CHAPITRE I. LA. RESTAURATION
d'une digue et d'un emploi. Il lui faut une constitution et une religion qui le refrènent par des devoirs à observer et qui l'occupent par des droits à défendre. Il n'est bien que dans la vie sérieuse et réglée; il y trouve le canal naturel et le débouché nécessaire de ses facultés et de ses passons. Dès à présent il y entre, et ce théâtre lui-même en porte la marque. Il se défait et se transforme. Collier l'a discrédité, Addison le blâme. Le sentiment national s'y réveille : les mœurs françaises y sont raillées : les prologues célèbrent les défaites de Louis XIV; on y présente sous un jour ridicule ou odieux la licence, l'élégance et la religion de sa cour*. L'immoralité, par degrés, y diminue, le mariage est plus respecté, les héroïnes ne vont plus qu'au bord de l'adultère*; les viveurs s'arrêtent au moment scabreux : tel à cet instant se dit purifié et parle en vers pour mieux marquer son enthousiasme; tel loue le mariage'; quelques-uns, au cinquième acte, aspirent à la vie rangée. On verra bientôt Steele écrire une pièce morale intitulée le Héros chrétien. Désormais la comédie décline, et le talent littérah-e se porte ailleurs. L'essai, le roman, le pamphlet, la
1. Rôle du chapelain Foigard dans Farquhar {Beaux Stratagem)^ de Mademoiselle , et en général, de tous les Français.
2. Rôle d'Amanda dans Relapse (Vanbrugh); rôle de mistress Sullen, conversion des deux viveurs, dans The Beaux Stratagem (Farquhar).
3. Though màrriage he a lottery in which there are a vrondrous many blanks, yet there is one inestimable lot, in which the only heaven upon earth is written.
To be capable of loving one, doubtless, is better than to posscss a Ihousond. (Vanbrugh.)
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dissertation remplacent le drame, et Tesprit anglais tîlassique, abandonnant des genres qui répugnent à sa structure, commence les grandes œuvres qui vont l'éterniser et l'exprimer.
Cependant, dans ce déclin continu de l'invention théâtrale et dans ce vaste déplacement de la sève littéraire, quelques pousses percent encore de loin en loin du côté de la comédie : c'est que les hommes ont toujours envie de se divertir, et que le théâtre est toujours un lieu de divertissement. Une fois que Tarbre est planté, il subsiste, maigrement sans doute, avec de longs intervalles de sécheresse presque complète et d'avortements presque constants, destiné pourtant à des renouvellements imparfaits, à des demi-floraisons passagères, parfois à des productions inférieures qui bourgeonnent dans ses plus bas rameaux. Même lorsque les grands sujets sont épuisés, il y a place encore çà et là pour des inventions heureuses. Qu'un homme d'esprit, adroit, exercé, se rencontre, il saisira les grotesques au passage ; il portera sur la scène quelque vice ou quelque travers de son temps; le public accourra, et ne demandera pasf mieux que de se reconnaître et de rire. Il y eut un de ces succès, lorsque Gay, dans son Opéra du Gueux^ mit en scène la coquinerie du grand monde, et vengea le public de Walpole et de la cour. Il y eut un de ces succès, lorsque Goldsmith, inventant une série de méprises,
conduisit son héros et son auditoire à travers cinq actes de quiproquos*. Après tout, si la vraie comédie ne peut vivre qu'en certains siècles, la comédie ordinaire peut vivre dans tous les siècles. Elle est trop voisine du pamphlet, du roman, de la satire, pour ne pas se relever de temps en temps par le voisinage du roman, de la satire et du pamphlet. Si j'ai un ennemi, au lieu de l'attaquer dans une brochure, je puis le transporter sur les planches. Si je suis capable de bien peindre un personnage dans un récit, je ne suis pas fort éloigné du talent qui rassemblera toute l'âme de ce personnage en quelques réponses. Si je sais railler joliment un vice dans une pièce de vers, je parviendrai sans trop d'efforts à faire parler ce vice par la bouche d'un acteur. Du moins, je serai tenté de l'entreprendre ; je serai séduit par l'éclat extraordinaire que la rampe, la déclamation, la mise en scène donnent à une idée; j'essayerai de porter la mienne sous cette lumière intense ; je m'y emploierai, quand même il s'agirait pour cela de forcer un peu ou beaucoup mon talent. Au besoin, je me ferai illusion ; je remplacerai par des expédients l'originalité naïve et le vrai génie comique; si en quelques points on reste au-dessous des premiers maîtres, en quelques points aussi on peut les surpasser ; on peut travailler son style, raffiner, trouver de plus jolis mots, des railleries plus frappantes, un échange plus vif de ripostes brillantes, des images plus neuves, des com-