CHAPITRE I. LA RESTAURATION
Coupler, sur la scène, a des gestes qui rappellent la cour de notre Henri III. Les scélérats comme Painall et Maskwell restent entiers, sans que leur odieux soit dissimulé par le grotesque. Les femmes même hon- ' nétes, comme Silvia et mistress Sullen, sont aventurées jusqu'aux situations les plus choquantes. Rien ne choque ce public; il n'a de l'éducation que le vernis.
Il y a une correspondance forcée entre l'esprit d'un écrivain, le monde qui l'entoure et les personnages qu'il produit; car c'est dans ce monde qu'il prend les matériaux dont il les fait. Les sentiments qu'il contemple en autrui et qu'il éprouve en lui-même s'organisent peu à peu en caractères ; il ne peut inventer que d'après sa structure donnée et son expérience acquise, et ses personnages ne font que manifester ce qu'il est, ou abréger ce qu'il a vu. Deux traits dominent dans ce monde; ils dominent aussi dans ce théâtre. Tous les personnages réussis s'y ramènent à deux groupes : les êtres naturels d'un côté, les êtres artificiels de l'autre; les uns avec la grossièreté et Vimpudeur des inclinations primitives, les autres avec la frivolité et les vices des habitudes mon laines; les uns incultes, sans que leur simplicité révèle autre chose que leur bassesse native; les autres cultivés, sans que leur raffinement leur imprime autre chose qu'une corruption nouvelle. Et le talent des écrivains
fond belief of ail your fictions. But ril stab the lie that is forming in your heart, and save a sin, in pity of your soûl. (Congreve, Double Dealer.)
UTT. ANGL, m — Î5
114 LIVRE III. l'Age classioub.
est propre à la peinture de ces deux groupes : ils ont la grande faculté anglaise, qui est la connaissance du détail précis et des sentiments réels; ils voient les gestes, les alentours, les habits, ils entendent les sons de voix; ils osent les montrer; ils ont hérité bien peu, de bien loin, et malgré eux, mais enfin ils ont hérité de Shakspeare; ils manient franchement, et sans radoucir, le gros rouge cru qui seul peut rendre la figure de leurs brutes. D'autre part, ils ont la verve et le bon style; ils peuvent exprimer le caquetage étourdi, les affectations folâtres, Tintarissable et capricieuse-abondance des fatuités de salon; ils ont autant d'entrain que les plus fous, et en même temps ils parlent aussi bien que les mieux appris ; ils peuvent donner le modèle des conversations ingénieuses; ils ont la légèreté de touche, le brillant, et aussi la facilité, la correction, sans lesquelles on ne fait pas le portrait des gens du monde. Ils trouvent naturellement sur leur palette les fortes couleurs qui conviennent à leurs bari)ares et les jolies enluminures qui coavlemient à leurs élégants.
Il y a d'abord le butor, le squîre SuUen*, ou sir John Brute', sorte d*ivrogne ignoble «qui, le soir.