d'où ils sont nés. Telle pièce est sur le thé, telle autre sur un portrait de la reine : il faut

bien faire sa cour; d'ailleurs « Sa Majesté a commandé les vers. » Une dame lui fait cadeau d'une plume d'argent, vite un remercîment rimé; une autre peut dormir à volonté, vite un couplet enjoué; un faux bruit se répand qu'elle vient de se faire peindre, vite des stances sur celte grosse affaire. Un peu plus loin, il y aura des vers à la comtesse de Carlisle sur sa chambre, des condoléances à lord Northumberland sur la mort de sa femme, un joli mot sur une dame qui a été, pressée dans Ja foule, une réponse, couplet pour couplet, à des vers de sir John Suckling. Il prend au vol les frivolités, les nouvelles , les bienséances, et sa poésie n'est qu'une conversation écrite, j'entends la conversation qu'en fait au bal, quand on parle pour parler, en relevant une boucle de perruque ou en tortillant un gant glacé. La galanterie, comme il convient, en a la plus grande part, et on se doute bien que l'amour n'y est pas trop sincère. Au fond, Waller soupire avec réflexion (Sacharissa ava t une belle dot), à tout le moins par convenance; ce qu'il y a de plus visible dans ses poëmcs tendres, c'est qu'il souhaite écrire coulamment et bien rimer. Il est affecté, il exagère, il fait de l'esprit, il est auteur. Il s'adresse à la suivante, t sa compagne de servage, » n'osant s'adresser à Sacharissa elle-même. « Ainsi, dans les na- « tions qui adorent le soleil, un Persan modeste, un t Maure aux yeux affaiblis n'ose point élever ses re- « gards éblouis au delà du nuage doré qui, sous la « lumière du dieu triomphant, orne le ciel oriental, 1 et, honoré de ses rayons, dépasse en splendeur tout

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« le reste ^ » Bonne comparaison! Yoilà une révérence bien faite : j'espère que Sacharissa répond par une révérence aussi correcte. Ses désespoirs sont du même goût; il perce de ses cris les allées de Penshurst, « raconte sa flamme aux hêtres, » et les hêtres bien appris « inclinent leurs têtes par compassion. « Il est probable que dans ces promenades douloureuses son plus grand soin était de ne pas mouiller ses souliers à talons. Ces transports d'amour amènent les machines classiques, Apollon^ les Muses; Apollon est fâché qu'on maltraite un de ses serviteurs, lui dit de s'en aller, et il s'en va en effet, disant à Sacharissa qu'elle est plus dure qu'un chêne, et que certainement elle est née d'un rocher*.

Ce qu'il y.a de bien réel en tout cela, c'est la sensualité, non pas ardente, mais leste et gaie ; il y a telle pièce sur une chute qu'un abbé de cour sous

1. So în those nations which Ihe Sun adore Some modest Persian or weak-eyed Moor

No higher dares advance his dazzled sight Than to some gilded cloud, which near the lîght Of ttieir ascending God. adorns the East^ And graced wilh his beam, outshines the rest.

2. While in this park I sing, the list*ning deer Attend my passion and forget to fear; When to the beeches 1 report my flame,

The y bow their heads, as if they fell the same. To Gods appealing when I reach Iheir bow'rs With loud complaint, they answer rae in show'rs. To thee a wiki and cruel soûl is giv'n,, More deaf than trees and prouder tUan the heav*D.

The rock .... That cloven rock produc'd thee..

This kist complaint th'indulgent ears did pterce Of jusl. Apolkj, président of verse, Highly concerned that the Muse should bring Damage to ons whum. ho» had taugibi tcisiog, ete.

en A PITRE, I. LA RESTAURATION. 89

Louïs XV eût pu écrire : « Ne rougissez pas, belle, ne « prenez pas l'air sévère; que pouvait faire L'amant, « hélas I sinon fléchir quand tout son ciel sur lui « s'appuyait? Son tort unique, s*il en eut un, fut de a vous laisser vous relever trop tôt*. » D'autres mots se sentent de l'entourage et ne sont point assez polisv « Amoret, s'écrie-t-il, vous aussi douce, aussi bonne « que le mets le plus délicieux, qui, à peine goûté, « verse dans le cœur la vie et la joie^. » Je ne serais pas satisfait, si j'étais femme, d'être comparée à un beefsteak, même appétissant ; je n'aimerais pas davantage à me voir, comme Sacharissa, mise au niveau du bon vin qui porte à la tête': c'est trop d'honneur pour le porto et pour la viande. Le fond anglais perçait ici et ailleurs ; par exemple, la belle Sacharissa, qui n'était plus belle, ayant demandé à Waller s'il ferait encore des vers pour elle : « Oui, madame, répondit-il, quand vous serez aussi jeune et aussi belle qu'autrefois. » Voilà de quoi scandaliser un Français. Néanmoins Waller est d'ordinaire aimable ; une sorte

î, Then bhish net, Pair! or on him fro^n :

How could th« youih^ alasl but bend When bis wholé Heav'n upon him lean'd ; If Qngbt by him aosùas ymn doue,, 'Twas to let you rise sosoon.

%, AmoretI as sweet and good A9 thd HM>stdeli€Î0Qs food^ Which but tasted does impart Life and gladness to the heart,

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