CHAPITRE I. LA RESTAURATION
versation futile et frondeuse; ils heurtent les répliques, ils lancent les paradoxes; leurs àoîgts agiles manient et escamotent les événements en cent façons ingénieuses et imprévues. Ils ont de Tentrain, ils abondent en gestes, en ripostes; le va-et-vient du théâtre et la verve animale font autour d'eux comme un pétillement. Néanmoins tout ce plaisir reste à fleur de peau; on n'a rien vu du fonds éternel et de la vraie nature de l'homme; on n'emporte aucune pensée; on a passé une heure, et voilà tout; le divertissement vous laisse vide, et n'est bon que pour occuper des soirées de coquettes et de fats.
Ajoutez que ce plaisir n'est pas franc; il ne ressemble point au bon rire de Molière. Dans le comique anglais, il y a toujours un fonds d'âcreté. On Ta vu, et de reste, chez Wycherley; les autres, quoique moins cruels, raillent âprement. Leurs personnages, par plaisanterie, échangent des duretés; ils s'amusent à se blesser ; un Français souffre d'entendre ce commerce de prétendues politesses; nous n'allons point par gaieté à dès- assauts de pugilat. Leur dialogue tourne naturellement à la satire haineuse; au lieu de couvrir le vice, il le met en saillie; au lieu de le rendre risible,. il le rend odieux. « A quoi avez-vous passé la « nuit? dit une dame à son amie. — A chercher tous « les moyens de faire enrager mon mari. — Rien d'é- « tonnant que vous paraissiez si fraîche ce matin « après une nuit de rêveries si agréables*! » Ces