‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 57 sur 271 · CHAPITRE I. LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LA RESTAURATION

large dans Tenceinte d'une chambre et d'une journée, sans coups de main, sans décoration, avec une tapisserie et quati^ fauteuils. Ce peu de matière laisse ridée percer plus nettement et plus vite ; en effet, tout leur objet est de mettre cette idée en lumière : la simplicité du sujet, le progrès de l'action, la liaison des scènes, tout aboutit là. A chaque pas, la clarté croît, l'impression s'approfondit, le vice fait saillie ; le ridicule s'amoncelle, jusqu'à ce que, sous ces sollicitations appropriées et combinées, le rire parte et fasse éclat. Et ce rire n'est pas une simple convulsion de gaieté physique ; un jugement l'a provoqué. L'écrivain est un philosoplie qui nous fait toucher dans un exemple particulier une vérité universelle. Nous comprenons par lui, comme par La Bruyère ou Nicole, la force de la prévention , l'entêtement du système, l'aveuglement de l'amour. Les couplets de son dialogue, comme les arguments de leurs traités, ne sont que les preuves suivies etla justification logique d'une conclusion préconçue. Nous philosophons avec lui sur la nature humaine, et nous pensons, parce qu'il a pensé. Et il n'a pensé ainsi qu'à titre de Français, pour un auditoire de Français gens du monde. Nous goûtons chez lui notre plaisir national. Notre esprit fin et ordonnateur, le plus exact à saisir la filiation des idées, le plus prompt à dégager les idées de leur matière, le plus curieux d'idées nettes et accessibles, trouve ici son aliment avec son image. Aucun de ceux qui ont voulu nous montrer l'homme ne nous a conduits par une voie plus droite et plus

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commode vers un portrait mieux éclairé et plus pariant.

J'ajoute : vers un portrait plus agftable, et c'est là le grand talent comique; il consiste à effacer l'odieux, et remarquez que dans le monde Todieux foisonne. Sitôt que vous voulez le peindre avec vérité, en philosophe, vous rencontrez le vice, l'injustice et partout l'indignation ; le divertissement périt sous la colère et la morale. Regardez au fond du Tartufe ; un sale cuistre^ un paillard rougeaud de sacristie qui, faufilé dans une honnête et délicate famille, veut chasser le fi's, épouser la fille, suborner la femme, ruiner et emprisonner le père, y réussit presque, non par des ruses fines, mais avec des momeries de carrefour et par Taudace brutale de son tempérament de cocher: quoi de plus repoussant ? et comment tirer de l'amusement d'une telle matière , où Beaumarchais et La Bruyère* vont échouer? Pareillement, dans le Misanthropcy le spectacle d'un honnête homme loyalement sincère, profondément amoureux, que sa vertu finit par combler de ridicules et chasser du monde, n'estil pas triste à voir? Rousseau s'est irrité qu'on y ait ri, et si nous regardions la chose, non dans Molière, mais en elle-même, nous y trouverions de quoi réjvolter notre générosité native. Parcourez les autres sujets : c'est Georges Dandin qu'on mystifie, Géronte qu'on bat, Arnolphe qu'on dupe. Harpagon qu'on vole^ Sganarelle qu'on marie, des filles qu'on séduit,

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